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Vue aérienne de la Mechelse Heide, l'un des sites centraux du Parc national de la Haute Campine

Il y a 20 ans, la Flandre voyait naître son premier Parc national, celui de la Haute Campine : "La réalité dépasse le rêve"

Le plus grand accomplissement des 20 années d’existence du Parc national de la Haute Campine (Nationaal Park Hoge Kempen), situé dans le Limbourg, restera sa création. C'est l'avis unanime de ses fondateurs. Il s'agit en effet du premier parc national qui a vu le jour en Flandre, avant que trois autres ne soient créés en 2023. Depuis sa naissance, sa superficie a doublé, pour atteindre 12.742 hectares, répartis sur dix communes. Le nombre de randonneurs a quadruplé : ils sont aujourd’hui près de 600.000 par an. Quant au nombre de nuitées touristiques dans la région, il est passé de 774.300 à plus de 3,2 millions en 20 ans. Aujourd’hui, l’accent n’est plus mis sur une expansion du Parc national, mais sur la qualité de la nature et de l’accueil aux visiteurs.

Anne François Elian Pergola Ilse Suffeleers
Publié:

Le 23 mars 2006, Stavros Dimas, commissaire européen à l'Environnement à l’époque, inaugurait le premier Parc national flamand, celui de la Haute Campine (PNHC). Des années de travaux préparatoires avaient précédé ce moment historique.

Les premières indications de la valeur naturelle de la région de Haute Campine remontaient en effet à 1912. Le professeur Massart plaidait déjà pour la création d'un vaste parc naturel à cet endroit dans son ouvrage de référence "Pour la protection de la nature en Belgique". Dans les années 1960 et 1970, on évoqua également la création de parcs naturels, notamment le "Parc de la Haute Campine".

Mais ce n'est que dans les années 1990, avec la création du Paysage régional de la Campine et du Pays de la Meuse, que le projet du premier parc national de Belgique prit véritablement forme.

Qu'est-ce qu'un parc national ?

C'est l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui a défini les aires naturelles protégées en 1969. Auparavant, il était devenu évident que, suite à la création des premiers parcs nationaux tels que Yellowstone et Yosemite aux États-Unis, différents pays interprétaient le concept de parc national à leur manière.

L'UICN définit un parc national comme "une vaste zone naturelle ou largement naturelle réservée à la protection des processus écologiques à grande échelle, incluant toutes les espèces et tous les écosystèmes caractéristiques de la zone".

"La zone offre des possibilités de développement spirituel, scientifique, éducatif et récréatif, dans la mesure où celles-ci sont compatibles avec les valeurs écologiques et culturelles de la zone".

Quatre hommes et un projet

Au sein du Paysage régional de la Campine et du Pays de la Meuse, quatre hommes nourrissaient un projet ambitieux dans les années 1990 : créer le premier parc national de Belgique dans la région de la Haute Campine. Il s’agissait d’Ignace Schops, Johan Van Den Bosch, Lambert Schoenmakers et Marc Decoster. "Dans les années 1980 et 1990, des projets d’envergure, gourmands en espace, étaient envisagés dans le Limbourg, auxquels nous, membres de l’organisation environnementale Natuurpunt et du Paysage régional de la Haute Campine, nous opposions", expliquait Johan Van Den Bosch, chef de projet du Parc national de la Haute Campine, à VRT NWS.

"Les responsables politiques nous ont alors demandé si nous avions par contre un projet constructif. Nous avons commencé à y réfléchir et à rêver, et c’est ainsi qu’est née l’idée du Parc national de la Haute Campine."

"Notre principale préoccupation était de répondre aux normes internationales les plus exigeantes", précisait Van Den Bosch. "Nous ne voulions pas nous ridiculiser sur la scène internationale, et nous n'étions donc pas tout à fait sereins. Compte tenu de l'état de la nature à l'époque, la création d'un parc national était hors de question. La zone était trop perturbée, trop morcelée et d'une qualité insuffisante."

En 1998, les quatre hommes sollicitaient l'autorisation du Conseil provincial du Limbourg et du gouvernement flamand pour lancer la création d'un parc national. Deux ans plus tard, ils étaient autorisés à élaborer le plan directeur.

Trois des quatre fondateurs - Johan Van Den Bosch, Ignace Schops et Lambert Schoenmakers - étaient présents en 2012 lors de la conférence Europarcs (événement annuel des Parcs nationaux européens) organisée par le PNHC.

