Des bandes organisées internationales escroquent des étudiants étrangers qui viennent poursuivre leurs études en Flandre en leur proposant de fausses annonces de logements à louer. Les "kots" et appartements soi-disant disponibles dans diverses villes universitaires n’existent tout simplement pas. C’est ce qu’a révélé une enquête menée par la rédaction de Radio 2 (VRT). Les administrations communales et établissements d’enseignement supérieur tentent de contrecarrer ces abus de confiance, mais n’y parviennent pas toujours.
Des étudiants étrangers victimes d'annonces frauduleuses de kots à louer en Flandre : "J'ai perdu 1.000 euros"
Anvesh Ganta est arrivé d’Inde l’an dernier pour poursuivre ses études à Gand (Flandre orientale). "J’ai cherché une chambre à louer pendant au moins deux mois", expliquait-il à Radio 2. "J’ai commencé par chercher via les sites internet de la ville et de l’université. Mais tout était déjà loué, ou bien je n’ai pas reçu de réponse. Cela devenait angoissant. Finalement j’ai trouvé sur Facebook une annonce pour une chambre à louer. Je devais d’emblée payer un loyer et une garantie, pour un montant total d’environ 1.000 euros".
Anvesh Ganta ne soupçonnait aucune fraude, jusqu’au moment où il a tenté de prendre contact avec son bailleur, une semaine avant son arrivée à Gand. Il n’a jamais reçu de réponse. "J’ai découvert qu’il s’agissait d’une arnaque. J’avais perdu les 1.000 euros payés à l’avance, et je devais chercher une autre solution en toute hâte. Mes parents étaient désespérés. Je ne savais pas où loger".
Ganta n’est malheureusement pas seul dans ce cas. Une enquête lancée par Radio 2 recevait en effet des réactions d’autres étudiants étrangers escroqués. "J’avais trouvé quelque chose à louer, pour 700 euros tout compris", racontait le Polonais Maciej Misiak. "Lorsque j’ai soumis les photos au moteur de recherche de Google, j’ai découvert d’autres annonces pour des chambres en France et en Espagne qui présentaient les mêmes photos. Cela m’a mis la puce à l’oreille".
"Pour une autre annonce, j’ai fait une recherche de l’adresse. Il est apparu qu’il s’agissait d’une église dans un quartier de prostitution". Misiak décidait donc de se rendre à Gand et d’y chercher un kot à louer. Il a logé une semaine à l’hôtel et fait appel aux agences immobilières. Il a eu la chance de trouver rapidement un logement. D’autres étudiants n’ont pu trouver un kot qu’au terme d’un mois et demi de recherches.
Mais pas tous les étudiants ont la possibilité de se rendre sur place avant le début de l’année académique. "J’avais besoin d’une adresse pour recevoir un visa”, expliquait l’étudiant iranien Alireza Tootoonchian. "Beaucoup de choses dépendent d’un domicile, comme par exemple l’obtention de documents. Lorsque je suis arrivé à Gand, j’ai découvert que la chambre pour laquelle j’avais payé 800 euros n’existait pas".
Un problème de grande ampleur?
“Il est difficile d’évaluer l’ampleur du problème de fraude", indiquait Alexander Van de Sande de l’Association flamande des étudiants (VVS). "Une enquête du Réseau des étudiants Erasmus (ESN) aurait révélé qu’environ 28% des étudiants qui viennent en Belgique via le programme d’échange Erasmus ont été confrontés à de l’escroquerie. Et il y a bien plus de jeunes qui viennent étudier en Belgique que ceux qui passent par le programme Erasmus".
"Ce n’est que la pointe de l’iceberg", estime aussi Camille Masselis du conseil des étudiants de la faculté qui forme des bio-ingénieurs à l’Université de Gand (UGent). Le campus accueille chaque année plus d’un millier d’étudiants étrangers. "Nous avons vu le phénomène de fraude réapparaître après l’épidémie de coronavirus. La pénurie de kots à Gand rend les étudiants internationaux vulnérables face aux escrocs". Et il n’est pas facile de se décider à porter plainte.
La rédaction de Radio 2 a trouvé des fausses annonces de kots également pour les villes de Bruxelles, Anvers et Louvain. L’Université de Louvain (KU Leuven) indique avoir effectivement reçu quelques plaintes d’étudiants qui avaient versé un acompte pour la location d’un kot, qui s’est révélé inexistant à leur arrivée en Belgique. "Le nombre d’étudiants escroqués augmente ces dernières années, tout en restant très restreint. La KU Leuven prend néanmoins ces plaintes très au sérieux. Notre service d’accompagnement des étudiants veille à les informer et les sensibiliser sur leurs droits en tant que (candidats) locataires d’un kot", précise la KU Leuven.
