Les bibliothèques patrimoniales et le Palais des Beaux-Arts à Bruxelles (Bozar) perdent la totalité de leurs subventions flamandes, une longue liste de musées devront se contenter de 30 % de financements en moins, et le secteur de l'éducation socioculturelle des adultes est confronté à de nouvelles réductions budgétaires. La ministre flamande de la Culture, Caroline Gennez (Vooruit), a dévoilé les détails de ces coupes à hauteur de 47 millions d'euros dans les dépenses culturelles. En voici un aperçu.
Du Musée du Genièvre et Bozar à l'éducation socioculturelle des adultes : le gouvernement flamand économise 47 millions d'euros sur la culture
Lors de l'élaboration du budget 2027, le gouvernement flamand a choisi de concentrer les ressources là où elles ont le plus d'impact. Par conséquent, aucune coupe ne touchera cette fois les grands musées ou les fonds majeurs tels que Literatuur Vlaanderen (Littérature Flandre). Les économies sont plutôt recherchées auprès d'initiatives opérant à l'échelle locale ou supra-locale.
Cela comprend, par exemple, les musées d'envergure supra-locale qui devront fonctionner avec un tiers de financement en moins. Cette mesure permettra au gouvernement flamand de réaliser une économie totale de 2,3 millions d'euros. Parmi les institutions touchées figurent le musée de l'abbaye Ten Duinen à Coxyde (Flandre occidentale), le musée Huis van Alijn à Gand (Flandre orientale), le Musée du Genièvre à Hasselt (Limbourg), le Musée du Jouet à Malines (province anversoise) et le musée Mayer van den Bergh à Anvers.
Nous ne pouvons plus nous permettre des doublons et une fragmentation.
Caroline Gennez, ministre flamande de la Culture
Davy Jacobs, le directeur du Musée du Genièvre, a réagi avec incrédulité à la nouvelle : "Nous venons de nous concerter avec l'ensemble des 30 musées concernés. Il est question d'un risque de fermeture pour certains d'entre eux."
Un sentiment que partage par le centre d'art Bozar à Bruxelles, informé que toutes les subventions flamandes lui seront supprimées à partir de 2027. Cela représente plus de 700.000 euros par an. "Je ne sais pas comment nous pourrons continuer à offrir le même niveau de qualité", a réagi Christophe Slagmuylder, directeur de Bozar.
Entre 2019 et 2026, le budget de Bozar a été réduit de 1,9 million d'euros de subventions publiques sur un budget artistique de 8 millions d'euros. À cela s'ajoutent de nouvelles coupes budgétaires, déjà annoncées, d'un montant de 1 million d'euros en 2027. "Il s'agit là de montants considérables qui auront sans aucun doute un impact sur la programmation artistique et le rayonnement national et international des artistes belges et flamands", indique la direction de Bozar.
De l'éducation socioculturelle des adultes aux bibliothèques patrimoniales
Des coupes s'élevant à 6,1 millions d'euros - soit 7,3 % des subventions - sont en outre prévues dans le secteur de l'éducation socioculturelle des adultes. Ce secteur soutient des organisations telles que le mouvement des femmes flamandes Femma, le réseau socio-culturel Davidsfonds et l’association de protection de la nature Natuurpunt.
Les institutions d'archives nationales et supralocales sont également confrontées à des réductions importantes : elles perdront 50 % de leurs subventions, pour un montant total de 6,5 millions d'euros. Parmi les institutions touchées figurent les archives municipales d'Ypres et de Malines, le KADOC à Louvain, la Letterenhuis à Anvers et les Archives et Musée de la Vie flamande à Bruxelles (AMVB).
Les bibliothèques patrimoniales nationales sont encore plus durement touchées : tout comme Bozar, elles perdent la totalité de leurs subventions, soit 1 million d'euros. Il s'agit notamment de la bibliothèque Hendrik Conscience à Anvers, de la bibliothèque publique de Bruges et de la bibliothèque universitaire de Gand.
Les musées archéologiques provinciaux perdent également l'intégralité de leurs subventions, soit 3,9 millions d'euros. Les sites concernés comprennent le Centre d'archéologie de Velzeke, le site patrimonial provincial d'Ename et le centre provincial du Moulin à vent Mola à Wachtebeke ) trois sites en Flandre orientale.
Par ailleurs, les organismes de service nationaux opérant dans le cadre du décret sur le patrimoine culturel - tels que le Centre d'histoire agraire à Louvain et Archiefbank - perdent 30 % de leurs subventions, soit 1,8 million d'euros au total.
Une meilleure coopération entre les organisations
La ministre Gennez entend également réformer les nombreuses instances consultatives, les centres de soutien et les organisations faîtières. Elle vise également à favoriser une meilleure coopération entre les organisations. "Nous ne pouvons plus nous permettre les doublons et une fragmentation. Nous poursuivrons aussi la suppression progressive des subventions nominatives ponctuelles", déclare Caroline Gennez.
Ainsi, des économies de 5 millions d'euros seront réalisées grâce à la "rationalisation et à la réforme des structures intermédiaires", 4,5 millions d'euros sur les infrastructures et 5 millions d'euros sur les financements incitatifs. Au total, ce puzzle représente 47 millions d'euros d’économies.
Le communiqué de presse de la ministre qualifie ces décisions de "choix très difficiles". "Mais si nous n'intervenons pas maintenant, nous perdrons le contrôle et devrons faire face à une facture encore plus lourde l'année prochaine, dans cinq ans et dans dix ans. Après tout, un pays en faillite ne peut pas investir dans la culture", estime la ministre compétente.
Caroline Gennez réagit
"Procéder à des coupes n'est jamais agréable, bien entendu", déclare la ministre flamande de la Culture en réaction aux questions de VRT NWS. "Le secteur culturel est d'une valeur inestimable. Nous avons dû faire des choix dans un contexte budgétaire difficile, mais nous ne réduisons pas les financements destinés à nos artistes, écrivains ou cinéastes, ni ceux liés au Décret sur les arts. Nous restons également pleinement engagés en faveur de la culture à l'école, afin de garantir que chacun puisse entrer en contact avec la culture dès le plus jeune âge."
Concernant les musées d'intérêt supralocal, Caroline Gennez estime que la priorité doit revenir aux autorités locales. "La Flandre apportait un soutien supplémentaire dans ce domaine. C'est le cœur serré que nous devons aujourd'hui y effectuer des coupes. Je comprends parfaitement la déception, mais il m'incombe de faire des choix en période de difficultés budgétaires."
Elle qualifie de "très regrettable" le fait que la Flandre ne soit plus impliquée dans le centre culturel Bozar suite au retrait des subventions. "Toutefois, Bozar est une institution fédérale qui reçoit des dizaines de millions d'euros de subventions de la part du gouvernement fédéral", poursuit Gennez. "La Flandre y investissait 700.000 euros supplémentaires. Je suis consciente qu'il s'agissait d'un apport bienvenu, mais nous n'avons pas, à l'heure actuelle, le luxe d'investir dans des domaines qui relèvent de la responsabilité première d'autres niveaux de pouvoir."



