Il était presque minuit et demi, ce samedi soir, lorsque les membres du jury du Concours Reine Elisabeth de violoncelle sont montés sur la scène du centre culturel Flagey à Bruxelles pour annoncer les noms des douze finalistes, par la voix de leur président Gilles Ledure. Le soir-même, les quatre derniers des 24 candidats avaient clôturé la semaine de demi-finales au Flagey, en interprétant soit un concerto en compagnie de l’Orchestre Royal de chambre de Wallonie, soit leur récital avec piano. Les douze finalistes – neuf hommes et trois femmes, âgés de 20 à 29 ans et originaires de 10 pays différents – vont maintenant passer une semaine à la Chapelle musicale Reine Elisabeth à Waterloo, où ils devront préparer sans aucune aide extérieure l’œuvre pour violoncelle et orchestre Four Odes to the Tidings of Flowers, écrite tout spécialement pour la finale par la compositrice chinoise Fang Man. La finale aura lieu tous les soirs du 25 au 30 mai, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar).
Les 12 finalistes du Concours Reine Elisabeth de violoncelle se préparent à une semaine de quarantaine musicale à la Chapelle à Waterloo
Voici les noms des douze finalistes du Concours de violoncelle, par ordre de leur passage en finale au Bozar, où ils seront accompagnés par le Belgian National Orchestra dirigé par son chef Antony Hermus.
• Maria Zaitseva (24 ans, Russie)
• Lionel Martin ( 23ans, Allemgne)
• Yo Kitamura (22 ans, Japon)
• Ivan Sendetsky (29 ans, Russie)
• Ettore Pagano (23 ans, Italie)
• Clara Dietlin (24 ans, France)
• Dilshod Narzillaev (28 ans, Ouzbékistan)
• Alvaro Lozano Cames (20 ans, Espagne)
• Leland Ko (27ans, USA/Canada)
• Krzysztof Michalski (23 ans, Pologne)
• Andrew Ilhoon Byun (28ans, Canada)
• Tae-Yeon Kim (20 ans, Corée)
Trois des douze violoncellistes retenus pour la Finale étudient à la Chapelle musicale Reine Elisabeth de Waterloo, l’institut d’enseignement supérieur artistique fondé en 1939 par la Reine et le violoniste liégeois Eugène Ysaÿe. Il s’agit de Clara Dietlin, Dilshod Narzillaev et Andrew Ilhoon Byun. Plusieurs finalistes étaient en outre déjà considérés comme favoris lors des demi-finales, notamment Maria Zaitseva, Leland Ko et Yo Kitamura.
Une semaine de confinement musical
Les douze finalistes vont maintenant entrer à la Chapelle musicale à Waterloo – qui possède toute l’infrastructure de vie, de travail et de détente nécessaire - pour y passer une semaine en isolement du reste du monde (sans GSM ni internet !) pour répéter l’œuvre inédite 'Four odes to the tidings of flowers' commandée par le Concours à la compositrice chinoise Fang Man. Ils l’interpréteront lors de la finale, qui débutera le 25 mai, ainsi qu’un concerto pour violoncelle et orchestre de leur choix.
Plusieurs violoncellistes ont choisi le Premier Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, d’autres des concertos de Dvořák, Prokofiev, Barber et Dutilleux. La Coréenne Tae-Yeon Kim interprétera le Concerto contemporain de Lutoslawski, œuvre avec laquelle sa compatriote Hayoung Choi a remporté le précédent Concours Reine Elisabeth de violoncelle, en 2022.
La Chapelle, lieu privilégié de préparation au Concours
Pas moins de 7 des 66 violoncellistes admis à participer à la première épreuve de cette édition du Concours sont des élèves de la Chapelle musicale Reine Elisabeth installée dans un prestigieux bâtiment de style Art déco en pleine nature à Waterloo (Brabant wallon). Avec ses professeurs d’exception en violon, alto, violoncelle, piano, chant et musique de chambre, réputés pour leur carrière de soliste mais aussi leurs talents de pédagogue, la Chapelle s’avère être un lieu privilégié de préparation au Concours belge.
