Le Premier ministre Bart De Wever n'a pas voulu s'avancer mercredi devant les députés à la Chambre sur les mesures qui soutiendront son budget, dans le cadre de l’effort d’environ 10 milliards d’euros qui doit être réalisé d’ici 2029. Il s'est montré modeste sur le résultat: "Nous visons un accord satisfaisant", a-t-il indiqué. Le Premier ministre a ensuite évoqué la complexité institutionnelle de la Belgique qui rend un réel assainissement budgétaire pratiquement impossible, selon lui. Sans de nouvelles négociations en vue d’une réforme de l’Etat "en profondeur", la Belgique ne parviendra pas à sortir de la crise, estime De Wever.
Budget fédéral : Bart De Wever vise un "accord satisfaisant", puis évoque une réforme institutionnelle
À quelle échéance peut-on espérer un accord budgétaire ? Le chef du gouvernement fédéral est attendu le 13 octobre à la Chambre pour le traditionnel discours sur l'état de l'union. Il doit également remettre dans les jours qui suivent son plan budgétaire à la Commission européenne. L'an dernier, ces dates n'avaient pas été respectées: l'accord entre les cinq partis de la coalition (N-VA, MR, Les Engagés, CD&V et Vooruit) n'avait été conclu que fin novembre et l'équipe De Wever avait commencé 2026 sous le régime des douzièmes provisoires avant de faire approuver un budget de plein exercice.
Le Premier ministre n'a pas l'intention de reproduire la séquence. "L'objectif est de ne pas recourir aux douzièmes provisoires. Il faut donc tenir compte d'une certaine marge de planning. J'espère que tout le monde en est conscient. Je l'espère, mais je n'en suis pas sûr", a-t-il expliqué. Bart De Wever a rappelé la situation "dangereuse" dans laquelle se trouvaient les finances publiques belges. "J'espère que tout le monde se rend compte que si l’on ne résout pas le problème, on va se retrouver dans une situation bien pire", a-t-il averti.
Le gouvernement s'est fixé l'objectif de trouver 10 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2029. L'effort se portera d'abord sur les dépenses, a confirmé le Premier ministre. La Belgique comme le reste de l'Europe navigue dans une situation géopolitique instable qui affecte sa croissance économique. "Depuis que nous sommes entrés en fonction, nous n'avons connu que des vents contraires", a souligné De Wever qui ne s'est pas engagé pour autant en faveur de grandes mesures destinées à doper la compétitivité.
"On n'a pas de marge incroyable pour mettre beaucoup d'argent pour soutenir la compétitivité", a-t-il admis. "Si on peut espérer une croissance de l'économie, on ne peut pas non plus compter dessus mais cela ne signifie pas que l'on n'y fera pas attention et que l'on ne prendra pas de mesures qui la soutiennent ou au moins qui ne la détériorent pas".
Complexité institutionnelle belge
L'échelon fédéral n'est pas le seul à être confronté au défi de l'assainissement. Les Régions et Communautés - singulièrement Bruxelles, la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais aussi la Flandre - font face à une situation difficile qui pèse sur la situation financière de l'ensemble du pays. À entendre l'ex-président de la N-VA, la complexité institutionnelle belge devra aussi être remise en question, mais dans une phase ultérieure.
"Afin de compléter ce nécessaire assainissement, il faudra se pencher sur cette complexité institutionnelle aussi. Mais ce n'est pas à l'ordre du jour du prochain budget, je vous rassure", a encore déclaré De Wever.
Interrogé un peu plus tard en commission de la Chambre sur la Constitution et la Réforme institutionnelle par un député du Vlaams Belang, le Premier ministre a livré son opinion sur la question, dans la ligne de ce qu'il a défendu par le passé. Selon lui, sans de nouvelles négociations en vue d’une réforme de l’Etat "en profondeur", la Belgique ne parviendra pas à sortir de la crise budgétaire.
"Nous devons tendre vers une plus grande autonomie fiscale et une plus grande responsabilisation des entités fédérées et du gouvernement fédéral. Quiconque est habilité à mener une politique doit également être responsable du financement de cette politique et des conséquences budgétaires de tous les choix qu'il opère. Tant que ce n'est pas le cas, peu importe qui occupe mon poste - et ce n'est pas une mince affaire -, devra se contenter de consolider ce que font d'autres personnes et sur quoi il n'a aucune influence", a déclaré le Premier ministre.
Bart De Wever reconnaît toutefois qu'il sera difficile de débattre d'une nouvelle (septième) réforme de l'État, car les positions des différents partis - tant au sein de la majorité que de l'opposition - divergent considérablement. Le Premier ministre estime néanmoins qu'il faudra agir. "Nous nous heurtons à une réalité qu'il convient de résoudre. Nous approchons d'un moment très intéressant de l'histoire communautaire de ce pays."

