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Bart De Wever et le budget : "un contre tous et tous contre un"

Alors que les discussions sur le budget flamand battent leur plein ce week-end, les partis d’opposition concentrent leurs attaques, fait plutôt surprenant, sur le Premier ministre Bart De Wever (N-VA). C’est depuis quelque temps déjà la stratégie de Tom Van Grieken, du Vlaams Belang, mais Frédéric De Gucht, d’Anders, et Thomas Dermine, le bourgmestre PS de Charleroi, ont désormais recours au même procédé. Au sein du MR, partenaire de coalition, la méthode est un peu plus subtile. Ce n’est pas la personne du Premier ministre qui est visée, mais les principes qui sous-tendent son exercice budgétaire. C’est donc, en quelque sorte, "tous contre un et un contre tous". Une analyse d’Ivan De Vadder, journaliste politique à la VRT.

Eric Steffens Ivan De Vadder
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1. Les attaques se concentrent sur le Premier ministre

Le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) semble pour l’instant intouchable dans les sondages, où il bénéficie d’un important avantage lié à sa fonction. Il s’appuie également sur ses nombreuses années d’expérience de la politique belge pour analyser les causes du déficit budgétaire et les solutions possibles. Il utilise cette analyse pour convaincre aussi bien ses alliés que ses adversaires qu’il n’existe pas d’alternative. Tel le joueur de flûte de Hamelin, il tente d’entraîner tout le monde sur la voie qu’il a tracée.

L’opposition a compris qu’elle ne dispose que d’un seul moyen d’action : briser ce qu’elle considère comme le "sortilège" lancé par De Wever. Elle concentre donc désormais ses attaques sur la personne du Premier ministre.

"J’en ai assez de l’analyste Bart De Wever. Où est le Premier ministre ? Dès le départ, il a dit qu’il lui faudrait dix ans. Il en a déjà perdu deux. » C’est ce que déclare Frédéric De Gucht, président d’Anders, dans De Morgen. Il reconnaît toutefois que ce sont précisément les analyses de De Wever qui ont contribué à le rendre aussi populaire.

Anders reprend ainsi la stratégie du Vlaams Belang. Le parti estime depuis plus longtemps déjà qu’il doit tenter de saper la crédibilité de De Wever. Pour une formation d’extrême droite, cela passe notamment par l’accusation d’avoir mené une politique trop marquée à gauche. "De Wever avait promis un gouvernement de droite, mais il s’est allié aux socialistes. Les gens se sentent trahis", affirme Tom Van Grieken dans De Tijd.

Du côté du PS, c’est la question communautaire qui est mise en avant. Le parti cherche à accréditer l’idée que De Wever veut avant tout faire payer les conséquences de sa politique aux francophones, soit en appliquant à l’ensemble du pays des recettes économiques flamandes, soit, si cela échoue, en poussant à la scission du pays.

Dans La Libre Belgique, le bourgmestre PS de Charleroi Thomas Dermine qualifie cette stratégie de "coup de génie" : "Soit il réussit son pari socio-économique en appliquant les recettes flamandes à l’ensemble du pays. Soit ces recettes échouent – et c’est ce qui va arriver –, auquel cas il pourra se présenter comme le vainqueur en affirmant que la Belgique est de toute façon ingouvernable avec les francophones. Il pourra alors justifier une nouvelle avancée communautaire vers davantage d’autonomie pour la Flandre."

Les trois dirigeants de l’opposition sont frustrés de voir que le gouvernement actuel, et surtout le parti du Premier ministre, la N-VA, peut attribuer la mauvaise situation budgétaire au contexte géopolitique.

Ces circonstances atténuantes n’avaient pas été accordées à son prédécesseur, Alexander De Croo, estime De Gucht. "De Croo a commencé son mandat en pleine pandémie et a dû faire face à la guerre en Ukraine. Le prix du gaz était alors quatre fois plus élevé qu’aujourd’hui. Et maintenant, il faudrait avoir de la compassion pour le Premier ministre ?"

2. Mettre fin à la culture de la peur instaurée par le gouvernement

Les trois partis d’opposition reprochent également au Premier ministre son alarmisme. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, estime lui aussi que le gouvernement pourrait adopter un discours un peu plus optimiste. Ce qui pourrait d’ailleurs contribuer à améliorer la situation.

