Un conflit entre deux gangs de trafiquants de drogue alimente une nouvelle vague de violence. Au cours de l'année écoulée, plus de 150 fusillades et 22 explosions ont eu lieu à Bruxelles. Lors d'une conférence de presse consacrée ce vendredi aux récentes fusillades dans la capitale, le procureur de Bruxelles Julien Moinil a souligné plusieurs défis dans la lutte contre la violence liée à la drogue. "Nous ne pouvons pas attendre qu'un magistrat, un policier ou un journaliste perde la vie. Il sera alors trop tard", souligne Moinil, qui rappelle que "n'importe quel citoyen peut se prendre une balle. Cela ne va pas se calmer".
150 fusillades et 22 explosions à Bruxelles en un an : "Le résultat de la violence liée à la drogue entre gangs rivaux"
Accompagné du chef de corps de la zone de police Bruxelles-Midi, Jurgen De Landsheer, et du directeur de la police judiciaire fédérale de Bruxelles, Eric Jacobs, le procureur Julien Moinil a détaillé les faits récents, la réponse judiciaire et plusieurs points d'attention. La vague actuelle de fusillades a commencé le 20 août. Elle serait liée à un conflit entre deux structures actives dans la vente de stupéfiants. Trois personnes ont été arrêtées dans le cadre des tirs des dernières semaines. Une centaine de tireurs ont par ailleurs été interpellés depuis le début des violences.
Aucun lien n'est actuellement établi entre ce conflit et les tirs visant le commissariat de la rue Démosthène, à Anderlecht. "On a touché un point sensible: un commissariat", a souligné Julien Moinil. Personne n'a été blessé, mais le procureur a rappelé les risques pris quotidiennement par les policiers et leur a assuré le soutien du parquet.
Le procureur tire la sonnette d'alarme : "La violence liée à la drogue à Bruxelles peut toucher n'importe qui, y compris des victimes innocentes." Il cite deux exemples. Le 11 avril, un civil innocent a été grièvement blessé lors d'une fusillade à Saint-Josse-ten-Node et, fin juillet, un homme a reçu une balle dans le bras lors d'une fusillade à Molenbeek.
Trois suspects arrêtés
Julien Moinil donne des détails sur les fusillades survenues à Bruxelles ces dernières semaines et sur les deux individus arrêtés à Saint-Gilles. Ils étaient en possession de deux armes de type militaire, de deux armes de poing et d'un chargeur. Elles pourraient être liées aux fusillades de ces derniers jours. "Il s'agit de deux jeunes : l'un est né en 2005 et l'autre est mineur."
La semaine dernière, une autre personne a été arrêtée en lien avec une fusillade à Saint-Gilles ayant blessé une victime à la jambe. Ce suspect est également mineur, né en 2009. Le jeune homme n'a pas de domicile fixe en Belgique et a été condamné à un an de prison en janvier dernier pour vol avec violence.
Les chefs de bandes
Ces différentes fusillades sont liées à un conflit entre deux gangs de trafiquants de drogue. Les interventions policières ont bouleversé le rapport de force. Le chef de corps de la police, Jurgen De Landsheer, l'avait confirmé à la suite de la fusillade survenue plus tôt cette semaine.
Les chefs présumés se trouveraient actuellement au Maroc, d'où ils continuent de diriger leurs activités criminelles. D'autres membres arrêtés continueraient, eux, de participer à l'organisation des gangs depuis la prison. Réitérant des critiques exprimées déjà l’an dernier, Moinil souligne que bien trop de téléphones portables circulent encore dans les établissements pénitentiaires. Il préconise de placer les détenus à haut risque sous un régime de détention plus strict afin de rendre impossible l'utilisation de téléphones portables.
Il souligne également que la mise en œuvre des peines alternatives avance péniblement. Le procureur attire l'attention sur les listes d'attente pour les mesures de travail d'intérêt général au sein de la Communauté française, où l'on compterait un arriéré d'environ 100 dossiers. "Il faut résorber cet arriéré."
Par ailleurs, le procureur souligne le rôle des mineurs dans le trafic de drogue. Selon lui, les jeunes sont de plus en plus souvent recrutés via les réseaux sociaux. En raison du manque de places dans les établissements fermés, les efforts pour résoudre le problème restent vains. "Il faut résorber cette liste d'attente."
Selon le procureur, les personnes en séjour irrégulier se trouvent également dans une situation de vulnérabilité, ce qui les rend susceptibles d'être recrutées par des réseaux criminels. Bien que beaucoup soient interpellées par la police, Moinil constate qu'elles sont relâchées trop rapidement après l'intervention de l'Office des étrangers.
Julien Moinil rappelle l'importance de disposer d'effectifs suffisants, tant au sein de la police que de la justice. "Les besoins en personnel doivent être pleinement couverts." Le procureur de Bruxelles salue la coopération internationale dans la lutte contre le crime organisé. Il a qualifié la collaboration avec le Maroc de particulièrement constructive. "Les extraditions se déroulent bien, mais il y a toujours une marge de progression."
Toujours pas de moyens supplémentaires
Moinil salue aussi le travail des polices locale et fédérale, mais réclame un investissement structurel. Le parquet ne compte que 49 magistrats sur les 63 prévus et le cadre de la police judiciaire fédérale doit également être complété. Les analyses balistiques accusent par ailleurs plusieurs mois de retard à l'Institut national de criminalistique.
Julien Moinil affirme n'avoir reçu "aucun moyen supplémentaire malgré la crise". Il réclame 10 millions d'euros pour son parquet, tandis que la nouvelle section consacrée au recouvrement des avoirs criminels a déjà comptabilisé 203 millions d'euros saisis.
Verlinden : "Lutte contre le crime organisé intensifiée dans les prisons"
La ministre de la Justice, Annelies Verlinden, déplore les critiques du procureur visant ses services. "La lutte contre le crime organisé est bel et bien intensifiée derrière les murs des prisons également", a-t-elle déclaré dans une réponse écrite. "Et - contrairement à ce que certains voudraient faire croire - cette action n'a pas attendu la fusillade devant un commissariat pour être lancée, bien au contraire."
Avant l'été, le Conseil des ministres a approuvé la création d'unités spécialisées pour les détenus à haut risque ayant des liens avec le crime organisé. Un régime de détention adapté et plus strict y sera appliqué. Cette mesure répond à la réalité : les réseaux criminels tentent de plus en plus de diriger leurs activités depuis les prisons.
Les contrôles des téléphones portables, des stupéfiants et autres objets interdits ont également été systématiquement renforcés, grâce à des technologies modernes et à des équipes opérationnelles spécialisées qui épaulent le personnel pénitentiaire lors d'opérations de grande envergure. Ces équipes ont été étoffées.
Par ailleurs, la ministre Verlinden a chargé l'administration d'intensifier l'acquisition de moyens technologiques destinés à lutter contre les communications illégales, d'en augmenter leur nombre et d'accélérer leur déploiement opérationnel.



