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Les pluies torrentielles qui se sont abattues dans la vallée de la Vesdre il y a 5 ans ont montré que les phénomènes météorologiques extrêmes peuvent avoir des conséquences majeures.

Le météorologue David Dehenauw met en garde contre les économies imposées à l'IRM : "Nous risquons de ne pas voir arriver une catastrophe"

"Nous risquons d'être submergés", craint David Dehenauw, chef de travaux de l'Institut royal météorologique (IRM), au sujet des réductions du budget fédéral consacré à la science, qui affectent également l'Institut. Si le gouvernement ne revient pas sur certaines décisions, les missions fondamentales de l’IRM seront compromises. "Il ne s'agit pas seulement de prévoir la météo : cela concerne la sécurité, l'économie et bien plus encore. Aux côtés de l'armée, nous occupons le sommet de la pyramide dans le domaine de de sécurité", souligne le météorologue.

Anne François Michaël Torfs
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L’interview accordée par David Dehenauw à VRT NWS prend la forme d’un long monologue tant l’urgence de dénoncer les dangers de coupes budgétaires trop sévères est grande pour celui qui dirige depuis 2017 le service météo de l’IRM. "Je suis prévisionniste depuis 25 ans, mais c'est la première fois que je m'exprime ainsi dans les médias. A l’Institut nous ne nous sommes jamais plaints de questions d'argent, alors même que les coupes budgétaires durent depuis longtemps."

"Mais nous estimons maintenant devoir soulever ce problème, car les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient. Ne pas en parler serait irresponsable. Cela pourrait même s'apparenter à une négligence criminelle", estime le Brugeois de 55 ans.

Des économies depuis des années déjà

Les coupes budgétaires ont débuté sous le gouvernement d’Elio Di Rupo en 2012, explique David Dehenauw. "Si l'on fait le compte, nous avons entretemps perdu 25 % de notre dotation, y compris l’inflation".

La charge devient de plus en plus lourde, d'autant plus que certaines sources de revenus ont disparu. Autrefois, l'IRM pouvait par exemple vendre des données à d'autres partenaires, mais cela n'est plus possible en raison d'une directive sur l'ouverture des données (open data). À cela s'ajoute la règle dite des "deux cinquièmes" : pour cinq membres du personnel qui partent, seuls deux sont remplacés.

L'IRM compte environ 200 employés. Ce chiffre peut paraître élevé, mais l’institut météorologique néerlandais KNMI dispose d'effectifs bien plus importants. "Ils ont 60 prévisionnistes météo, contre 14 chez nous."

"Il faut également prendre en compte la pression accrue liée au changement climatique, ainsi que la nécessité d'investir dans des équipements tels que de nouveaux radars météorologiques ou des superordinateurs."

L'Institut royal météorologique

De l'aviation au centre de crise

L'IRM fournit de nombreux services, bien au-delà des prévisions météorologiques et des mises en garde contre les conditions météo extrêmes ou les routes dangereuses, notamment. "Nous partageons des données avec l'aviation civile, nous collaborons avec le Centre de crise national (comme lors de la vague de chaleur), nous soutenons l'Agence flamande pour l'environnement (VMM), nous travaillons avec l'armée, et ainsi de suite."

"En fait, tout comme l'armée, l'IRM se trouve au sommet de la pyramide de sécurité", explique David Dehenauw. "Des plans d'urgence sont activés en cas de conditions météorologiques extrêmes. Lorsque nous émettons des avertissements, d'autres organismes - aux niveaux fédéral, régional et communal - entrent en action. Le personnel sur le terrain est ainsi mieux préparé."

"Si notre capacité à accomplir toutes ces tâches est compromise, nous risquons de passer à côté d'une catastrophe majeure. En même temps, le climat change, ce qui rend nos missions d'autant plus pertinentes", souligne le météorologue.

Le météorologue David Dehenauw

"Le gouvernement fédéral risque de se tirer une balle dans le pied"

L'Organisation météorologique mondiale (OMM) a calculé qu'un investissement d'un euro dans la prévision météorologique génère un rendement de huit euros.

"Grâce à nos mises en garde, nous prévenons des dommages ou des souffrances supplémentaires - et donc des coûts accrus pour les pouvoirs publics et les assureurs. Le gouvernement fédéral risque donc de se tirer une balle dans le pied", avertit Dehenauw.

De la SNCB au transport maritime

Il ne s'agit pas seulement de sécurité, les transports et l'économie sont également en jeu, souligne David Dehenauw. "L'IRM contribue aussi à la prospérité économique de notre pays. Nous élaborons des prévisions spécifiques pour le secteur des transports, par exemple concernant l'épandage de sel en hiver. Nous travaillons également pour les chemins de fer et le secteur du transport maritime, une activité qui représente plusieurs milliards d'euros."

L'IRM frappe sur la table alors qu'une nouvelle série de coupes budgétaires fédérales se profile. "Nous voulons supprimer la "règle des deux cinquièmes" concernant le personnel. Cette règle s'applique aussi à d'autres institutions, mais pas à l'armée. Nous ne critiquons pas les forces armées, mais l'IRM risque de sombrer dans les années à venir."

Inondations dans la région du Westhoek fin 2023 : l'IRM a suivi la situation de près.

1 euro par personne et par an

David Dehenauw espère que les budgets pourront être légèrement augmentés, en ces temps critiques pour les questions climatiques et météorologiques. "Si l'on fait le calcul, les Belges paient 1 euro par personne et par an pour financer l'IRM. Passons à 1,1 euro", suggère Dehenauw.

"Notre sécurité civile est primordiale, et pourtant nos missions fondamentales sont aujourd'hui menacées. Il s'agit de personnel clé dont nous avons un besoin crucial, notamment pour assurer le fonctionnement du service de prévision météorologique."

Le gouvernement prépare des économies

Le gouvernement De Wever se penchera sur les nouvelles réductions budgétaires dans les mois à venir. Le cadre général des économies concernant la politique scientifique a déjà été défini et l’Institut royal météorologique ne sera pas le seul établissement touché. Le Service public de programmation Politique scientifique Belspo et la Bibliothèque royale, entre autres, sont également concernés.

L'IRM sera intégré à un regroupement d'institutions qui comprend notamment l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB). Mais les budgets précis qui lui seront alloués et les décisions détaillées à son sujet restent encore à finaliser.

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