Son homologue flamand, Frédéric De Gucht (Anders), partage ce point de vue. «-"De Wever ne fait qu’enfoncer davantage l’économie dans la crise. À l’entendre parler, on pourrait croire que nous sommes à deux mois de l’apocalypse."

On retrouve la même critique au Vlaams Belang. Tom Van Grieken estime lui aussi que cet alarmisme contribue aux mauvais chiffres. "De Wever donne constamment l’impression que nous allons droit dans le mur. Il ne cesse d’annoncer de nouvelles mesures d’économies et de nouveaux impôts. Cela fait peur à la population et aux entrepreneurs, avec pour conséquence que l’économie ne progresse plus."

Thomas Dermine, membre du PS et économiste de formation, estime pour sa part que le gouvernement s’inquiète à tort de la dette et du risque que la hausse des taux d’intérêt entraîne un effet boule de neige. "La dette joue un rôle. Mais en tant qu’économiste, je constate surtout que tout est une question de psychologie collective. Le montant absolu du déficit budgétaire ou de la dette publique par rapport au PIB n’est pas déterminant ; ce qui compte, c’est la confiance."

Thomas Dermine cite l’exemple du Japon, qui vit depuis 30 ans avec une dette représentant 250 % de son PIB, parce que son système inspire confiance. Il estime dès lors que l’alarmisme des partis au gouvernement est contre-productif. "La meilleure manière d’alimenter la méfiance des marchés, c’est précisément d’avoir un ministre de l’Économie qui répète à longueur de journée que le pays finira comme la Grèce !"

En résumé, la dette ne disparaîtra peut-être pas d’elle-même, comme l’affirmait autrefois son collègue de parti Guy Mathot, mais il n’y a aucune raison de paniquer ou de s’inquiéter, estime Thomas Dermine. "L’élément clé, c’est la confiance que nous inspirons aux marchés financiers."

Autrement dit, il faut mettre fin à la culture de la peur instaurée par le gouvernement.

3. Le MR veut changer les termes du débat

Les libéraux francophones du MR estiment qu’il faut revoir les termes du débat. Ils veulent changer les règles du jeu. Ils souhaitent tout d’abord étaler l’effort de 10 milliards d’euros sur deux ans, ce qui signifie qu’il faudrait trouver 5 milliards d’euros chaque année.

Le MR se demande en outre si le compteur est vraiment à zéro. Selon les calculs du parti, tous les ministres n’ont pas encore pleinement rempli leur mission et il resterait donc encore des économies à réaliser en mettant simplement en œuvre les mesures prévues dans l’accord de gouvernement. Au total, il resterait environ 4 milliards d’euros de mesures à mettre en œuvre, ce qui signifie que l’objectif de la première année serait presque atteint.

Ce n’est pas un hasard si le champion des mesures déjà mises en œuvre est un ministre MR, David Clarinval, qui a même déjà réalisé 400 millions d’euros d’économies de plus que prévu. Et ce ne sont pas non plus des ministres N-VA qui ont encore du retard à rattraper, comme Anneleen Van Bossuyt, chargée de l’Asile et de la Migration.

Le MR présente ensuite son propre plan, qui développe certaines pistes ou en contredit d’autres. Le parti propose notamment 2 milliards d’euros supplémentaires de réductions de charges, en plus de celles qui ont déjà été convenues.

L’idée est ainsi de redonner de l’oxygène à l’économie et de permettre aux effets de retour qui en découleraient de contribuer à assainir le budget. C’est également dans cette optique que le MR souhaite réduire la TVA dans le secteur de la construction. Réformer ne signifie pas augmenter, mais bien réduire la TVA, raisonnent les libéraux.

Il s’agit d’une mesure classique pour donner un coup d’accélérateur au moteur de l’économie belge qu’est le secteur de la construction.

Il est frappant de constater que les libéraux flamands, dans l’opposition, soutiennent ce plan. Ou est-ce l’inverse ? Dans ce cas, il est tout aussi frappant de voir un parti au gouvernement comme le MR mettre sur la table un plan qui aurait tout aussi bien pu être élaboré par un parti d’opposition, comme les libéraux flamands.  

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