Dans le cadre de l’exposition "Marie de Hongrie. Art & Pouvoir à la Renaissance ", qui est encore à voir jusqu’au 10 mai 2026, le musée royal de Mariemont (en Hainaut) expose une tapisserie du 16e siècle restaurée à la Manufacture Royale De Wit. Cette entreprise familiale de Malines (province anversoise) possède une renommée mondiale. VRT NWS a pu faire il y a quelques semaines une visite exclusive de l'atelier, où des centaines d'heures de travail minutieux et patient sont consacrées à la restauration des tapisseries historiques. Un processus que De Wit qualifie plutôt de "conservation".
La manufacture malinoise De Wit préserve des tapisseries historiques, dont une est exposée actuellement au musée de Mariemont
Marie de Hongrie (1505-1558), sœur de l'empereur Charles Quint, est à l'honneur d'une nouvelle exposition au musée royal de Mariemont, dans le Hainaut. Elle y possédait autrefois un pavillon de chasse, d'où le nom de Mariemont : "montagne de Marie". Il est possible que ce château figure sur une tapisserie qui est à voir dans cette exposition.
Récemment acquise par les Amis du musée de Mariemont, cette tapisserie a fait l'objet d'une restauration approfondie à la Manufacture Royale De Wit à Malines. VRT NWS a pu visiter récemment les coulisses de ce travail.
Fondée en 1889 et spécialisée dans la conservation - à savoir le nettoyage et la restauration - de tapis depuis 140 ans et cinq générations, la manufacture est installée dans le cadre historique du refuge de l'abbaye de Tongerlo (1484), un édifice situé dans une rue paisible de Malines et qui abrite une prestigieuse collection de tapisseries. Une magnifique cour intérieure et quelques marches de pierre mènent à l'univers merveilleux et coloré de la Manufacture De Wit.
C’est formidable de voir ces tapisseries flamandes revenir des musées internationaux pour être préservées dans notre atelier
Pierre Maes, directeur de la Manufacture Royale De Wit à Malines
Le directeur de l’entreprise familiale, Pierre Maes, faisait visiter l'atelier de restauration, où les tapisseries sont placées sur des sortes de "métiers à tisser de conservation". "Ces deux tapisseries viennent du Louvre, et voici un ensemble de dix tapisseries provenant du Palais présidentiel de Malte", indiquait Pierre Maes. La manufacture De Wit jouit d'une renommée internationale et prend soin avec passion d'une succession continue de tapisseries provenant du monde entier.
"Il est important de pouvoir maintenir ce volume de travail pour œuvrer au niveau international. Il existe une vaste collection de tapisseries flamandes dispersées à travers le monde. C'est formidable de les accueillir à nouveau dans notre région pour leur conservation".
La tapisserie qui est actuellement exposée au musée de Mariemont était déroulée sur une table à Malines lors de la visite de l’atelier. Elle devait encore être doublée et équipée d'un système d'accrochage avant d'être transportée au musée sur un rouleau.
De quel type de tapisserie s'agit-il ? "Elle date de la seconde moitié du 16e siècle et provient probablement d'Audenarde, de Grammont ou d'Enghien", expliquait Pierre Maes. Le fabricant reste inconnu, car aucune marque de l'atelier de tissage n'a été trouvée sur la tapisserie.
"On y découvre un paysage idyllique où se déroule une activité noble : la fauconnerie, un thème classique de l'époque. Des aristocrates sont à cheval, et toutes sortes d'animaux s'enfuient, parfois en panique. Et regardez, là-bas : à l'arrière-plan, on voit un château qui pourrait s'inspirer d'un édifice existant".
La grande tapisserie, mesurant 3,15 mètres sur 4,75 mètres, regorge de détails : un foisonnement d'animaux et de plantes, des vases débordant de fleurs. Et on peut y lire des phrases comme 'Amor vincit omnia' : l'amour triomphe de tout. La maison de campagne au loin évoque le pavillon de chasse de Marie de Hongrie.
