Depuis les vacances de Pâques, qui ont pris fin il y a une semaine en Flandre, on constate une certaine agitation chez les responsables politiques qui semblent avoir commencé à chercher un thème de campagne pour les élections qui s’annoncent au printemps et en octobre 2024. Plus précisément : les élections législatives, régionales, communautaires et européennes en mai ou juin, suivies des élections communales et provinciales le 13 octobre. Certains thèmes se sont-ils ainsi déjà dégagés ? Ce n’est pas anodin car, selon une théorie des politologues, le parti qui a lancé le thème de la campagne obtient en général un bon résultat électoral. Et qu’en est-il de la confiance des électeurs dans la politique ? Les partis parviennent-ils à leur présenter leur programme de façon suffisamment claire ? Le "cordon sanitaire" est-il encore d’actualité ? La réponse du journaliste politique Ivan De Vadder (VRT). A écouter ci-dessous dans son intégralité.
"On constate effectivement une certaine nervosité au sein des partis. Mais il est vrai qu’il existe une théorie de certains politicologues selon laquelle le parti qui est le propriétaire de la thématique électorale sera probablement celui qui va remporter les élections", explique Ivan De Vadder. "Pour donner un exemple : aux élections de 2019, l’asile et la migration ont été le thème principal en Flandre. Il provenait du parti d’extrême-droite Vlaams Belang, qui a alors réalisé sa plus grande avancée en passant de 5% à plus de 18% des voix. On peut le considérer comme le gagnant du scrutin de cette année-là". Les partis se disent donc que s’ils parviennent à trouver la thématique des prochaines élections, ils pourraient bien les remporter.
Quoi de neuf en Flandre - 22 avril 2023
Actuellement, certains observateurs se demandent d’ailleurs si la thématique "woke" - qui met en garde contre des injustices comme le racisme ou le sexisme, notamment - pourrait devenir celle des prochaines élections en Flandre. Le président de la N-VA Bart De Wever s’est récemment montré agacé sur le fait que la thématique "woke" diviserait le monde "en un groupe de coupables et un groupe de victimes". Ce qui a fait réagir la co-présidente de Groen, Nadia Naji, sur Twitter. Elle affirme voir énormément de problèmes politiques actuellement - elle en cite même 99 -, mais pas le thème "woke".
Le thème de la migration pourrait-il redevenir central dans la campagne électorale 2024, puisqu’il est plus que jamais présent dans l’actualité politique ? "Effectivement. Parmi les 99 problèmes évoqués par Nadia Naji, dont le parti écologiste est dans l’opposition en Flandre, il y a surtout des dossiers qui n’ont pas encore été résolus par le gouvernement flamand", précise Ivan De Vadder. "Naji voit donc des problèmes dans l’enseignement et les transports publics au niveau régional, et au niveau fédéral des problèmes dans l’asile et la migration ou la police. La co-présidente de Groen déclare aussi que toutes les femmes doivent encore se rendre aux Pays-Bas pour une interruption de grossesse (IVG), ce qui n’est pas tout à fait correct. Mais donc Groen, comme le Vlaams Belang et la N-VA, semble être déjà en train de chercher sa thématique électorale", estime le journaliste politique.
Au niveau fédéral, un débat porte actuellement justement sur l’avortement, plus précisément sur une éventuelle prolongation de la limite gestationnelle pour une interruption volontaire de grossesse de 12 vers 14 semaines, voire davantage. "Mais ce n’est encore que le début du débat", estime Ivan De Vadder. "Un collège scientifique a jugé que la limite gestationnelle peut être repoussée à 18 semaines, mais le parti démocrate-chrétien CD&V ne veut pas autoriser davantage que 14 semaines. Au cours de l’année qui reste avant les élections, on verra bien si un accord se dégage à ce sujet, ou s’il y aura une majorité alternative. En tous cas actuellement, le CD&V est actif dans ce débat, mais on ne peut pas parler de crise politique".
Les élections européennes et fédérales le 9 juin 2024 ?
