Au cours des trois derniers mois écoulés, plus de 56.000 reines frelons asiatiques ont déjà pu être capturées en Flandre, ce qui représente plus de trois fois le nombre de fondatrices piégées l’an dernier. C’est ce que révèlent les chiffres préliminaires de MijnTuinlab.be , le projet citoyen de piégeage sélectif lancé le 1er mars dernier. L’année prochaine, ce nombre devrait être à nouveau plus élevé, la capacité maximale de prolifération de l’espèce n’ayant pas encore été atteinte en Flandre.
Le projet de piégeage printanier du frelon asiatique a déjà permis de capturer 56.000 reines fondatrices en Flandre
Entre le début du mois de mars et fin mai, les reines frelons asiatiques deviennent actives, sortent de leur cachette hivernale et partent à la recherche d’un endroit pour construire un nouveau nid. Toute personne qui installe pendant cette période un piège sélectif pour capturer les fondatrices de l’espèce invasive peut enregistrer sa capture sur le site MijnTuinlab.be. Cela permet aux chercheurs du gouvernement flamand de suivre la propagation du nouvel arrivant dans la Région.
Les chiffres préliminaires indiquent que 56.700 reines ont déjà été capturées ce printemps, soit plus de trois fois le nombre de l’an dernier, qui s’élevait à 16.000. Ce chiffre était lui-même supérieur à celui de l'année précédente, puisque 4.000 reines avaient été capturées en 2024.
Il est vrai que davantage de pièges ont été recensés : 11.000 cette année, contre 4.000 l'an dernier. Mais les pièges supplémentaires n'expliquent pas entièrement l'augmentation des captures, indique Jasmijn Hillaert de l'Institut de recherche sur la Nature et la Forêt. "Entre 2024 et 2025, le nombre de captures par piège a également augmenté."
Il faudra attendre l'automne prochain pour avoir l'analyse définitive des piégeages sélectifs du printemps. Une chose est certaine : l’an prochain, le nombre de reines capturées sera encore plus élevé. "La population de frelons asiatiques n'a pas encore atteint sa capacité maximale en Flandre. Nous prévoyons donc que la croissance se poursuivra", annonce Hillaert.
Un figuier infesté de frelons
Le Gantois Oliver Houttekiet est l'un des citoyens enthousiastes qui ont pris part au projet de science participative. Depuis le début de cette année, il a déjà capturé 58 reines frelons asiatiques dans et aux alentours de son jardin. "En juillet dernier, mes figues étaient infestées de frelons asiatiques. Quand j'ai voulu cueillir les fruits, ils sont venus jusque sur ma main. J'ai eu une sacrée frayeur !".
Oliver Houttekiet ne s'est pas contenté de poser des pièges. "En mars, j'ai aussi suivi une formation de désinsectiseur. J'y ai appris beaucoup de choses, notamment des données scientifiques sur le frelon asiatique."
Le Gantois a également commencé à vendre des pièges pour reines fondatrices. "J'ai longtemps cherché le piège idéal. J'ai fini par en fabriquer un moi-même, sélectif, à partir d'un modèle existant. J'ai réduit la taille des entrées pour empêcher les frelons européens et les bourdons d'y entrer, puis j'ai ajouté un appât liquide à base de vin par lequel les abeilles ne sont pas attirées. Et en plaçant une petite éponge au fond du piège, les insectes qui s’y introduiraient aussi ne se noient pas."
Oliver Houttekiet a finalement vendu environ 150 pièges, sans grand profit. "Je suis un idéaliste. J’essaye de faire tout ce qui peut être fait pour la nature".
L'utilité des pièges n'est pas encore prouvée
Cependant, les scientifiques n'ont pas encore déterminé si la capture des reines frelons asiatiques contribue réellement à freiner leur prolifération. En effet, l'utilisation de pièges inadaptés qui capturent aussi de nombreux autres insectes, comme les abeilles ou les frelons européens, est plus nuisible qu'utile.
"En cas d'utilisation inappropriée des pièces, les dommages causés à la biodiversité sont très importants", explique la chercheuse Jasmijn Hillaert. "Il est donc essentiel d'utiliser uniquement un piège sélectif et de vérifier quotidiennement son contenu, afin de libérer les espèces indigènes qui s’y seraient introduites".
Pour les apiculteurs, les pièges à frelons peuvent être utiles, notamment en automne, pour protéger leurs ruches. "Nous déconseillons par contre aux particuliers d'installer des pièges. Mais si vous en installez un, nous vous encourageons vivement à participer au projet MijnTuinlab . Vous contribuerez ainsi à la recherche en cours sur la sélectivité et l'efficacité de ces pièges."
Grâce aux pièges, le public apprend à mieux connaître les frelons asiatiques. Ce sont de petites créatures très résistantes.
Oliver Houttekiet, chasseur de frelons asiatiques
Même Houttekiet, chasseur passionné, est désormais convaincu que la capture de frelons asiatiques au printemps pourrait en réalité faire plus de mal que de bien. C'est pourquoi il a décidé de ne pas vendre de pièges l'année prochaine, bien qu’il les ait spécialement conçus pour éviter les prises accessoires.
"La ville de Gand m'a également indiqué qu'elle ne va pas investir dans le piégeage printanier car son utilité n'a pas été démontrée", explique le Gantois. "Je trouve que c’est une attitude correcte. Pour moi, la science est sacrée. J'apprends encore tous les jours."
Houttekiet estime toutefois que les pièges sont utiles d'une autre manière. "Ils sensibilisent le public. Les gens observent davantage la nature qui les entoure et apprennent à mieux reconnaître les frelons asiatiques. Ce sont de petites créatures très résistantes."
Déjà 2.440 fondatrices capturées en Wallonie
En Région wallonne, la campagne printanière de piégeage sélectif a déjà permis de capturer 2.440 reines fondatrices, indiquait cette semaine la ministre de la Nature, Anne-Catherine Dalcq.
Pour réduire les populations de cette espèce invasive tueuse d'abeilles, la Wallonie aussi a lancé en début d'année un plan d'action et de coordination contre ce frelon reconnaissable à ses pattes jaunes. Ce plan s'appuie notamment sur un canal unique à destination des citoyens et des acteurs de terrain afin de centraliser les informations, notamment concernant la localisation et le nombre de captures.
Le piégeage sélectif vise, comme en Flandre, à capturer précocement les fondatrices avant qu'elles ne construisent leurs nids primaire puis secondaire. Près de 100.000 pièges ont été distribués dans toute la Wallonie cette année. La campagne de lutte c va à présent progressivement se décaler vers la recherche et la destruction des nids, a précisé la ministre Dalcq.

