Face à la multiplication des fusillades liées au milieu de la drogue dans plusieurs communes ces derniers jours, les bourgmestres bruxellois ont décidé mercredi soir de nommer un "Gold Commander", avec effet immédiat, pour coordonner les six zones de police. C’est le chef de corps de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles, Michel Goovaerts (photo), qui assumera cette fonction. Parallèlement, le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin (MR) déploie 40 policiers supplémentaires dans la Région Capitale.
Bruxelles nomme un "Gold Commander" pour coordonner 6 zones de police face à la violence croissante liée à la drogue
Le ministre-président bruxellois Boris Dilliès a convoqué mercredi soir un Conseil régional de sécurité (Cores), où diverses décisions ont été prises. Outre la nomination d'un "Gold Commander", la présence policière sera donc renforcée dans les quartiers les plus touchés par la criminalité liée au trafic de stupéfiants, notamment en soirée et durant la nuit. De plus, les enquêteurs se voient dotés des ressources nécessaires pour enquêter sur les violences et démanteler les réseaux criminels.
"Cette violence est liée à des conflits entre réseaux criminels actifs dans le trafic de drogue. C'est inacceptable et cela nécessite une réponse immédiate et visible sur le terrain", estime le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS).
Commandement unifié
Diverses unités de police - telles que les brigades canines, les unités spéciales et les équipes d'intervention - opéreront désormais sous une structure de commandement unifiée. "L'objectif est clair : déployer ces ressources plus efficacement, surtout en soirée et la nuit", a précisé Philippe Close.
D'ici octobre, toutes les opérations de dispatching des zones de police bruxelloises seront regroupées sous un même toit : celui de l'agence régionale de sécurité Safe.brussels. Par ailleurs, le service ARGOS - chargé de l'analyse des images de vidéosurveillance et de la lecture des plaques d'immatriculation - sera renforcé.
Michel Goovaerts, chef de corps de la zone Bruxelles-Capitale/Ixelles, devient "Gold Commander". Le recours à un "Gold Commander" est une pratique déjà connue, notamment lors de la Saint-Sylvestre. Comme les célébrations du Nouvel An à Bruxelles sont souvent agitées, une structure de commandement unifiée est mise en place pour garantir le bon déroulement des festivités. Michel Goovaerts a déjà assumé ce rôle lors de précédents réveillons et le fera de nouveau cette fois-ci.
Le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin (MR) a également annoncé des renforts pour lutter contre la violence liée à la drogue dans la capitale. Il déploie 40 policiers fédéraux supplémentaires, appuyés par 10 agents additionnels. Le déploiement de la Direction des unités spéciales (DSU) est également renforcé par des équipes d'appui spécialisé de la police.
Par ailleurs, la police judiciaire fédérale de Bruxelles bénéficie de renforts structurels. Bernard Quintin qualifie la situation d'"urgence nationale" et souhaite que le dossier soit inscrit à l'ordre du jour du Conseil national de sécurité.
Déploiement de militaires et immatriculation des e-trottinettes
Par ailleurs, le ministre Quintin propose de poursuivre les travaux sur plusieurs mesures concrètes au niveau fédéral. Celles-ci incluent la création de places supplémentaires dans les centres fermés pour les migrants en séjour irrégulier, l'immatriculation obligatoire des trottinettes électriques, la garantie d'une capacité de détention suffisante, l'adoption d'une approche ferme face aux séjours illégaux et aux retours, la mise à disposition de places suffisantes dans les institutions fermées pour mineurs, ainsi que l'extension du déploiement de militaires.
Depuis le mois d'avril de cette année, 45 soldats patrouillent aux côtés des policiers dans les stations de métro et les gares de Bruxelles. Toutefois, les autorités locales doivent aussi renforcer leur action contre le crime organisé, estime Quintin. Il cite notamment des mesures administratives telles que les interdictions de rassemblement ou les arrêtés d'exclusion. Cela permettrait aux bourgmestres d'agir plus efficacement contre les activités illicites liées au crime organisé.
Bernard Quintin appelle également les autorités locales et régionales à mieux coordonner leurs efforts, afin d'assurer une coordination directe entre les différentes opérations et services au sein de la Région de Bruxelles-Capitale. Enfin, le ministre préconise la mise en place d'un poste de commandement permanent pour surveiller, 24 heures sur 24, les incidents liés à la violence dans les milieux de la drogue et du crime organisé, et pour permettre d'ajuster rapidement la réponse aux nouveaux incidents.
Les bourgmestres bruxellois estiment eu aussi que le renforcement des effectifs de police ne suffit pas pour endiguer la violence dans les rues. La Ville de Bruxelles, par exemple, prévoit de créer 450 places d'hébergement supplémentaires afin d'empêcher les réseaux criminels de recruter et d'exploiter des personnes en situation de vulnérabilité, comme celles dépourvues de titre de séjour. Les bourgmestres demandent au gouvernement fédéral d'augmenter la capacité des centres fermés.
Ils soulignent également la nécessité d'intensifier les efforts en matière de prévention, et appellent la Région de Bruxelles-Capitale à "maintenir et renforcer" le financement des plans de prévention communaux et à garantir le soutien continu aux organisations qui accompagnent les personnes confrontées à des problèmes de toxicomanie.
Des moyens supplémentaires pour la justice ?
En amont de la réunion du Conseil régional de sécurité de la Région de Bruxelles-Capitale, la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) avait réitéré sa demande de moyens supplémentaires pour le système judiciaire.
Verlinden estime qu'il "n'existe pas de solutions simples", tout en jugeant positif le fait que "nous nous réunissions avec tous les niveaux de pouvoir et les différents domaines politiques pour examiner ce qui peut être fait".
Cinq personnes arrêtées dans la nuit de mardi à mercredi
Les 5 arrestations place de Bethléem à Saint-Gilles (photo) s'inscrivent dans un contexte de tension dans ce quartier, témoin de plusieurs incidents de tir ces derniers jours. Aucun lien entre les incidents de tir et ces arrestations n'a cependant été fait par la police Bruxelles-Midi (Anderlecht/Forest/Saint-Gilles) ce jeudi.
"Lors d'une patrouille de nuit menée le 26 août vers 2h20 dans le cadre de la lutte contre les armes à feu, une patrouille de la zone de police Bruxelles-Capitale/Ixelles a procédé au contrôle d'un groupe de cinq personnes sur la place de Bethléem", a indiqué la police. "Lors du contrôle, 17 grammes de cannabis, 800 euros en espèces ainsi qu'une arme de poing ont été découverts. Les cinq personnes ont été privées de leur liberté", ont ajouté les forces de l'ordre.
Les stupéfiants, l'argent et l'arme à feu ont été saisis par la police, qui précise que l'enquête se poursuit. Lundi, des tirs à l'arme automatique avaient notamment été signalés au croisement des rues Gustave Defnet, du Monténégro et de la Chaussée de Forest, à proximité immédiate de la place de Bethléem, pour la deuxième fois en quelques jours à cet endroit.


