C’est avec la messe qu’il présidait dimanche matin au stade Roi Baudouin à Bruxelles que le pape François a clôturé sa visite en Belgique, étalée sur quatre jours. Ses interventions ont oscillé entre un discours attendu et espéré et des propos controversés, alors qu’il effectuait aussi plusieurs visites qui ne figuraient pas à son agenda officiel, à la rencontre des plus démunis et des jeunes. Le souverain pontife s'est exprimé au Palais royal de Laeken et à la KU Leuven sur les violences sexuelles commises au sein de l'Église, soulignant que cette dernière doit "avoir honte et demander pardon". Au stade Roi Baudouin, le pape demandait même "à tous de ne pas couvrir les abus" et de condamner les agresseurs. Le pape créait d’autre part la surprise en annonçant vouloir initier le long processus de béatification de feu le roi Baudouin. Il engendrait aussi la polémique en condamnant sévèrement l’avortement et en qualifiant sa légalisation partielle en Belgique de "loi meurtrière".
Le pape François initie le processus de béatification du roi Baudouin et condamne l'avortement
Lors de la messe de dimanche matin au Stade Roi Baudouin devant 37.500 personnes, le pape François a demandé "à tous de ne pas couvrir les 'abus'" et de condamner les agresseurs pour pouvoir "guérir de cette maladie que sont les 'abus'", faisant référence aux violences sexuelles commises au sein de l'Église. "Je demande aux évêques: ne couvrez pas les abus, condamnez ceux qui abusent", a-t-il encore déclaré. "Il faut que ceux qui 'abusent' soient jugés, qu'ils soient laïcs, prêtres ou évêques", a encore insisté le chef de l'Église catholique.
Le pape avait déjà abordé cette thématique vendredi matin au Château de Laeken, où il était reçu par le roi Philippe et la reine Mathilde. Le jésuite argentin avait souligné que c'était "à l'intérieur même de l'Église" que rôdait "ce crime". "Ce crime existe" et "l'Église doit avoir honte, et demander pardon", avait-il ajouté. Dans le même temps, le pape a assuré que l'Église s'attaquait "avec détermination et fermeté" au "fléau" des violences sexuelles sur mineurs.
Vendredi soir, après avoir à nouveau abordé le thème des violences sexuelles - en réponse au discours du recteur Luc Sels pendant sa visite à l’Université Catholique de Louvain -, le pape a rencontré 15 victimes d’abus sexuels commis au sein de l'Église. "Bien que vous vous soyez à plusieurs reprises emparé de ce sujet avec clarté et force de conviction, jamais vous ne vous êtes adressé à nous les victimes, ou plus exactement les survivantes et les survivants, dans notre ensemble", avaient plaidé plusieurs d'entre elles dans une lettre adressée au souverain pontife. Un échange a finalement été organisé et a duré deux heures. Le pape a réagi avec émotion et compassion aux récits des victimes et leur a présenté ses excuses personnelles.
"Le courage du roi Baudouin face à l’avortement"
Samedi, le chef de l'Église catholique a tenu des propos d'une autre nature au sujet du droit à l'avortement, reconnu en Belgique sous certaines conditions. Il a salué le "courage" dont le cinquième roi des Belges, Baudouin, avait fait preuve en 1990 quand il a choisi de "quitter sa place de Roi pour ne pas signer une loi meurtrière". Le Roi avait alors été déclaré dans l’incapacité de régner pendant 36 heures, le gouvernement avait repris les pouvoirs du souverain et signé la loi sur l'interruption volontaire de grossesse. Baudouin avait ensuite repris ses fonctions.
Le pape François était alors allé se recueillir quelques instants dans la Crypte royale à Laeken, accompagné du roi Philippe, neveu de Baudouin, de la reine Mathilde et du sixième roi des Belges Albert II. Baudouin était en quelque sorte l'invité surprise de la messe présidée par le pape dimanche. Ce dernier a en effet annoncé qu'à son retour à Rome, il initierait le "processus de béatification" du monarque belge, qualifié d'"homme de foi". "Je demande aux évêques de participer à ce processus", a encore ajouté le souverain pontife sous les applaudissements du stade. Un processus qui passe par plusieurs étapes et devrait prendre plusieurs années.
Les propos du pape François - qui a condamné l’avortement et qualifié les médecins qui le pratiquent de "tueurs à gage" - ont par contre fait bondir le Centre d'action laïque. Ce dernier a dénoncé une "provocation, le jour-même de la Journée internationale pour le droit à l'avortement". "L'accès à cet acte médical dans des conditions dignes et sûres est un droit fondamental pour toutes les femmes. S'y opposer est au contraire placer les femmes dans une situation risquée pour leur santé."
Des femmes, il a encore été question à Louvain-la-Neuve Brabant wallon), où le pape s'est rendu samedi dans le cadre du 600e anniversaire de l'Université de Louvain. Le chef de l'Église catholique a cette fois heurté l'UCLouvain, affirmant dans l'enceinte de l'Aula Magna que "la femme est accueil fécond, soin, dévouement vital". Une vision "déterministe et réductrice" qu'a déploré l'université de Louvain-la-Neuve.
Attention aux réfugiés, aux plus pauvres et faibles
Le pape avait également visité la KU Leuven, l'université catholique flamande, la veille. Dans un discours plus conventionnel, il y a encouragé les universités à être des "protagonistes dans la création d'une culture d'inclusion, de compassion, d'attention aux plus faibles et aux grands défis du monde dans lequel nous vivons". Il n'a par contre pas mentionné les droits des femmes et des LGBTQIA+, auxquels avait auparavant fait allusion le recteur louvaniste Luc Sels dans son discours.
Dans un autre registre, le souverain pontife a salué la politique d'accueil de l'université de Louvain, qui a "ouvert (ses) bras pour accueillir" des réfugiés et "les aider à étudier et à grandir" alors que "certains appellent au renforcement des frontières". Le pape s’est ensuite brièvement entretenu avec un groupe d’étudiants réfugiés soutenus par la KU Leuven (photo).
Le pape François est d’ailleurs allé à la rencontre de plus faibles et des pauvres lors de plusieurs visites hors programme. C'était le cas vendredi dans un home pour personnes âgées tenu par les Petites Sœurs des Pauvres dans les Marolles et samedi matin à l'église de Saint-Gilles, où il a partagé un petit-déjeuner avec des personnes précarisées et sans-abris.
Samedi en soirée, le pape est également allé à la rencontre de plus de 5.000 jeunes réunis sur le plateau du Heysel pour le festival religieux Hope Happening. Le point d'orgue de cette visite papale en Belgique aura néanmoins été la célébration de la messe dans le stade Roi Baudouin devant quelque 37.500 personnes. Le souverain pontife a fait un tour d'honneur dans sa célèbre papamobile avant de prendre place sur le podium installé pour l'occasion.
À l'issue de l'eucharistie, le pape a directement pris la direction de l'aéroport de Melsbroek - escorté notamment par la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) - d'où il s'est envolé à la mi-journée pour rentrer à Rome.





