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L'étudiant américain Adam Denzler étudie au département de Mode de l'Académie d'Anvers: à gauche, l'une de ses créations.

L'Américain Adam doit abandonner ses études de mode à Anvers à cause de la hausse des frais d'inscription pour les non Européens

"Malheureusement, je ne peux plus financer mon master", regrette amèrement Adam Denzler (photo), 22 ans, étudiant américain en mode. Ces 5 et 6 juin, il donnait donc une dernière fois le meilleur de lui-même lors du défilé de fin d'année du département de Mode de l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers. Face à la réduction des subventions du gouvernement flamand, de nombreux établissements d'enseignement supérieur se voient contraints d'augmenter considérablement les frais de scolarité pour les étudiants non européens. L'enseignement artistique à Anvers est particulièrement touché en raison de la forte proportion d'étudiants non européens qu’il accueille - jusqu'à 40 % dans le département de mode. Des universités comme la VUB, la KUL et l'UHasselt sont également durement touchées vu leur offre importante de cours en anglais.

Anne François Lisa Lefèvre
Publié:

Les derniers fils sont coupés, les coutures repassées et les mannequins habillés. En cette fin d’année universitaire, Adam Denzler s’est pleinement investi dans les derniers préparatifs du "SHOW 26" , le défilé de fin d'année pour lequel tous les étudiants du département de Mode travaillent pendant un an.

Ces 5 et 6 juin, il présentait avec fierté sa troisième et dernière collection dans le cadre du département de Mode de l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers. Huit silhouettes ludiques et colorées, chacune réalisée à partir de matériaux recyclés. "Un choix éthique, mais honnêtement, c'est aussi plus avantageux financièrement", admet le jeune créateur américain en riant.

Découvrez la collection ludique d'Adam Denzler pour sa troisième année et son processus de création.

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    Les 8 silhouettes imaginées par l'étudiant en mode Adam Denzler pour SHOW 26

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    Une création d'Adam Denzler (2026)

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    Un aperçu du processus de création

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    Une création d'Adam Denzler (2026)

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    Un aperçu du processus de création

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    Une création d'Adam Denzler (2026)

Jusqu'à 25.000 euros par année universitaire

La formation supérieure en mode a toujours été onéreuse pour les étudiants non européens, plus précisément ceux qui ne sont pas ressortissants de l'Espace économique européen (EEE), qui comprend l’Union européenne, la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein. Alors qu'un étudiant belge ou ressortissant de l'EEE paie environ 1.180 euros par année universitaire, ce montant dépasse déjà 8.000 euros pour un étudiant non EEE. Dès l'année prochaine, cette somme augmentera fortement, suite à la décision de la ministre flamande de l’Enseignement Zuhal Demir de réduire les fonds publics alloués à ce groupe d'étudiants.

Les nouveaux étudiants non EEE inscrits au Conservatoire royal d'Anvers ou à l'Académie royale des Beaux-Arts d'Anvers (dont fait partie le département de Mode) devront débourser 25.000 euros par an à partir de la prochaine année universitaire.

Pour ceux qui ont déjà commencé le programme, le tarif reste pour l'instant inférieur : ils paieront 13.500 euros l'année prochaine pour poursuivre leurs études. Pour les années suivantes, rien n’a encore été décidé.

De quelle décision politique s'agit-il ?

Le gouvernement flamand a décidé de limiter le financement des étudiants non ressortissants de l'Espace économique européen à 2 % maximum du nombre total d'étudiants par établissement d'enseignement. Cette mesure générera environ 30,7 millions d'euros pour le gouvernement de Matthias Diependaele.

Cette règle existe depuis un certain temps, mais était rarement appliquée. La ministre flamande de l'Enseignement, Zuhal Demir, a décidé de l’imposer dès la rentrée académique 2026-2027.

