Dans la nouvelle série documentaire de Streamz, "Het bestaat", (Cela existe ndlr.) des victimes, des professionnels de l’aide aux victimes et des auteurs condamnés témoignent sur les abus sexuels commis sur des enfants. L’ancien animateur radio de la VRT Sven Pichal prend lui aussi la parole, il a été condamné pour possession et diffusion d’images à caractère pédocriminel. C’est la première fois depuis sa condamnation, fin 2024, qu’il s’exprime publiquement sur les faits qu’il a commis et sur son traitement.
Briser le silence sur la pédocriminalité : un nouveau documentaire donne aussi la parole à l'ancien animateur de la VRT Sven Pichal
"Het bestaat" est une production de Woestijnvis et sera diffusée chaque semaine sur la plateforme de streaming Streamz à partir du 29 septembre. L’objectif de cette série documentaire en trois épisodes est de briser le tabou qui entoure encore les abus sexuels commis sur des enfants, expliquent ses réalisateurs.
Outre des victimes, des proches d’auteurs d’abus, des experts, des professionnels de l’aide aux victimes et les auteurs eux-mêmes, lorsqu’ils ont été condamnés, prennent également la parole.
L’affaire Pichal a été à l’origine de cette série. "Lorsque son affaire a éclaté dans les médias, on a vu beaucoup d’émotions, mais aussi émerger la question de savoir si nous devions oser parler davantage de ce sujet", explique Tess Uytterhoeven, qui a également réalisé Het proces dat niemand wou, (Le procès dont personne ne voulait) consacré à l’affaire Bart De Pauw. Elle a travaillé pendant près de deux ans sur cette série avec Sven Van Den Eynde et Marleen Wetzelaer.
L’ancien animateur radio de la VRT Sven Pichal a été condamné fin 2024 pour possession et diffusion d’images d’abus sexuels sur des enfants. Il a été condamné à trois ans de prison avec sursis probatoire. Cela signifie que la peine ne sera pas exécutée tant qu’il respecte certaines conditions, notamment le suivi d’une thérapie.
Les réalisateurs insistent sur le fait que le documentaire ne se concentre pas sur une seule personne, mais sur l’impact des abus sexuels sur les enfants dans la société et sur la manière de les prévenir.
"Si nous voulons que moins d’enfants soient victimes d’abus, nous devons en parler, y compris avec ceux qui commettent ces abus. C’est ce que soulignent tous les experts du domaine."
Différents points de vue
Le premier épisode est consacré aux victimes et aux personnes ayant survécu à des abus. Plusieurs témoins racontent les abus qu’ils ont subis au sein de leur famille ou de leur entourage, ainsi que leurs conséquences. Le documentaire suit également Nel Broothaerts, directrice de Child Focus, lors du procès de l’ancien instituteur de maternelle "Meester Thijs", condamné l’an dernier à 12 ans de prison pour avoir abusé d’au moins 16 enfants.
La mère de l’un de ces enfants témoigne elle aussi. Particularité : comme d’autres témoins anonymes, elle le fait par l’intermédiaire d’un avatar généré par l’intelligence artificielle.
"Nous avions recueilli de nombreux témoignages de qualité, mais nous nous demandions comment les présenter", explique Tess Uytterhoeven.
"C’est ainsi que nous en sommes arrivés à cette solution, car elle garantit un anonymat total. C’est toutefois leur propre voix que nous avons modifiée. On entend donc leurs pauses, leur intonation."
Dans le deuxième épisode, l’attention se déplace vers l’entourage des auteurs d’abus et vers la prévention. Des proches de personnes ayant commis des abus témoignent de leur culpabilité, de leur honte et de leur impuissance. "Nous entendons moins souvent ces témoignages, mais leur impact sur ces proches est énorme", explique Tess Uytterhoeven.
Les réalisateurs ont pour cela obtenu l’accès aux lignes d’aide de Child Focus et de Stop It Now!, une organisation qui aide les personnes préoccupées par leurs propres sentiments ou comportements sexuels envers des mineurs.
Dans le dernier épisode, les auteurs d’abus sont au centre du documentaire. Celui-ci montre notamment des séances de thérapie dans un centre résidentiel spécialisé et suit la police néerlandaise dans le cadre d’une enquête sur des images d’abus sexuels sur des enfants.
Sept auteurs condamnés témoignent de leurs faits et de leur démarche pour obtenir de l’aide. Parmi eux figure donc également Sven Pichal.
"Il ne s’agit pas de minimiser les faits"
Dans un communiqué, Walter Damen, l’avocat de Sven Pichal, indique que la décision de participer une seule fois au documentaire a été prise "après mûre réflexion et en concertation avec les personnes qui l’accompagnent dans son parcours".
"Il ne s’agit pas de minimiser les faits, ni de demander de la compréhension pour ce qui ne peut être justifié. Mais de la conviction qu’une société qui veut prévenir les faits de nature sexuelle doit aussi oser examiner comment des personnes en viennent à commettre de tels actes, quels mécanismes jouent un rôle et où la prévention doit être mise en place, ce qui est nécessaire."
Walter Damen affirme que Sven Pichal suit un accompagnement et une thérapie de longue durée. "Il ressort de ces rapports professionnels qu’il a désormais acquis une meilleure compréhension des mécanismes et des circonstances qui ont conduit aux faits. Cette évolution fait l’objet d’un suivi strict et se poursuivra également au cours des prochaines années."