La naissance du Parc national

"Ce sont principalement les administrations communales qui ont cru au projet", se souvient Johan Van Den Bosch. Il s'agissait des localités d'As, Dilsen-Stokkem, Genk, Maasmechelen, Lanaken et Zutendaal. En 2006, le gouvernement flamand a estimé que les conditions étaient réunies pour créer un parc national, notamment grâce à l'établissement des premières liaisons entre diverses réserves naturelles.

"Par exemple, plusieurs routes ont été fermées à la circulation automobile et l'écoduc de Kikbeek, qui enjambe l'E314, a été construit", précise Johan Van Den Bosch.

Le 23 mars 2006, le Parc national de la Haute Campine était officiellement inauguré : une réserve naturelle de près de 6.000 hectares dans l'est du Limbourg, unique en son genre en Belgique.

Sur le Mechelse Heide trône le gros rocher où est gravée la date de fondation du Parc national de la Haute Campine.

Ambition pour le 10e anniversaire : doubler de taille

Au cours des dix premières années, le Parc national de la Haute Campine (PNHC) fut progressivement développé à partir des six portes d’accès existantes, qui font office de centres d'accueil. "Nous nous sommes quelque peu inspirés de Transferia, dans le Parc national de la Haute Veluwe", aux Pays-Bas, expliquait Johan Van Den Bosch. "Nous sommes cependant partis du principe qu'il fallait offrir une véritable expérience aux visiteurs dans chaque centre d’accueil."

Les points d'accès choisis existaient déjà. Ainsi Lieteberg, à Zutendaal, abritait un centre pour les abeilles et papillons; Kattevennen, à Genk, avait un planétarium; Pietersheim, à Lanaken, possédait une mini-ferme et un château médiéval, tandis que la Gare d’As exposait d'anciens wagons de train. Maasmechelen est la seule commune à posséder deux points d'accès : Mechelse Heide et le point d'accès principal, Terhills (photo), installé sur le site minier d'Eisden.

Une vue panoramique de Terhills

Nous avons conçu notre modèle de telle sorte que les visiteurs restent à l'extérieur du parc et qu’à l'intérieur la nature puisse s'épanouir pleinement

Johan Van Den Bosch, chef de projet du Parc national de la Haute Campine

En 2016, lors du 10e anniversaire du Parc national, l'ambition de doubler sa superficie fut exprimée. En janvier 2020, cet objectif devenait réalité avec l'intégration des zones de Duinengordel à Oudsbergen, de Bergerven à Maaseik et Bree, du Klaverberg à Genk et As, et du Munsterbos à Bilzen-Hoeselt. Le PNHC s’étend aujourd’hui sur 12.742 hectares.

Cet agrandissement va également permettre la création de trois entrées supplémentaires: 't Eilandje à Neeroeteren, la Commanderie de Gruitrode et le Thorpark à Waterschei. Cette dernière est déjà achevée, tandis que les deux autres sont encore en cours d'aménagement. L'Edelhof à Munsterbilzen, quant à lui, n'est pas une véritable entrée mais un point de passage.

Un véritable centre d'accueil des visiteurs est également en construction à l'intérieur du puit de mine de l’ancien charbonnage d'Eisden, sur le site de Terhills. Le bâtiment devrait ouvrir en 2027. Il s'agit de l'entrée principale. Une autre particularité du Parc national de la Haute Campine est que toutes ses entrées se situent juste à l'extérieur de ses frontières. Il s'agit d'un choix délibéré, explique Ignace Schops, directeur du Paysage régional de la Campine et du Pays de la Meuse.

"Nous avons conçu notre modèle de manière à ce que les infrastructures d'accueil des visiteurs soient situées hors du parc, permettant ainsi à la nature de se développer librement. Cela réduit la pression sur la nature, mais offre également un avantage aux entreprises locales et au secteur de l'hôtellerie-restauration, situés à proximité immédiate des centres d'accueil."

REGARDER

Le Parc national de la Haute Campine en chiffres

• Superficie : 12.742 ha, dont 73% de forêt et 10% de landes

• Réparti sur 10 communes limbourgeoises : As, Bilzen-Hoeselt, Bree, Dilsen-Stokkem, Genk, Lanaken, Maaseik, Maasmechelen, Oudsbergen et Zutendaal

• 9 points d'accès : A-Station à As, Kattevennen et Thorpark à Genk, Pietersheim à Lanaken, 't Eilandje Neeroeteren à Maaseik, Mechelse Heide et Terhills à Maasmechelen, Commanderij Gruitrode à Oudsbergen et Lieteberg à Zutendaal

• Biodiversité : 9.045 espèces végétales et animales ont été découvertes dans le Parc sur la période 2000-2020. Cela signifie que sur les 40.000 à 50.000 espèces recensées en Flandre, 20 % sont présentes dans le Parc national

• Parmi les espèces de la Liste rouge en Flandre - c’est-à-dire les plantes et les animaux qui méritent une protection - 68 % se trouvent dans le PNHC. Le Parc national est un refuge pour 50 espèces : on y trouve par exemple des animaux comme la couleuvre lisse et la sauterelle à dos en selle, et des plantes comme la bruyère cendrée et le lycopode.