Tout récemment, une date probable pour les prochaines élections européennes s’est dégagée : il s’agirait du 9 juin 2024. Ce qui entraînerait ce même dimanche également les élections fédérales et régionales en Belgique. Or le 9 juin tombe en pleine période d’examens pour les étudiants du secondaire et du supérieur. Voilà qui ne les encouragera sans doute pas à aller voter, alors que la Chambre a approuvé en mai 2022 l’abaissement du droit de vote pour les élections européennes à 16 ans. Le gouvernement donne un signal contradictoire, estiment même les recteurs d’universités. Un autre débat d’actualité.
"Et dans ce débat, c’est Groen qui soutient les étudiants", souligne Ivan De Vadder. "Parce que c’est Groen qui avait fait la proposition d’abaisser à 16 ans le droit de vote pour les européennes. Proposition qui est entretemps dans la législation. Quelques partis politiques et les recteurs d’universités débattent donc actuellement sur la question de savoir s’il ne faudrait pas imposer aux hautes écoles de ne programmer aucun examen le 10 juin, au lendemain des élections".
Le journaliste politique rappelle en passant que la Belgique est le seul pays européen qui dépend d’une instance externe pour avoir une date électorale. "Notre législation prévoit en effet que les élections régionales et les fédérales soient organisées le même jour que les élections européennes. Et donc la date pour ces élections est fixée en Belgique par un consensus européen, en quelques sortes. C’est un peu bizarre".
Qu’en est-il de la confiance des électeurs dans la politique ?
Les électeurs ont-ils encore confiance dans la politique ? Et trouvent-ils facilement le parti qui réponde à leurs attentes, ou bien les programmes des partis centristes sont-ils trop peu distincts et les partis d’extrême-droite et extrême-gauche vont-ils du coup engranger davantage de voix ?
Des dossiers comme celui du supplément de pension pour d’anciens présidents du Parlement fédéral ou certains députés à la Chambre - qui fait polémique depuis plusieurs semaines et a même fait tache d’huile aux parlements régionaux - pourraient avoir comme conséquence "que la confiance dans la politique ou la démocratie-même deviennent la thématique des prochains scrutins, plutôt que la migration ou le "woke". Et ça c’est une évolution assez dangereuse", estime Ivan De Vadder. "Car ce sont les partis extrémistes, plutôt que les partis centristes, qui ont pour thème ce manque de confiance dans la politique actuelle. Et si l’on en croit la théorie que les partis "propriétaires" de la thématique des élections remportent en général le scrutin, ce pourraient être ces partis extrémistes qui sortiront vainqueurs des élections".
"Les partis centristes devraient se concentrer sur un message plus clair, plus proche de l’électeur, mais aussi surtout travailler ensemble et arrêter de se mettre mutuellement des bâtons dans les roues. Mais cela fait des années qu’on essaye de leur faire passer ce message".
Et le "cordon sanitaire", instauré vers 1992 entre les partis politiques flamands et visant à exclure le parti d’extrême-droite de toute majorité politique, est-il encore défendable dans un contexte où il pourrait justement encourager des électeurs à voter pour le Vlaams Belang par protestation ?
"Je ressens que les jeunes voient d’un très mauvais œil cette idée de cordon sanitaire", indique Ivan De Vadder. Ils estiment qu’il n’est pas juste d’exclure à l’avance un parti de toute participation à une coalition. Personnellement, je n’ai aucun problème avec le fait qu’un parti décide de ne pas collaborer avec l’extrême-droite. Mais le fait que tous les autres partis se mettent d’accord à l’avance de ne pas collaborer avec l’extrême-droite me paraît plus problématique. C’est en tous cas de plus en plus ressenti comme une injustice par les jeunes. Je pense que les partis devraient laisser tomber cet accord préalable, ce qui ne les empêcherait pas de décider individuellement après les élections de travailler ou non avec l’extrême-droite. Cela reste la liberté des partis politiques".




