L'Institut royal météorologique (IRM), le Centre d'analyse des risques du changement climatique (Cerac) et le Centre belge du Climat (BCC) ambitionnent de renforcer la résilience du pays face aux phénomènes climatiques extrêmes par le biais des 'Chroniques de la météo future'. Elles traduisent les données scientifiques sur le climat en scénarios concrets de phénomènes météorologiques extrêmes tels que les vagues de chaleur, les sécheresses et les fortes pluies. Ce projet rend tangibles les conséquences du changement climatique et permet de mieux nous y préparer, par exemple dans les hôpitaux, maisons de repos et écoles. Il souligne la nécessité d’une plus grande autonomie des citoyens, car "de nombreux défis nous attendent". Ce projet s’adresse surtout aux décideurs politiques, acteurs de terrain et aux secteurs particulièrement exposés.
"Chroniques de la météo future" : renforcer la résilience de la Belgique en la préparant aux phénomènes climatiques extrêmes
En étroite collaboration avec le Centre d’évaluation des risques liés au changement climatique (Cerac) et le Centre belge du climat (BCC), l’Institut royal météorologique (IRM) a lancé le projet des "Chroniques de la météo future" dans le but de cartographier concrètement les risques futurs, pour que le pays puisse mieux s’y préparer.
Ce projet de portée vaste ambitionne de couvrir tous les secteurs, des hôpitaux et maisons de repos et soins aux écoles, entreprises, secteur économique et secteur énergétique, sans oublier la population elle-même.
Une approche totalement inédite
L’IRM et ses partenaires optent pour une approche novatrice, partant du constat que les rapports climatiques sur les futurs événements météorologiques extrêmes sont souvent très abstraits. En s’appuyant sur des exemples concrets, ils souhaitent rendre ces événements plus accessibles aux citoyens et aux différents niveaux de décision.
Les scientifiques ont décidé de commencer leurs récits par la chaleur. "La Belgique n’a pas encore vraiment de culture de la chaleur", expliquait à VRT NWS Steven Caluwaerts (IRM et Université de Gand), l’un des responsables du projet. "En revanche, nous savons que les phénomènes météorologiques extrêmes ont un impact humain et économique considérable sur la société. Grâce à cette collaboration, nous souhaitons aider notre pays à se préparer aux crises futures qui pourraient survenir."
Malines a déjà mené un important exercice de réflexion
Des exercices similaires ont récemment eu lieu dans plusieurs villes, centrés autour du projet pilote relatif à une future vague de chaleur. La ville de Malines (province anversoise), entre autres, a organisé un important exercice de réflexion collective sur les risques liés à la chaleur, indiquait Steven Vermeeren, coordinateur de la planification d'urgence pour Malines-Willebroek, à VRT NWS.
"Nous avons cherché à simuler les conséquences d'une vague de chaleur prolongée sur la ville et ses habitants. De nombreux services ont été concrètement impliqués dans l'exercice, des services d'urgence et de police au service de communication et aux hôpitaux", explique Steven Vermeeren. L'exercice était divisé en une phase de préparation, la phase de crise proprement dite et une phase d'évaluation.
"Nous avons rapidement dressé une longue liste de 20 problèmes. Imaginez un service d'urgences saturé, des ponts mobiles hors service ou une zone de loisirs avec un étang de baignade bondée". Finalement, pendant la crise, une liste restreinte de 5 priorités a été établie. Le fil conducteur était la prise en charge de la population. Autrement dit : les hôpitaux, les maisons de retraite et les écoles (le bien-être mental et physique) étaient prioritaires par rapport, par exemple, aux infrastructures.
La population doit devenir plus autonome
L'exercice s'est avéré très utile. "On est submergé par les événements, car l'impact est très large. Nous avons nous-mêmes été surpris. En réalité, les ressources (les outils) sont insuffisantes dans de telles situations. On réalise alors qu'il est absolument nécessaire de collaborer avec les différents services", explique Steven Vermeeren.
La valeur ajoutée du projet pilote résidait également dans le fait que, outre les services d'urgence habituels, des experts tels que l'Institut royal météorologique et le Département flamand des soins ont aussi collaboré et participé.
La ville a également constaté la nécessité d'une plus grande autonomie chez les citoyens. "Dans des crises aussi longues et complexes, les services d'urgence habituels atteignent en effet leurs limites."
Malines est déjà un peu mieux préparée aux futures vagues de chaleur. "Je peux sans hésiter recommander cet exercice à d'autres villes. Nous allons d'ailleurs partager nos résultats avec elles", conclut Vermeeren.
Scénario fictif, mais réaliste pour l'avenir
L'exercice mené par la ville de Malines ne représente qu'une petite partie du projet global. À plus long terme, l’IRM, le Cerac et le BCC ambitionnent de rédiger des récits concrets et détaillés, notamment sous forme d'articles de presse fictifs. Ils comprendront des entretiens avec des experts dans des domaines spécifiques. Imaginez, par exemple, un spécialiste de la santé expliquant l'impact de la chaleur sur les naissances prématurées.
"Bien que fictif, le contenu des Chroniques repose exclusivement sur des travaux scientifiques, des projections quantitatives basées sur des modélisations climatiques et des archives historiques de catastrophes naturelles. De même, les témoignages s'inspirent d'événements réels survenus en Belgique ou à l'étranger", précise le communiqué des trois partenaires.
Des Chroniques basées sur des données scientifiques
Le point de départ adopté sont des phénomènes météorologiques extrêmes associés à une hausse de la température mondiale de 2 degrés. Actuellement, la planète s'est réchauffée d'environ 1,5 degré, mais elle se dirige vers une hausse de 2 degrés, voire plus – tout dépendra de la rapidité avec laquelle le monde parviendra à réduire ses émissions dans un avenir proche. Une augmentation de 2 degrés par rapport à l'ère préindustrielle n'est certainement pas un scénario extrême.
Pour ce projet pilote, une vague de chaleur a été sélectionnée à partir de simulations climatiques selon une méthodologie scientifique rigoureuse. "La vague de chaleur sélectionnée est représentative d'un été de chaleur extrême dans un monde qui s'est réchauffé de 2 degrés. Il ne s'agit donc certainement pas d'un été moyen : on pourrait le comparer à l'été 1976 dans un climat plus chaud", explique Steven Caluwaerts (IRM et Université de Gand).
Rendre les risques plus tangibles
"L’essentiel est de sélectionner, parmi des dizaines de milliers d’années simulées, un été à la fois extrême et plausible, représentatif de ce qui pourrait arriver à la Belgique dans un avenir proche. C’est ce fondement scientifique qui rend les risques climatiques concrets pour ceux qui doivent s’y préparer", résume Kobe Vandelanotte, climatologue au Centre belge du climat.
"En concrétisant les risques, on constate clairement qu’un événement climatique extrême a un impact sur l’ensemble de la société. Cela nous permet de tester notre capacité collective d’adaptation. Nous pouvons également en tirer des enseignements pour identifier les domaines dans lesquels nous devons renforcer notre résilience", conclut Luc Bas du Cerac.
