Cette semaine de la demi-finale du Concours musical international Reine Elisabeth de Belgique, consacré cette année au violoncelle, on aura à nouveau pu constater que de nombreux candidats jouent sur des instruments onéreux, souvent anciens et précieux, qui dans beaucoup de cas leur sont prêtés pour un certain temps. Mais saviez-vous que l’archet est souvent encore plus important pour produire le son de qualité que ces jeunes violoncellistes recherchent, et plus cher encore que leur instrument ? Rebekka De Backer est une jeune archetière flamande de 27 ans, et le violoncelliste belge Benjamin Glorieux – membre du jury du Concours Reine Elisabeth – est allé essayer plusieurs de ses archets. Il croit "qu’un archet vient à vous."
La jeune Flamande Rebekka De Backer est archetière : pourquoi un bon archet est-il plus important que le violoncelle ?
Avec les archets, c'est comme avec les baguettes magiques. "C'est la baguette qui choisit le sorcier", disait Monsieur Ollivander à Harry Potter. Le violoncelliste Benjamin Glorieux l'exprime de la même manière : "J’aime le mystère qui entoure l’archet. Je crois que c'est lui qui vient à vous."
L'archet n'est pas qu'un simple outil. Il permet de créer la musique. "A vrai dire, l'archet est un peu plus important que le violoncelle. Sans archet, le violoncelle reste inerte et ne résonne pas", explique Benjamin Glorieux, qui est cette année l’un des membres du prestigieux jury du Concours Reine Elisabeth.
Les instrumentistes à cordes professionnels possèdent plusieurs archets pour pouvoir jouer avec différentes techniques ou dans différents styles musicaux. La demi-finaliste russe Maria Zaitseva, par exemple, joue sur un archet ancien, adapté aux œuvres qu'elle interprète.
Nous travaillons au centième de millimètre près
Rebekka De Backer, archetière
Après des études de lutherie à l'Institut ILSA de Boom en province anversoise, Rebekka De Backer a passé plusieurs années en apprentissage chez un archetier suédois. Elle expliquait à Clara De Decker de Radio Klara (VRT) la précision nécessaire dans son travail : "Nous travaillons au centième de millimètre près."
Un archet de violoncelle pèse environ 80 grammes et doit présenter un équilibre parfait entre rigidité et souplesse.
La jeune archetière utilise du pernambouc, un bois souple originaire du Brésil. "Nous l'apprécions particulièrement parce qu’il possède les propriétés idéales pour faire des archets." Cependant, cette essence est menacée et des alternatives sont recherchées. On trouve également des archets en fibre de carbone, mais leur qualité est inférieure.
Le crin utilisé provient des étalons, et non des juments parce qu’elles urinent sur leur queue.
Rebekka De Backer, archetière
Les crins utilisés pour l'archet proviennent de queues de chevaux. "Des étalons plus exactement, pas des juments parce qu’elles urinent sur leur queue et cela casse les crins", explique Rebekka De Backer. Il s'agit de crins épais et résistants, provenant d'animaux vivant dans des régions froides.
Les matériaux et les nombreuses heures de travail manuel expliquent le prix élevé d'un archet. Chez Rebekka, il coûte environ 4.000 euros. "Je suis encore au début de ma carrière, d’où ce prix qui va progressivement augmenter, mais chez la plupart de mes collègues un archet coûte entre 5.000 et 10.000 euros".
Rebekka De Backer sait-elle à l'avance comment sonnera un archet qu'elle est en train de fabriquer ? "Oui et non. J'ai bien sûr une idée de ce que je veux réaliser, mais je ne saurai comment il sonne vraiment que quand l’archet est terminé. La densité du bois et la vitesse du son, notamment, déterminent si l'archet a un son plus chaud ou plus ample (qui sonne bien dans un grand espace)". La courbure donnée à l’achet, en particulier, influence le son et le confort de jeu pour le musicien.
Benjamin Glorieux teste plusieurs archets fabriqués par Rebekka De Backer. L'un "chante" naturellement, tandis qu'avec l'autre il doit fournir un peu plus d'effort. L'un sonne plus "strict" que l'autre. Chaque archet a sa propre personnalité, qui va se développer au cours du travail avec le musicien. "On crée une relation avec eux. Un triangle amoureux", plaisante Benjamin Glorieux.
Je crois que l'archet vient à vous
Benjamin Glorieux, violoncelliste et membre du jury du Concours Reine Elisabeth
"J'ai une vision assez philosophique, j'aime le mystère qui entoure l'archet. Je crois qu’un archet vient à vous. Mais cette relation est tellement subtile, l'archet traduisant ce que vous voulez exprimer en tant qu'artiste. En fait, il faut le voir comme une quête sans fin de l’archet idéal", conclut le violoncelliste.
Comment suivre le Concours Reine Elisabeth à la VRT ?
• Demi-finales (jusqu’à ce samedi 16 mai inclus, à 15h et à 20h) : à suivre en direct sur radio Klara et la plateforme VRT MAX, en télévision sur VRT Canvas (après-midi) et sur la chaîne Ketnet (soirée). La présentatrice Nicole Van Opstal reçoit chaque jour des violoncellistes de renom pour parler du Concours.
• Finale (du lundi 25 au samedi 30 mai, en soirée uniquement) : en direct sur radio Klara et la plateforme VRT MAX, en télévision du lundi au vendredi sur la chaîne Ketnet et le samedi sur VRT Canvas. La présentatrice Katelijne Boon s’entretiendra chaque soir avec un panel d’invités, la journaliste Clara De Decker ira à la rencontre des finalistes pour recueillir leurs premières impressions.
Divers reportages seront proposés, notamment depuis la Chapelle musicale Reine Elisabeth où les 12 finalistes passeront une semaine coupés du reste du monde pour apprendre l’œuvre inédite de la compositrice chinoise Fang Man qu’ils devront jouer en finale au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar), en plus d’un concerto pour violoncelle et orchestre de leur choix. Ils seront accompagnés par le Belgian National Orchestra dirigé par son chef Antony Hermus.