L’Université d’Anvers (UA) a déjà reçu cette année académique une plainte de trois étudiants victimes d’escroquerie. "L’année académique passée, nous avions aussi eu trois étudiants victimes de fraude", indiquait le porte-parole. "La plupart des arnaques circulent apparemment sur Facebook".
Les étudiants peuvent trouver de l’aide
Pour contrecarrer les escroqueries, la ville de Gand propose aux étudiants un outil de recherche de kots en ligne . Il comprend environ 3.000 adresses qui ont été vérifiées une première fois. Les étudiants qui ne font pas confiance à une annonce peuvent aussi y trouver de l’aide. "Nous les aidons à vérifier les données d’un propriétaire de logement et les termes d’un contrat de location", expliquait le cabinet de l’échevine gantoise du Logement, Tine Heyse. Récemment cela s’est produit plusieurs fois, et la ville a reçu une mise en garde contre une arnaque.
En plus de proposer elle-même des logements étudiants, l’UGent donne aussi des conseils sur la façon de chercher un kot fiable. La faculté de Bio-ingénierie possède en outre un Centre de formation international (ITC) auquel les étudiants étrangers peuvent s’adresser.
La police gantoise ne conserve pas séparément les chiffres d’escroqueries aux logements étudiants. Mais le parquet de Flandre orientale affirme ne pas avoir de dossier à ce sujet en cours. "Cela ne m’étonne pas", déclarait Wim Hoste de l’ITC. "Les étudiants sont honteux de s’être fait arnaqués et n’osent pas porter plainte. Ils ne savent d’ailleurs pas toujours à qui s’adresser. Parfois, en raison d’expériences passées dans leur pays, ils font peu confiance aux autorités et à la justice".
La zone de police de Louvain suit par contre le problème à la trace. "Chaque année académique, nous voyons des dizaines d’étudiants qui se font escroquer", rapportait le porte-parole Mathieu Caudron. "C’est pourquoi nous avons lancé l’an dernier une campagne de prévention sur Facebook, qui nous allons réitérer cette année. Nous demandons aux propriétaires de kots étudiants de placer notre mise en garde sur leur page Facebook".
A Bruxelles, le comptoir de services pour étudiants Brik leur conseille de consulter sa banque de données MyKot. "Tous les kots ont été contrôlés sur place". La pénurie de logements force cependant les étudiants à passer aussi par d’autres canaux pour trouver un kot. "Parfois, cela se passe mal", constate également l’école supérieure bruxelloise Odisee. "Chaque année, des étudiants nous indiquent avoir été escroqués dans ce domaine. La plupart du temps, il s’agit de deux à trois étudiants par an. Nous les mettons alors en contact avec le Brik pour de l’aide".
Il existe également des initiatives provenant des étudiants eux-mêmes. Le conseil des étudiants de la faculté de Bio-ingénierie de l’Université de Gand possède une plateforme qui informe les nouveaux étudiants internationaux. Les étudiants étrangers qui résident déjà à Gand donnent ainsi des conseils à leurs compatriotes via les réseaux sociaux. Anvesh Ganta y participe, à la suite de sa douloureuse expérience. "Dans 15 cas, je me suis rendu sur place pour voir si un kot proposé via l’internet existait réellement. Dans cinq de ces cas, il s’agissait d’une escroquerie". La plateforme est venue en aide à quelque 80 étudiants étrangers cette année.
Un phénomène international
Joy Verstichele de la Plateforme flamande des locataires connait de longue date ce type de pratiques frauduleuses. "Depuis des années, des mises en garde circulent à propos d’escrocs qui agissent au niveau international. Les règles de location aux étudiants devraient être plus strictes. A l’heure actuelle, les étudiants versent le montant de location directement sur le compte du propriétaire et pas sur un compte bloqué, par exemple. Cela doit changer".
Verstichele plaide aussi en faveur d’un fonds central de garantie locative. "Cela pourrait résoudre une partie du problème, si le système est bien renseigné aux étudiants étrangers. Ce sont les établissements d’enseignement qui doivent les informer", confirmait Zara De Lee de l’école supérieure HOGENT.
Les villes, les établissements d’enseignement supérieur et les conseils étudiants appellent les étudiants étrangers confrontés à une escroquerie au logement à en avertir la police et la justice. "Ce n’est que de cette façon que nous pourrons vraiment nous attaquer aux propriétaires malhonnêtes et aux escrocs", estime Joy Verstichele. "Cela vaut vraiment la peine de signaler une arnaque. Récemment, on a retrouvé la trace des auteurs de fausses annonces qui étaient actifs aux Pays-Bas. Il s’agissait en fait d’une bande étrangère qui escroquait des étudiants internationaux depuis la Roumanie via des annonces pour des kots qui n’existaient tout simplement pas".


