La ministre flamande de la Culture Caroline Gennez a officiellement ouvert mercredi le pavillon belge à la Biennale de Venise. Elle a fait l'éloge du projet artistique de la chorégraphe Miet Warlop et de la commissaire d'exposition Caroline Dumalin, mais a aussi commenté les tensions géopolitiques qui se font sentir à la Biennale. Parfois surnommé les "Jeux olympiques des arts", cet événement artistique mondial majeur a en effet démarré avec des protestations devant le pavillon de la Russie et contre la présence d’artistes d’Israël.
A la Biennale de Venise, le pavillon belge a été inauguré, sur fond de protestations contre la Russie et Israël
La journée avait été annoncée comme ensoleillée à Venise, mais pendant l’inauguration officielle du pavillon belge ce mercredi, une pluie torrentielle s’est abattue sur la ville tandis que des manifestations résonnaient en arrière-plan. La Russie est présente avec une exposition collective, pour la première fois depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, au grand dam des artistes et des responsables politiques européens.
Suite à une action des Pussy Riot et du groupe de protestation ukrainien Femen, le pavillon russe avait dû fermer brièvement ses portes mercredi matin. Des fumigènes ont été lancés et des slogans hostiles à Poutine scandés. La police a protégé l'entrée du pavillon, tandis qu'un hélicoptère survolait les jardins.
La décision d'autoriser à nouveau la Russie à participer à la Biennale a également des conséquences politiques. La Commission européenne menace de retirer ses subventions à la prochaine édition de l’événement artistique. Le jury de la Biennale a même démissionné collectivement la semaine dernière.
En raison de ces pressions extérieures, le pavillon russe restera fermé à partir de samedi. Le public, admis dès la 9 mai, ne pourra donc pas découvrir l'art russe.
Le pavillon israélien est actuellement en rénovation, mais le pays est représenté ailleurs. L'artiste Belu-Simion Fainaru expose ainsi son œuvre intitulée "La Rose du Néant" dans un espace de l'Arsenal.
Le fait qu'Israël soit toujours bienvenu malgré la guerre à Gaza suscite une vive désapprobation chez de nombreux artistes participants. Une pétition lancée par ANGA, l'Alliance "L'Art, pas le Génocide", a déjà recueilli les signatures de 236 artistes et commissaires d'exposition présents à Venise. Des manifestations sont attendues vendredi; un rassemblement est prévu près des jardins (Giardini) de la Biennale.
Je pense qu'il est juste qu’en tant que gouvernement flamand nous soutenions pleinement les artistes qui protestent.
Caroline Gennez, ministre flamande de la Culture
A Venise, la ministre de la Culture Caroline Gennez affirmait comprendre et soutenir les protestations : "L'art est toujours politique, mais si l'art devient un outil de propagande pour des régimes qui commettent un génocide ou s'attaquent à l'Europe et à nos valeurs, alors il faut protester. Je pense qu'il est juste que nous, en tant que gouvernement flamand, soutenions pleinement les artistes qui protestent contre cela."
Ciblant la Russie et Israël, la ministre socialiste déclarait également : "Les pays qui bombardent des musées, détruisent des églises et des villages, tentent d'anéantir la culture n'ont rien à faire ici". Gennez a ensuite mis en garde contre la pression constante envers les artistes partout dans le monde et les menaces de censure. "Les artistes sont les sentinelles de notre démocratie (...) Si nous ne restons pas vigilants face aux menaces qui pèsent sur notre démocratie, nous risquons de nous réveiller demain dans un monde où personne n'est en sécurité, et où non seulement l'art mais également notre mode de vie seraient dictés par des régimes autoritaires."
Miet Warlop représente la Belgique
L’artiste plasticienne et chorégraphe flamande Miet Warlop (née en 1978 à Torhout) représente la Belgique à la Biennale Arte 2026 avec la performance-exposition "It never Sssst". Avec ce choix, la Communauté flamande mets en lumière plus de vingt ans de parcours artistique tout en reconnaissant une tradition belge forte dans le domaine de la performance et l’interdisciplinarité. Pour la première fois en 131 ans d’histoire de la Biennale, la danse et le théâtre occupent une place centrale au sein du Pavillon belge.