• Nombre de promeneurs : 600.878 en 2025. C’est 3,7 fois plus qu’en 2007, où l’on en comptait 158.251.

• Nombre de cyclistes : plus difficile à estimer car les cyclistes sont comptabilisés sur une zone plus étendue, mais une estimation approximative l’évalue à 1 million de cyclistes par an.

• Nuitées : 3,21 millions de nuitées touristiques ont été enregistrées dans les 10 communes du Parc national en 2024. Cela représente plus de quatre fois le chiffre de 774.300 nuitées en 2007. Par conséquent, le nombre de nuitées dans les 10 communes du PNHC a augmenté deux fois plus vite que la croissance totale dans le Limbourg. Dans l’ensemble de cette province, le nombre de nuitées est passé de 3,84 millions en 2007 à 8,89 millions en 2024.

Des "guêpes parasitoïdes" aux corbeaux

Le Parc national de la Haute Campine abrite une faune et une flore exceptionnelles. Frank Ressler, documentariste animalier originaire de Maasmechelen, s’en émerveille.

"L'an dernier, nous avons observé une cigogne noire, alors que des becs-croisés des sapins et des corbeaux sont également de retour. Des insectes et des papillons particuliers y ont élu domicile, comme l'azuré des landes. On y trouve aussi de nombreuses plantes qui dépendent des sources d'eau, telles que la Narthécie des marais, qui colore des zones entières de jaune au printemps."

Pour le tournage du documentaire animalier flamand "Onze natuur" (Notre nature), Frank Ressler a littéralement plongé dans le sable de la Haute Campine. "Ce sable est une sorte d'incubateur où les abeilles et les guêpes femelles pondent leurs œufs", expliquait-il. "Nous avons suivi l'abeille des sables argentée à l'époque. Nous avons également filmé des Pompiles et des Euménines, des guêpes prédatrices qui se nourrissent d'araignées ou de chenilles."

C'est un endroit fascinant, un joyau en Flandre

Frank Ressler, réalisateur de documentaires animaliers

Ressler trouve la région fascinante. "C'est un véritable joyau de Flandre. Chaque sous-région a sa propre valeur, mais leur connexion actuelle entre elles rend le Parc national extraordinaire. Heureusement qu’il a été créé."

Ignace Schops considère lui aussi l'existence du Parc comme la plus grande réussite. "Je dis parfois que la réalité dépasse le rêve. Il y a vingt ans, nous n'aurions jamais imaginé un tel résultat. Nous voulions rendre la nature attrayante; en vingt ans, nous avons investi plus de 200 millions d'euros dans la protection de la nature et les infrastructures d'accueil des visiteurs, et aujourd'hui nous constatons que la nature abrite plus de 9.000 espèces."

La Parc national de la Haute Campine en images

  • 1/9

    La lande de Malines est une attraction majeure, surtout en août lorsque la bruyère est en fleurs

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    Le centre Kattevennen de Genk est consacré à l'univers grâce à son planétarium

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    Pietersheim, à Lanaken, abrite d'une part une mini-ferme et d'autre part un château médiéval entouré de douves

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    La biodiversité est à l'honneur au Lieteberg, à Zutendaal, et on y trouve notamment le célèbre sentier pieds nus.

  • 5/9

    La gare A d'As a récemment été rénovée et comprend un espace d'accueil pour les visiteurs, d'anciens trains miniatures et un petit train

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    Thorpark à Genk est la première des 3 nouvelles portes d'entrée à être achevée, un lieu où le patrimoine minier est très visible, notamment avec ses terrils

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    Sur l'Oudsberg, la plus haute dune intérieure de Flandre dans la ceinture de dunes, se dressent plusieurs chênes d'hiver particuliers

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    Le passage d'eau de 't Eilandje à Neeroeteren sera construit dans les prochaines années

  • 9/9

    A admirer bientôt: la verdure printanière du lac Aspermans à Lanaken

Priorité à la qualité

Pour le 20e anniversaire du Parc national, l'accent n'est plus mis sur une expansion. "Les limites extérieures de la Haute Campine ont été atteintes", explique Johan Van Den Bosch. "Cependant, à l'intérieur de ces limites, des efforts sont toujours déployés pour consolider la vallée de Bosbeek, notamment en reliant le Duinengordel (ceinture de dunes) au reste du Parc national."