De nombreux établissements d'enseignement flamands dépassent la limite de 2 %. Pour la part d'étudiants non ressortissants de l'EEE excédant ce seuil, les universités et écoles supérieures ne recevront désormais que des subventions de fonctionnement minimes, voire nulles, tandis que leurs coûts resteront inchangés. La plupart des écoles sont donc contraintes d'augmenter significativement les frais d’inscription pour les étudiants non ressortissants de l'EEE.

Le casse-tête financier d'un étudiant non-européen

L'annonce de l'augmentation des frais de scolarité a été un coup dur pour Adam Denzler. Pour lui, elle signifie la fin de son rêve anversois. "Je parvenais tout juste à financer les 8.000 euros d’inscription par an. Mais 13.500 euros, cela devient impossible. Surtout avec tous les frais supplémentaires : les tissus et le matériel à acheter, les séances photo, sans oublier mon loyer."

Adam a grandi aux États-Unis avec sa mère célibataire, enseignante. "Au lycée, je rêvais de devenir styliste. Grâce à YouTube, j'ai découvert des créateurs comme le Britannique Alexander McQueen et le Belge Martin Margiela." Son choix de carrière était fait.

"Pour m'aider à réaliser ce rêve, ma famille a mis de l'argent de côté pour mes études", explique Adam. "Je sais combien j'ai de la chance qu'ils aient pu me soutenir. Mais nous n'avons pas de gros moyens. Dans le monde de la mode, il semble normal que les étudiants soient soutenus par leurs parents pendant des années. Ce n'est pas ma réalité."

Une création d'Adam orne l'affiche du défilé de mode de fin d'année, SHOW 26.

Anvers, seule école de mode de haut niveau encore abordable

"Pour couvrir un maximum de frais moi-même, je travaille en freelance dans la mode. Mais pendant l'été, j'aime rentrer chez moi voir ma famille. Du coup, je n'ai pas beaucoup de temps pour un job d'été."

Adam veut éviter à tout prix un prêt étudiant. Non seulement parce que la somme grossit rapidement, mais aussi à cause de la structure-même du secteur de la mode. "Beaucoup de stages ne sont pas rémunérés ou sont mal payés", explique-t-il. "On se retrouve donc endetté avant même d’avoir entamé une carrière."

Cette réalité financière a joué un rôle majeur dans le choix d'études du jeune Américain. Adam a comparé plusieurs programmes internationaux prestigieux. "New York, Londres, Paris… Anvers s'est finalement avérée être l'option la plus réaliste. Ce sont les seules études de mode de haut niveau où il n'était pas nécessaire de débourser des dizaines de milliers d'euros par an."

L'école anversoise l’attirait aussi pour d’autres raisons : l'histoire de l'académie, les Six d'Anvers (les créateurs Dirk Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck, Dries Van Noten, Dirk Van Saene et Marina Yee qui ont étudié il y a 40 ans à Anvers) et l'approche expérimentale. "Tout cela me plaisait énormément. Mais il y avait aussi cette réalité pratique, financière”.

"Des condisciples du Pérou, du Brésil et du Zimbabwe"

Aujourd'hui, le département de Mode d'Anvers attire chaque année des étudiants du monde entier. Seule une minorité de 15% vient de Belgique. Quelque 45 % des étudiants sont originaires de l'Espace économique européen et 40 % de pays hors de l’EEE. C'est précisément cette composition internationale qui fait la singularité et la richesse de l'école anversoise – et qui est aujourd'hui mise à rude épreuve.

Adam le voit comme une évolution regrettable. "Il me semble inévitable que le département de Mode prenne à l’avenir un caractère beaucoup plus européen. C'est une grande perte. Ce brassage de nationalités de tous les continents est un atout précieux. On sent que cette crainte est partagée par le personnel de l'école", constate l’étudiant américain.

"J'ai suivi des cours avec des étudiants belges et néerlandais, mais aussi péruviens, brésiliens et zimbabwéens. Cela change votre vision du monde. On apprend non seulement des professeurs, mais aussi les uns des autres."

Adam et ses camarades de troisième année de licence : un groupe multiculturel.

Un avenir sans master?

