L'une des œuvres majeures du peintre louvaniste Dieric Bouts (1415-1475), le 'Triptyque de la Descente de Croix' (vers 1455-1460), retourne dans la cathédrale de Grenade en Espagne, après une restauration qui aura duré trois ans à Bruxelles. L’annonce provenait cette semaine de l'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA), qui a effectué le minutieux travail de restauration. Pendant son séjour en Belgique, ce chef-d'œuvre du 15e siècle a également été exposé deux fois au Musée M à Louvain.
Le 'Triptyque de la descente de croix' de Dieric Bouts retourne à Grenade après trois ans de restauration en Belgique
En octobre 2023, le musée M Leuven organisait une exposition de trois mois consacrée au peintre "Dieric Bouts. Créateur d’images". Cet artiste néerlandais, actif à l’époque des Primitifs flamands, fut notamment nommé peintre officiel de Louvain en 1468 et est célèbre avant tout pour ses tableaux religieux. C’est à l’occasion de cette exposition que le triptyque de la Descente de la croix de Bouts quitta pour la première fois la Capilla Real, la Chapelle royale de la cathédrale de Grenade, où il était exposé depuis 500 ans. Ce fut aussi l’occasion pour le musée M Leuven, la Capilla Real et l’Institut royal du Patrimoine artistique de conclure une collaboration internationale inédite, avec le soutien du gouvernement flamand.
L’œuvre de Dieric Bouts a en effet été confiée pour 3 ans aux spécialistes de l’IRPA, d’abord pour y être documentée, étudiée et analysée avec des techniques d’imagerie scientifique de pointe. Des analyses du bois et des couches picturales ont ensuite été réalisées à partir de mai 2024, parallèlement à des recherches en histoire de l'art. Les premiers résultats de l’imagerie scientifique étaient entretemps présentés au public dans le cadre d’une seconde exposition au M Leuven, au printemps 2024, intitulée "Atelier Bouts".
Le panneau central retouché
Les techniques d'analyse de pointe appliquées par l’IRPA ont permis d'apporter un nouvel éclairage sur la création, la composition et l'histoire postérieure de l'œuvre. Le panneau central, représentant la descente du Christ de la croix, était dans un état de conservation particulièrement problématique. La couche picturale présentait de sérieux dégâts, notamment au niveau des joints entre les planches qui composent le panneau. Des scans réalisés par la macro-fluorescence des rayons X ont révélé la présence de zinc, un pigment qui n'a été utilisé qu'à partir du 19e siècle. Cet élément indique que ces zones ont été largement retouchées à cette époque.
Les deux panneaux latéraux étaient dans un meilleur état de conservation. Cependant, des couches de vernis non originales donnaient aux couleurs de Bouts un aspect terne. Lors de la restauration, les vernis jaunis du triptyque ont été soigneusement éliminés, tout comme les surpeints, tantôt avec des solvants, tantôt au moyen d'un scalpel.
"Il s'agit d'une intervention particulièrement précise et délicate, mais le résultat s'est avéré stupéfiant : des détails cachés sont redevenus visibles, comme des éléments finement peints, autrefois complètement enfouis sous des couches picturales ultérieures", explique l'IRPA. La peinture des trois panneaux a été stabilisée et les dommages ont été retouchés, dans le respect le plus strict des principes de restauration.
Pour reconstituer les détails disparus, les experts ont pu se baser sur une source d'une valeur inestimable : des photos en haute résolution d'une copie très fidèle du triptyque, datant d'environ 1500 et conservée au Museo del Patriarca (Musée du Patriarche) à Valence, en Espagne.
D’après Livia Depuydt, qui dirige la restauration au sein de l’IRPA, le triptyque a maintenant retrouvé ses couleurs éclatantes d’origine. Elle en prend congé avec un réel pincement au cœur (vidéo).
Le triptyque a été emballé cette semaine et retourne dans la Chapelle royale de la cathédrale de Grenade, pour laquelle il a très vraisemblablement été réalisé sur commande par Dieric Bouts. L’œuvre y séjourne depuis 1521. Pour l'occasion, une exposition sera organisée dans la cathédrale de Grenade, avec la contribution thématique et scientifique du musée M Leuven et de l'Institut royal du Patrimoine artistique.
Un colloque international sera aussi organisé à Grenade, rassemblant des spécialistes venus de toute l’Europe pour présenter les résultats de leurs recherches sur Dieric Bouts et son œuvre.