"La qualité est actuellement notre priorité", poursuit Van Den Bosch. "Les visiteurs veulent une nature de grande qualité, des centres d'accueil intéressants et de beaux sentiers de randonnée et pistes cyclables. Si nous parvenons à préserver et à améliorer cet environnement, le succès ne pourra que croître."

Côté randonnée, le Sentier du Parc national existe depuis plusieurs années et a reçu un label de qualité européen. Il s'agit d'une randonnée de 4 ou 5 jours, d'une longueur de 105 kilomètres, traversant tout le PNHC. Récemment, un top 10 des randonnées d’un jour a également été établi et a reçu le label de qualité européen "Leading Quality Trails - Best of Europe". Ce sont des randonnées de 9 à 19 kilomètres, réparties sur l'ensemble du Parc national de la Haute Campine.

Une source d'inspiration

Aujourd’hui, le NPHC espère être une source d’inspiration pour les trois autres parcs nationaux flamands, reconnus officiellement en octobre 2023 par le gouvernement flamand. Ils ont chacun leur spécificité :

• La Vallée de l'Escaut (Scheldevallei), d'une superficie de plus de 8.000 hectares, est située entre Gand et Anvers et se distingue par de nombreuses vasières, des marais salants et marécages. Son régime de marées dynamique est unique en Europe.

• Les Forêts du Brabant (Brabantse Wouden), d'une superficie de 10.100 hectares, comprennent la Forêt de Soignes, le Bois de Meerdaal, la vallée de la Dijle et le Bois de Hal.

• Le Parc national du Bosland, d'une superficie de plus de 5.000 hectares, est situé dans le nord du Limbourg. Il abrite une faune riche et variée, ainsi que la seule meute de loups de Flandre.

"Nous espérons que notre expertise permettra d'accélérer leur développement", conclut Johan Van Den Bosch. "Ces parcs nationaux pourront profiter des erreurs que nous avons faites au début. Nous pouvons donc être utiles à ces nouvelles initiatives".

Le Parc national du Bosland avec son attraction "Du vélo entre les arbres"

Des Champs celtiques découverts en Haute Campine

A l’occasion de son 20e anniversaire, le Parc national de la Haute Campine présente une nouveauté. Le 21 mars dernier, un panneau d’information (photo) concernant les Champs Celtiques (Celtic Fields) qui y ont été découverts et récemment protégés était inauguré au Duinengordel, à Oudsbergen. La commune y voit un atout touristique supplémentaire.

"Bientôt, nous aurons la porte d'entrée la plus septentrionale du Parc national de la Haute Campine, à la Commanderie de Gruitrode", expliquait l’échevin du Tourisme Marco Goossens à Radio 2. "Il y a beaucoup à découvrir ici, à pied, à vélo ou à cheval." "Les Champs Celtiques sont désormais accessibles. Mais nous avons aussi le parc archéologique De Rieten, où les tertres funéraires sont parfaitement visibles. Cela crée un ensemble unique avec la ceinture de dunes", soulignait Goossens.

L'existence des Champs Celtiques avait déjà été démontrée dans les années 1980 par l'archéologue Guido Creemers. En étudiant des photographies aériennes, il avait découvert ces systèmes de champs préhistoriques. Mais grâce aux nouvelles techniques laser - notamment à l’imagerie LiDAR, qui permet de prendre des photos sous les massifs forestiers -, 2.000 petites parcelles de l'âge du fer ont pu être cartographiées.

Les Champs Celtiques vus grâce à l'imagerie laser
Reconstitution des Champs Celtiques, assez uniques en Europe.

Ces Champs Celtiques sont uniques dans notre région. Il s’agit de petites parcelles de 40 mètres sur 40, entourées de haies. "Leur immensité est exceptionnelle", souligne Guido Creemers. "Nous avons découvert de tels complexes partout, de Zutendaal jusqu'à la frontière néerlandaise."

"Il s'agit d'un paysage préhistorique primitif encore présent sous terre. Nous devons le préserver, car c'est l'un des plus vastes paysages archéologiques d'Europe occidentale."

Le panneau d'information sur les Champs Celtiques a été placé le 21 mars dernier au Duinengordel à Oudsbergen, dans le Parc national de la Haute Campine

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