"Le gouvernement flamand a décidé d'un plan d'économies sans précédent de près de 2 milliards d'euros, qui culminera à 3 milliards d'euros en 2029. Ainsi, le budget flamand sera à l'équilibre pour les trois prochaines années", a indiqué Mathias Diependaele, ce mercredi lors de sa Déclaration de septembre devant le Parlement flamand. "Un gouvernement qui assume ses responsabilités en ces temps difficiles et d'incertitude économique, et qui ose prendre des décisions qui dérangent". Tel était le message du ministre président.
Déclaration de septembre : "Une opération difficile et impopulaire, nécessaire pour préserver la prospérité de la Flandre"
Devant le Parlement, Matthias Diependaele (N-VA) s'est efforcé de dissiper le climat de crise qui entourait l'accord budgétaire, fruit d'âpres négociations. Il a reconnu que l'exercice n'avait pas été simple, mais que les trois partis, N-VA, Vooruit et CD&V, étaient néanmoins parvenus à un consensus.
Selon Matthias Diependaele, le budget sera donc à l'équilibre au cours des trois prochaines années. D'après lui, ces "finances publiques saines" sont indispensables au maintien de la prospérité de la Flandre et à la garantie d'une sécurité à long terme. Pour atteindre cet équilibre, des mesures impopulaires sont nécessaires, a-t-il plaidé. Le gouvernement réalisera 750 millions d'euros d'économies de fonctionnement. Au cours des trois prochaines années, les subsides seront également réduits d'un montant total de plus de 500 millions. La croissance du Fonds des communes est aussi réduite, pour atteindre 240 millions.
Les allocations familiales (Groeipakket) seront désormais limitées à un âge maximum de 23 ans et les droits d'enregistrement repasseront à 3%, deux ans après les avoir baissés à 2%. Les titres-services seront plus chers et la réduction prévue des droits de succession a été revue à la baisse. Une réduction de 160 millions d'euros sera toutefois appliquée aux successions de faible et moyenne importance d'ici la fin de la législature.
"La sécurité ne se crée pas par elle-même. Elle se construit", a affirmé Matthias Diependaele. Selon lui, cette sécurité flamande n'est pas "la promesse que rien n'ira jamais mal, mais plutôt la confiance en notre capacité à faire face à toutes les situations."
"Nous demandons beaucoup aux Flamands, mais nous ne gaspillons pas l’argent des citoyens"
Le gouvernement flamand avait dû se réunir une dernière fois mercredi matin à propos du volet social de l'accord. Vooruit avait en effet rejeté le compromis mardi soir estimant que le tableau budgétaire présenté par Ben Weyts ne correspondait pas aux accords conclus entre les partenaires de la coalition.
"Je ne suis pas soulagé", a déclaré Matthias Diependaele après sa déclaration de septembre dans l’émission Villa Politica de VRT NWS. "Nous ne lançons pas de messages triomphalistes. Nous demandons beaucoup aux Flamands, mais nous prenons nos responsabilités. Nous ne gaspillons pas l’argent des citoyens".
Que s’est-il passé dans les jours précédant l’accord budgétaire ? Pourquoi Vooruit a-t-il retiré son soutien ? "Une erreur de calcul a été commise. C’est tout. Nous avons dû refaire les calculs. C’est maintenant chose faite, et le tableau est donc correct."
L’impression qui se dégage aujourd’hui est que les tensions sont importantes au sein du gouvernement. "Nous avons tout de même réussi à conclure cet accord. Cette impression ne nous empêche donc pas de prendre nos responsabilités. Cela mérite tout de même d’être salué."
Groen : Le gouvernement économise sur ce qui constitue la base
L'opposition écologiste en Flandre a dénoncé mercredi le contenu de l'accord budgétaire, estimant que le gouvernement économisait "sur ce qui constitue la base".
"Le gouvernement n'investit pas dans la protection du climat, coupe dans les budgets pour les familles avec enfants et économise encore davantage aux dépens de De Lijn (la société de transport public, ndlr)", dénonce la cheffe de groupe Groen au parlement flamand, Mieke Schauvliege.
"Ces choses ne sont pas un luxe, mais constitue la base", selon l'élue qui estime dans la foulée que le gouvernement fait "à nouveau supporter l'addition aux Flamands".
Le parti écologiste juge par ailleurs "incompréhensible" que des économies soient réalisées sur le Groeipakket, la nouvelle appellation du régime d'allocations familiales. "Ces mesures vont être senties dans toutes les couches de la société". Malgré toutes ses critiques, Groen voit toutefois un élément positif dans le conclave: la suppression des subsides (près de 33 millions d'euros, ndlr) aux entreprises de raffinage, un clou sur lequel les écologistes flamands frappaient depuis longtemps.
Les organisations patronales mitigées face aux mesures d'économie
L'organisation patronale Voka se réjouit du budget flamand à l'équilibre approuvé mercredi, mais se dit préoccupée par le démantèlement massif de la politique de formation et par l'absence d'une vision claire au sujet de la formation continue. Unizo déplore la suppression d'un mécanisme de formation et de conseil pour les PME.
"L'évaluation du budget nous donne une image contrastée", explique Frank Beckx, administrateur délégué du Voka. "D'un côté, la Flandre est en bonne voie pour atteindre l'équilibre budgétaire structurel. Mais dans le même temps, des mesures radicales sont prises dans un certain nombre de domaines sans orientation claire. La restructuration drastique de la politique flamande du marché du travail et, surtout, l'absence d'une vision globale en matière de formation sont décevantes. Notre marché du travail va devoir relever un énorme défi de reconversion professionnelle dans les années à venir. Les pouvoirs publics, les entreprises et les salariés devront unir leurs forces."
Le Voka fustige par ailleurs la taxe supplémentaire sur les eaux usées à la charge des entreprises industrielles.
Selon le Voka, le fait que les investissements dans les infrastructures soient préservés est "justifié et nécessaire à la croissance économique": "La Flandre accuse déjà un important retard en matière d'entretien, ce qui nécessite un budget supplémentaire."
Le Voka se réjouit toutefois que le gouvernement flamand renonce à l'instauration d'un impôt supplémentaire sur la transmission des entreprises familiales:"C'était une ligne rouge pour le Voka. Un taux de donation plus élevé pourrait créer des problèmes de liquidités et mettre en péril la pérennité des entreprises familiales."
La suppression du portefeuille dédié aux PME passe mal
Du côté d'Unizo, qui représente le secteur des PME dans le nord du pays, la suppression du portefeuille dédié aux PME passe plutôt mal. Ce mécanisme, déjà réformé six fois au cours des douze dernières années, encourageait les indépendants à investir dans leur activité et dans leur personnel sous forme de formation et de conseil. Selon Unizo, cet instrument a également permis d'améliorer la productivité de manière avérée: "Cette suppression permettra de réaliser quelques économies à court terme, mais elle coûtera surtout en termes de productivité et de nouvelles recettes."
"Ce budget privilégie les gains à court terme au détriment d'une vision à long terme. Un équilibre budgétaire ne se maintient pas de lui-même. Si la croissance se fait attendre, on ne pourra pas, l'année prochaine, revenir vers les mêmes entrepreneurs pour supprimer un nouveau levier de croissance", met en garde Unizo.
En revanche, l'organisation se félicite également de la décision du gouvernement de maintenir le régime fiscal favorable à la transmission des entreprises familiales.