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Marlutje Jackers n’est certainement pas la seule productrice de pommes de terre à se retrouver avec un excédent cette année.

La bourgmestre de Herstappe se retrouve avec 2,5 millions de kilos de pommes de terre dont personne ne veut

Dans tout le pays, les agriculteurs ne parviennent pas à écouler leurs pommes de terre farineuses destinées aux frites. Même dans la commune la plus faiblement peuplée du pays, Herstappe (Limbourg), le problème se fait sentir. La productrice de pommes de terre Marlutje Jackers, qui est également bourgmestre, se retrouve avec un excédent de 2,5 millions de kilos de pommes de terre à frites qu’elle ne parvient pas à vendre.

Eric Steffens
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En Belgique, l’offre de pommes de terre est cette année extrêmement élevée. Cela s’explique notamment par une bonne récolte, mais aussi par une baisse de la demande en pommes de terre destinées à la transformation en frites. De nombreux agriculteurs se retrouvent actuellement avec des hangars remplis de pommes de terre sans valeur marchande. La bourgmestre de Herstappe, Marlutje Jackers, est elle aussi concernée.

"Il me reste encore 2 500 tonnes de pommes de terre à frites", explique-t-elle.  "C’est une véritable montagne de pommes de terre de 50 sur 25 mètres et de 4 mètres de haut. C’est immense. Je n’ai jamais connu un tel excédent, et beaucoup de mes collègues disent la même chose. Nous savons déjà que cela va seulement nous coûter de l’argent pour libérer nos entrepôts en vue de la prochaine récolte."

Une expérience qui a mal tourné

D’après Marlutje Jackers, l’industrie de la frite est à l’origine de la situation. "Il y a quelques années, on a demandé aux agriculteurs d’expérimenter de nouvelles variétés de pommes de terre parce qu’il y avait une pénurie. La qualité des frites obtenues avec ces variétés s’est révélée décevante, ce qui a fait chuter la demande des consommateurs. Et ensuite, tout s’est enchaîné."

"Ce sont aujourd’hui les agriculteurs qui en subissent les conséquences", poursuit-elle. "Alors même que nous avons eu une très bonne récolte, personne n’en veut. De plus l'exportation est quasiment à l’arrêt. Je tire la sonnette d’alarme, car je ne sais pas quoi en faire. Cela va de toute façon me coûter de l’argent pour les sortir de mon hangar."  

Quelles solutions ?

Pour les producteurs, plusieurs options existent afin de se débarrasser de leurs surplus. Les pommes de terre peuvent par exemple être envoyées vers une unité de biogaz ou transformées en aliments pour le bétail. Mais ces solutions impliquent des coûts de transport, et les pommes de terre doivent être lavées et débarrassées de la terre, ce qui engendre également des frais importants. Avec les prix élevés du diesel, ces options ne sont pas vraiment intéressantes.

"Il ne nous reste peut-être plus qu’à les épandre à nouveau dans nos champs", estime Jackers. "Mais je ne suis pas enthousiaste à cette idée. Elles vont commencer à pourrir et les jus vont s’infiltrer dans nos terres agricoles. On ne sait pas encore comment le sol va réagir."

"Or, cette terre est ma source de revenus", conclut-elle. "Si je commence à la polluer avec des pommes de terre pourries, je risque de m’attirer encore plus de problèmes. Je préférerais largement envoyer ces pommes de terre dans des pays où les gens ont réellement faim plutôt que de les laisser pourrir dans mes champs."

Waste Warriors : contre le gaspillage alimentaire

Le fait que de nombreux producteurs de pommes de terre se retrouvent avec d’importants excédents n’a pas échappé à l’organisation "Waste Warriors". Celle-ci s’engage à sauver un maximum de fruits et légumes contre le gaspillage alimentaire. Afin de soutenir les agriculteurs, cette organisation vendra samedi prochain une petite partie des surplus de producteurs locaux à un prix équitable à Gand, Anvers, Courtrai, Louvain et Hasselt. Les pommes de terre de Marlutje Jackers en feront également partie.

"Pour moi, cela ne fera aucune différence sur le plan financier, mais je trouve positif de pouvoir ainsi envoyer un signal", déclare Jackers. "Nous sommes un pays de frites très performant, mais toutes les maillons de la chaîne de production doivent fonctionner, et ce n’est actuellement pas le cas. À cause du manque de rigueur de l’industrie, les agriculteurs se retrouvent aujourd’hui en difficulté."

Grâce à l’action de "Waste Warriors", Marlutje Jackers aura au maximum 20 tonnes de pommes de terre en moins dans son entrepôt. Et pour le reste ? Comme de nombreux autres agriculteurs, elle devra réfléchir à une solution dans les semaines à venir.

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