"Actuellement, la Chapelle musicale accueille 70 artistes en résidence. Nous les connaissons personnellement et nous leur proposons un programme sur mesure. Les places sont chères et la sélection rigoureuse", explique la directrice artistique Anne-Lise Parotte. La formation coûte 25.000 euros par an, mais les étudiants n’ont généralement pas à payer eux-mêmes les frais. La plupart bénéficient d’une bourse.
"Comment commence une journée ici ? Un verre d’eau, une tasse de café, et on se met à répéter son instrument !", explique en riant le violoncelliste ouzbek Dilshod Narzillaev. Est-ce si simple ? Le Britannique Maxim Calver (qui a participé au premier tour du concours) reste pragmatique : "On peut s’entraîner autant qu’on veut, mais une fois devant un public, tout change."
Un concours, c’est un concert et un examen au carré. Les musiciens y sont préparés à la Chapelle Reine Elisabeth, explique sa directrice Anne-Lise Parotte. "Nous les préparons à monter sur scène dans des conditions difficiles, car le Concours engendre un stress intense." Cela va bien au-delà d’un travail acharné sur le violoncelle. "Nous travaillons sur les bonnes habitudes et sur l’hygiène de vie : bien dormir, bien manger."
La violoncelliste française Clara Dietlin a ainsi participé à un atelier animé par le violoncelliste israélien Uri Vardi "pour apprendre à utiliser son corps et ainsi améliorer le son de l’instrument". Des exercices de relaxation et de gestion du stress sont également proposés.
Mais l’accent est bien sûr mis sur l’étude et le perfectionnement du répertoire. Pour cela, des professeurs de violoncelle, véritables "maîtres en résidence", interviennent : il s’agit du Canadien Gary Hoffman et du Néerlandais Jeroen Reuling, notamment.
"Le fait que nous participions à ce concours avec autant d'élèves est peut-être une coïncidence, mais c'est aussi la preuve que la classe de violoncelle est excellente ici", déclare le Canadien Michael Song. "De nombreux violoncellistes étudiants parmi les meilleurs du monde viennent ici spécialement pour Gary Hoffman. C'est le professeur le plus recherché au monde, et il n'enseigne qu'ici."
Andrew Byun, également du Canada, confirme : "Travailler avec Gary Hoffman et Jeroen Reuling est formidable; ils sont tous deux très disponibles." Recevoir l'enseignement de deux musiciens de haut niveau est également enrichissant, témoigne le Français Léo Ispir : "Ils sont très différents l’un de l’autre. Ils sont complémentaires, c'est ce qui fait la force des études à la Chapelle musicale."
Mes professeurs sont de véritables anges gardiens
João Pedro Gonçalves, violoncelliste
João Pedro Gonçalves (qui a participé au premier tour du concours) vient du Portugal et considère ses deux professeurs comme de véritables anges gardiens. "Non seulement pendant les cours, mais aussi lorsque nous voulons aborder des sujets personnels. Et c'est primordial pour préparer le Concours Reine Elisabeth. La préparation mentale est sans doute encore plus importante que la préparation physique."
La Chapelle veille également à ce que les participants puissent donner de nombreux concerts au préalable, notamment avec un orchestre. Cela contribue à se mettre en condition. Mais, comme conclut Maxim Calver, Britannique pragmatique : "Un concours reste un concours."
Comment suivre le Concours Reine Elisabeth à la VRT ?
La Finale aura lieu du lundi 25 au samedi 30 mai, dès 20h15. On pourra la suivre en direct sur radio Klara et la plateforme VRT MAX, en télévision du lundi au vendredi sur la chaîne Ketnet et le samedi sur VRT Canvas.
La présentatrice Katelijne Boon s’entretiendra chaque soir avec un panel d’invités, la journaliste Clara De Decker ira à la rencontre des finalistes pour recueillir leurs premières impressions. Et divers reportages seront proposés.


