Le gestionnaire de réseau Elia s'apprête à entamer les travaux du projet Ventilus dans trois semaines. Cette ligne à haute tension est destinée à acheminer l'électricité produite par les parcs éoliens en mer vers l’intérieur du pays, en traversant la Flandre occidentale. Bien qu'Elia dispose d'un permis pour ce projet, des procédures judiciaires concernant Ventilus sont toujours en cours. Plusieurs bourgmestres de Flandre occidentale estiment qu'Elia prend un risque en allant de l'avant sans attendre l'issue de ces dossiers.
Les travaux de la ligne haute tension Ventilus débuteront le 14 septembre, malgré les recours juridiques en cours
Le projet Ventilus - une liaison à haute tension de 82 km entre Zeebrugge et Avelgem - prévoit des lignes aériennes (environ 60 km de tronçon aérien), des câbles souterrains, la construction de postes de transition, l'extension de postes à haute tension et l'adaptation de lignes existantes. Les travaux de presque tous ces types d'infrastructures débuteront à la mi-septembre.
Les travaux de pose des nouveaux câbles souterrains entre les postes de transition de Zedelgem-Baliebrugge et entre De Mol-Bosmolens (Izegem), ainsi que la nouvelle ligne aérienne de 380 kV le long de l'E403, ne commenceront eux qu'en janvier 2027. Ces chantiers seront réalisés par phases et s'étendront sur plusieurs années.
Des procédures en cours
La construction de nouvelles lignes aériennes suscite de fortes oppositions en Flandre, un peu à l'image du projet complémentaire de la "Boucle du Hainaut". Des dizaines de recours, émanant notamment de communes flamandes, contre le permis d'environnement octroyé à Elia sont d'ailleurs toujours en cours. Ils ne sont cependant pas suspensifs.
Les bourgmestres à l'origine de ces recours indiquaient ce mardi attendre "dans les prochaines semaines ou prochains mois" une décision du Conseil du contentieux des permis (Raad voor Vergunningsbetwistingen), juridiction administrative flamande qui tranche les litiges concernant les permis d'urbanisme et d'environnement.
Parallèlement, une procédure est en cours au Conseil d'Etat, qui doit se prononcer sur plusieurs requêtes en annulation de l'arrêté flamand qui porte le plan régional d'exécution spatiale "Ventilus". On plaidera le 16 septembre, et une décision est attendue en octobre.
Cela n'empêche cependant pas Elia d'entamer les travaux. "Nous sommes bien conscients que la procédure est toujours en cours, mais celle-ci n'a pas d'effet suspensif", explique Lotte Van der Stockt d’Elia. "Nous disposons d'un permis pour la réalisation des travaux. Les procédures judiciaires prennent du temps. Or, nous ne voulons pas attendre leur issue, compte tenu de l'importance sociétale du projet Ventilus. Nous devons bâtir dès aujourd'hui l'énergie de demain".
Les bourgmestres de Flandre occidentale critiquent
Bart Dochy (CD&V), bourgmestre de Ledegem - l'une des communes ayant déposé des recours contre le projet Ventilus -, exprime des critiques, également au nom de plusieurs autres communes concernées. "Les procédures judiciaires en cours ne deviennent pas caduques simplement parce que les travaux ont commencé. Nous attendons une décision du Conseil d'État concernant le GRUP [Plan régional d'exécution spatiale] cet automne. S'il juge que le GRUP ne peut être maintenu, il n'y aura plus de base juridique pour les permis environnementaux. Elia prend donc un risque en entamant des travaux qui sont encore contestés devant les tribunaux."
Bart Dochy (photo) reconnaît que l'auditeur du Conseil d'État a déjà préconisé de ne pas annuler le GRUP. "Mais c'est le Conseil d'État dans son ensemble qui prend la décision finale, et cela n'a pas encore eu lieu."
Déclaration d'utilité publique
Outre les procédures devant le Conseil d'État et le Conseil du contentieux des permis, Bart Dochy évoque la "déclaration d'utilité publique". "Celle-ci confère à Elia le droit d'effectuer des travaux, qu'un accord ait été trouvé ou non avec les propriétaires fonciers. Toutefois, aucune décision définitive n'a encore été prise à ce sujet. Le ministre fédéral de l'Économie, David Clarinval, doit encore se prononcer."
"Nous jugeons la manière de procéder d'Elia injuste, mais nous restons ouverts à un dialogue constructif. Cela ne signifie pas pour autant que nous cautionnons ce qui se passe. Notre responsabilité première demeure la protection de nos habitants, de leur cadre de vie et de leur sécurité juridique. C'est pourquoi nous maintenons toutes nos objections et suivons de près tant l'exécution du projet que les procédures judiciaires en cours. Nous croyons en l'État de droit et gardons espoir", conclut le bourgmestre de Ledegem.
Les bourgmestres contestataires observaient ce mardi qu'Elia semble débuter avec la partie la "moins contestée" du projet. "Ils commencent avec le renforcement de la ligne existante. Pour la construction de nouveaux pylônes, ils attendront sans doute la procédure au Conseil du contentieux des permis", notait Bart Dochy. La mise en service de la liaison Ventilus, qui doit faciliter le transport vers l'intérieur des terres de l'électricité produite par les éoliennes en mer du Nord, est prévue pour 2030-2031.

