Le musée royal de Mariemont, situé à Morlanwelz dans le Hainaut, met à l’honneur Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint et gouvernante des Pays-Bas. Elle a exercé au XVIᵉ siècle une influence considérable, tant politique qu’artistique. Une femme hors du commun, qui chassait comme un homme, fit construire des palais novateurs et commanda des œuvres à des artistes tels que Titien.
Marie de Hongrie : art et pouvoir à la Renaissance au musée royal de Mariemont
Le domaine de Mariemont doit son nom (le mont de Marie) à sa fondatrice, Marie de Hongrie (1505-1558). En effet elle y fit ériger en 1546 un pavillon de chasse.
Le musée royal de Mariemont consacre une passionnante exposition historique à Marie de Hongrie, "l’une de ces régentes qui ont façonné notre histoire et également une commanditaire majeure de l’art de la Renaissance", explique Krista De Jonge, professeure émérite d’histoire de l’architecture à la KU Leuven. Et pourtant, son nom reste bien moins connu que celui de ses contemporains masculins.
Qui était Marie de Hongrie ?
Au XVIᵉ siècle, nos régions font partie de l’Empire des Habsbourg. L’empereur Charles Quint est au pouvoir et Marie de Hongrie est sa sœur. Elle grandit à Malines, sous la tutelle de sa tante Marguerite d’Autriche. Son mari, Louis II roi de Hongrie, est tué sur le champ de bataille contre les Turcs. Elle choisit alors sagement de rester veuve. "Sous les habits de veuve, elle était une femme libre", souligne Krista De Jonge.
Marie de Hongrie devient gouvernante des Pays-Bas. Elle s’installe au palais du Coudenberg, à Bruxelles (dont les vestiges se trouvent aujourd’hui sous la place Royale). Elle y fait immédiatement construire une vaste galerie pour elle-même, "comme l’aurait fait un souverain masculin".
Marie joue surtout un rôle crucial dans la succession au trône de son frère, l’empereur Charles. Le seul fils de celui-ci, Philippe II, est "un petit prince élevé en Espagne, que personne ne connaît ici". Marie supervise alors toutes les joyeuses entrées que Charles effectue avec Philippe. Aujourd’hui, on appellerait cela une campagne de promotion. Les trois personnages — Marie, Charles et Philippe — occupent une place centrale dans l’exposition de Mariemont.
Huit jours de festivités pour la joyeuse entrée de Philippe II
"L’apogée de ces joyeuses entrées se déroule en août 1549, à Mariemont et à Binche", explique Krista De Jonge. Entre-temps, Marie avait quitté Bruxelles et fait construire un palais à Binche et un pavillon de chasse à Mariemont. Pendant huit jours, elle orchestre mascarades, banquets et bals, jusqu’à une bataille fictive avec des centaines de figurants. Les Habsbourg raffolaient du spectacle.
L’exposition permet de vivre en images et en sons ce à quoi une telle fête devait ressembler. Grâce aux technologies numériques modernes, une rare aquarelle de la salle des fêtes de Binche prend vie. On voit les danseurs bouger, on entend la musique et les conversations dans un paysage sonore. Le tout dans une reconstitution entièrement scientifique, relevant d’une nouvelle discipline appelée archéo-acoustique.
Des palais détruits après quelques années seulement
Du pavillon de chasse de Mariemont, il ne reste plus rien, et du palais de Binche, seulement quelques fondations. C’est là toute la tragédie de cette histoire. "Le Hainaut a été, pendant des siècles, un véritable champ de bataille. Le pavillon de chasse et le palais, construits dans le style Renaissance moderne entre 1547 et 1549, ont été édifiés… pour être détruits à peine trois ans plus tard, lors d’une attaque du roi de France Henri II, l’ennemi juré des Habsbourg", explique Krista De Jonge.
"Le pavillon de chasse a été incendié, et même les arbres que Marie avait fait venir de la Forêt de Soignes au prix de grands efforts ont été arrachés." L'assaut visait très clairement Marie de Hongrie, ce qui témoigne aussi de la position de pouvoir qu’elle occupait.
Marie de Hongrie agissait dans l’ombre. Mais elle était un personnage hors du commun.
Krista De Jonge, professeure émérite d’histoire de l’architecture à la KU Leuven
Selon les normes de l’époque, elle agissait dans l’ombre. Mais elle était un personnage hors du commun. "Comme tous les Habsbourg, elle adorait la chasse. Elle montait à cheval comme un homme lors de dangereuses chasses au sanglier dans la Forêt de Soignes ; elle se rendait elle-même inspecter des positions militaires sur les fortifications de la frontière sud ; elle faisait tenir d’importantes réunions dans ses appartements."
Elle fut également une mécène majeure pour de nombreux artistes, notamment le grand maître italien Titien, chargé de peindre des portraits de la dynastie des Habsbourg. En résumé : Marie de Hongrie était "un personnage extraordinaire, beaucoup plus en vue que ses prédécesseuses ou ses successeures", souligne encore Krista De Jonge — même si, en tant que femme, elle devait incontestablement composer avec certaines limites.
Une exposition qui retrace un contexte, plus qu’une vie
L’exposition au musée royal de Mariemont ne raconte pas sa vie à proprement parler, mais met en lumière le contexte dans lequel cette femme exceptionnelle évoluait. On y découvre des peintures, sculptures, dessins, gravures, manuscrits, pièces d’orfèvrerie et documents d’archives provenant de plus de quarante musées et collections privées. Le pavillon de chasse détruit de Mariemont apparaît sur une peinture de Jan Brueghel ; le portrait de Marie est une œuvre inspirée de Titien. Sous verre, de nombreuses chartes manuscrites sont exposées.
Parmi les objets remarquables, une mouchoir datant de 1548 (!) sur lequel est imprimée une chanson dédiée à Marie. Le chant a été réinterprété spécialement pour l’exposition et peut être vu et écouté sur place.
Le musée de Mariemont s’est récemment enrichi d’une tapisserie du XVIᵉ siècle, qui représenterait le pavillon de chasse de Mariemont. L’œuvre a été minutieusement restaurée l’an passé par la Manufacture royale De Wit, à Malines.
Informations pratiques : l’exposition trilingue "Marie de Hongrie. Art & Pouvoir à la Renaissance" – dans le cadre d’Europalia Espagne – se tient au Domaine & Musée royal de Mariemont , du 22 novembre 2025 au 10 mai 2026.