Adam faisait ses adieux à ce milieu international les 5 et 6 juin, lors des deux représentations de "SHOW 26". Entre le trac, les essayages et les échéances, il lui était encore difficile de réaliser que c’était la dernière fois. Mais bientôt, il dira bel et bien au revoir à l'Académie, à Anvers et la Belgique.

"C'est étrange, mais je n'ai pas encore ressenti les émotions fortes. Peut-être que ça viendra plus tard, quand je verrai ma famille dans le public." Sa famille a fait le voyage jusqu'en Belgique spécialement pour l'occasion.

La collection d'Adam de l'année universitaire dernière, présentée lors du SHOW 25.

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    Denzler utilise des matériaux recyclés

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    Les créations de Denzler regorgent de références à la culture pop

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    "On me dit souvent que mon style est très américain. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire", confie Denzler.

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    Les soirées costumées et le lycée sont d'importantes sources d'inspiration pour Denzler.

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    "À travers mes créations, je transmets mes sentiments critiques à l'égard de la société", explique Denzler.

Une période d'incertitude commence donc pour Adam Denzler. Il espère trouver un stage rémunéré, malgré son diplôme de licence. "J'ai de la chance de l'avoir obtenu juste avant l'augmentation des frais de scolarité."

Son avenir ne se situe plus en Belgique, mais ailleurs en Europe ou peut-être à New York. "J'essaie simplement de gagner ma stabilité financière. Du stage au travail, étape par étape. Rien n'est acquis dans le monde de la mode."

Son grand rêve reste la création, bien qu’il ne se voit pas encore à la tête d'une grande maison de couture. "Je préférerais contribuer à une industrie de la mode plus juste et plus durable", explique-t-il. "Produire moins, être plus attentif aux personnes, au travail et aux matériaux. Cela peut paraître naïf, mais je veux au moins essayer."

Mais avant cela, il y avait ce défilé final. Et cette dernière traversée des couloirs de l'Académie pour laquelle il a parcouru la moitié du globe. "Je suis surtout reconnaissant d'avoir pu être ici", confie-t-il. "Parfois, j'ai encore du mal à y croire", confiait Adam.

Quelle est la situation dans le reste de l'enseignement supérieur ?

Le Conservatoire royal d'Anvers et l'Académie royale des Beaux-Arts d'Anvers, tous deux rattachés à l'AP Hogeschool Antwerp, sont fortement touchés par la règle des 2 % concernant les étudiants non ressortissants de l'EEE. Ces deux établissements accueillent en effet environ 1.400 étudiants, dont près de 18 % sont originaires de pays hors de l’Espace économique européen.

Au sein du département Mode de l'Académie, cette proportion est encore plus élevée : environ 40 % des étudiants viennent de pays hors EEE. En raison de la taille réduite de cette école supérieure, la perte de financement a un impact relativement important par rapport aux grands établissements.

Le Conservatoire de Bruxelles compte également un pourcentage élevé d'étudiants non européens (10 %). Pour ces derniers, les frais de scolarité passent de 9.000 à 17.500 euros par an.

Les universités néerlandophones sont elles aussi fortement touchées. Elles proposent davantage de formations en anglais, attirant ainsi plus d'étudiants internationaux. La Vrije Universiteit Brussel, en particulier, compte un nombre relativement élevé d'étudiants non ressortissants de l'EEE. Pendant l'année universitaire 2024-2025, ces derniers représentaient plus de 14 % d'un effectif total d'environ 25.000 étudiants. L'Université de Hasselt et la KU Leuven possèdent chacune 12 % d’étudiants provenant de pays hors EEE.

Seul un nombre limité d'établissements se situent en-dessous ou autour du seuil de 2 %, notamment l'Université des sciences appliquées Artevelde, mais aussi VIVES et l’UCLL. La majorité des établissements d'enseignement supérieur sont donc contraints d'augmenter les frais de scolarité pour les formations accueillant un grand nombre d'étudiants non ressortissants de l'EEE.

(Source : Dataloep.be , année universitaire 2024-2025)

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