Les Amis du Musée de Mariemont ont acquis cette tapisserie lors d'une vente aux enchères à Paris et l'ont fait restaurer à la Manufacture Royale De Wit. Dans quel état était-elle ? "À son arrivée, elle était très sale", expliquait Emma Damen, responsable de l'atelier. "Elle avait également été conservée pliée, ce qui a provoqué des déformations et des craquelures sur les bords".
La première étape du traitement à Malines consiste à "ouvrir complètement la tapisserie, examiner le recto et le verso, puis les aspirer soigneusement. Nous utilisons un aspirateur dont la puissance peut être adaptée à la fragilité du textile".
L’étape suivante consiste en un nettoyage à l’eau. Pour cela, l’entreprise de Malines a conçu une sorte de cabine à vapeur. La tapisserie y est posée à plat et aspirée, puis un ‘brouillard’ est créé - un mélange d’eau, d’air et de détergent. Cet aérosol est aspiré à travers la tapisserie. "C’est une méthode sûre, car la laine et la soie sont très fragiles". Il en ressort des eaux usées sales et une tapisserie plus propre.
"Les couleurs de l’œuvre sont plus éclatantes, les contrastes plus marqués, la lisibilité de la tapisserie est accrue." Le nettoyage assouplit également les fibres, expliquait Pierre Maes, ce qui est essentiel pour l’étape suivante.
Le rebouchage des trous appartient désormais au passé
On pourrait croire qu'une tapisserie ancienne est restaurée, réparée, rapiécée, et que les trous sont rebouchés. Mais c’est faux ! Une fois nettoyée, la tapisserie est placée sur un métier à tisser de conservation. "Là, nous pouvons travailler sur les deux faces, et notre travail se veut invisible", précisait Emma Damen. Concrètement, un support en lin, teint dans la nuance appropriée, est fixé au dos de la tapisserie. Des points de couture permettent de relier les parties fragiles aux parties plus robustes. Ces points sont réalisés par blocs de 30 centimètres. Un travail minutieux et patient.
Le rebouchage des trous dans la tapisserie est donc révolu. "Autrefois, on effectuait beaucoup plus de réparations. On le voit encore aujourd'hui : d'anciennes réparations où les trous ont été rebouchés ou des sections ont été retissées. Mais avec le temps, cela ne fait qu'accroître les tensions et les dommages."
Cette approche repose sur une nouvelle philosophie : "Nous ne cherchons plus à redonner à la tapisserie son état d’origine, mais plutôt à préserver son état actuel. Il s’agit aussi d’éviter d’y ajouter notre propre interprétation", expliquait Emma Damen. Les restaurateurs textile veulent rester modestes.
Quoi qu’il en soit, c’est une méthode très intensive, qui exige des centaines d’heures de travail par tapisserie. "Le temps passe vite, mais les objets restent longtemps. Nous devons garder une tapisserie comme celle-ci pendant au moins un an pour pouvoir la traiter correctement. On ne peut pas faire ce genre de travail sous la pression du temps", soulignait Pierre Maes.
"C’est un travail d’une précision incroyable. Il faut beaucoup de patience et de concentration. Pour travailler ici, il faut absolument aimer les textiles et les tapisseries, mais surtout faire preuve de patience. Chaque employé est formé au sein de la manufacture". Et, à l’exception du directeur, ce sont exclusivement des femmes.
Dans le bâtiment du 15e siècle plane une atmosphère calme, presque sacrée. Que ressent-on en tenant ce textile séculaire entre ses doigts ? "C’est une sensation particulière, car on voit combien de mains ont travaillé sur une tapisserie comme celle-ci. Nous ne sommes que les dernières d’une longue lignée de mains qui ont pu la travailler. Cela me touche", confiait Emma Damen. "Et nous sommes ravies du résultat."
Informations pratiques : La tapisserie du 16e siècle peut être admirée dans le cadre de l’exposition "Marie de Hongrie. Art et Pouvoir à la Renaissance " au Domaine et Musée royal de Mariemont, jusqu’au 10 mai 2026.