Des performeurs activeront régulièrement l’installation de Miet Warlop à travers des rituels physiques et sculpturaux. Le titre évoque les temps turbulents qui les poussent sans cesse vers l’avant, dans une tentative obstinée d’éviter toute forme d’immobilité. L’œuvre explore l’urgence du lien humain dans un monde de plus en plus désorientant. Elle transforme le pavillon belge en un espace d’énergie, de tension et d’expérience émotionnelle partagée.
Dans son discours d'ouverture, Caroline Gennez s'est montrée enthousiaste à propos du projet de Miet Warlop et de la commissaire d'exposition, l’historienne d’art flamande Caroline Dumalin : "L'alliance du chant, de la performance et de la sculpture est unique à la Biennale", déclarait la ministre. "Avec “It never Ssst”, Miet Warlop offre à ce pavillon une interprétation contemporaine et stimulante. Ce projet permet au reste du monde de découvrir l'imagination, le talent et le dynamisme de la scène artistique flamande."
Les Pays-Bas, l'Autriche et le Qatar privilégient également la performance à cette 61e Biennale de Venise. Selon Miet Warlop, c'est un signe des temps : "Aujourd'hui, l'expérience a plus d'impact que le savoir. On observe un changement. On peut aussi trouver des tableaux en ligne, alors quand on sort il est peut-être agréable de vivre une expérience concrète."
La ministre Caroline Gennez espère que le pavillon belge et les œuvres des autres artistes flamands sélectionnés pour la Biennale attireront de nombreux visiteurs dans les mois à venir, jusqu’à sa fermeture le 22 novembre prochain. "Tant de beauté est rassemblée ici, en un seul lieu. La Flandre et la Belgique peuvent être fières de leur impact sur le monde de l'art international. Notre forte présence ici est plus que méritée", concluait la ministre flamande de la Culture.
D’autres Belges à la Biennale
La présence d’artistes belges ne se limite pas au pavillon de notre pays, mais est cette année encore disséminée en divers endroits de Venise. Au pavillon central, la contribution belge est immédiatement visible : Otobong Nkanga, l’artiste plasticienne et performeuse originaire du Nigeria qui vit et travaille à Anvers, a eu l'honneur d'inaugurer et pourra clôturer l'exposition. Son œuvre est visible sur les colonnes du pavillon et dans la cour intérieure.
Trois autres artistes belges sont représentés au pavillon central, dans le cadre de l’exposition "In minor keys" (En mineur) imaginée par la commissaire Koyo Kouoh, décédée prématurément en mai 2025. Sammy Baloji, né au Congo et actif à Lubumbashi et Bruxelles, présente "On How I Became Witchcraft : A Survey of Colonial Libraries", une nouvelle série comprenant trois sculptures et seize tirages en collage.
Le Liégeois Léonard Pongo, qui travaille tant au Congo qu’en Belgique, expose deux installations. Quant à Philip Aguirre y Otegui, né à Schoten et qui vit et travaille à Anvers, il présente "Courtyard and street", un bas-relief en terre cuite.
Et puis l’artiste limbourgeois Koen Vanmechelen, dont deux œuvres ont longuement séjourné à Venise après avoir été exposées à la Biennale de 2024, est également présent cette année. "We Thought We Were Alone" ('Nous pensions être seuls' en français), la première exposition personnelle de sculptures de Vanmechelen à Venise, ouvrait ses portes mercredi au Palazzo Rota Ivancich.
L’artiste multidisciplinaire y présente 40 nouvelles sculptures et installations, créées spécialement pour cette 61e Biennale. Vanmechelen y a travaillé pendant deux ans, dans ce qu'il qualifie de "contexte artistique des plus stimulants".
Le musicien et chanteur Youssou N'Dour et sa compagnie a fait le voyage du Sénégal à Venise pour un concert au milieu des sculptures. Koen Vanmechelen avait en effet collaboré avec le musicien l'été dernier lors du festival Wild Gene à Labiomista, son parc culturel à Genk.
La Biennale de Venise débute officiellement samedi 9 mai et se poursuit jusqu'au 22 novembre. Les performances en direct dans le pavillon belge ont lieu tous les mardis, mercredis, vendredis et samedis.


