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Les agriculteurs belges ont récolté une quantité record de pommes de terre, mais elles ne peuvent pas toutes être utilisées pour faire des frites.

La Belgique ne parvient pas à écouler 860.000 tonnes de pommes de terre, mais produire plus de frites ne résout pas le problème

Notre pays est actuellement confronté à un excédent d’au moins 860.000 tonnes de pommes de terre qui n’ont toujours pas trouvé preneur. C’est 21% de plus que la moyenne des trois années précédentes. Les agriculteurs ne reçoivent plus qu’une maigre rémunération pour leurs patates, parfois seulement le remboursement des frais de transport. Ils ont produit beaucoup de pommes de terre ces dernières années, mais la demande a subitement chuté. Que faire de toutes ces pommes de terre invendues : les incorporer à l’alimentation animale, les utiliser pour la production de biogaz, ou les ramener aux champs, où elles peuvent provoquer de dangereuses moisissures en se décomposant ? Le Syndicat général des agriculteurs (ABS) demande aux agriculteurs de produire 20% de pommes de terre en moins.

Anne François Vincent Merckx
Publié:

"Une surproduction de pommes de terre se produit tous les deux ou trois ans. Mais cette crise est sans précédent", expliquait à VRT NWS Guy Depraetere, expert en pommes de terre auprès du Syndicat général des agriculteurs (ABS)." On n’a jamais vu ça." Quelque 860.000 tonnes de pommes de terre sont stockées en Belgique, en attente d’acheteurs. C’est 21 % de plus que la moyenne des trois dernières années, selon les calculs du magazine agricole Vilt.

Cela s’explique par le fait que les agriculteurs belges ont augmenté leurs surfaces cultivées ces dernières années, explique Guy Depraetere. "Les usines de frites sont en pleine expansion depuis dix ans, parfois jusqu’à 5 % par an. Cette croissance a entraîné celle des agriculteurs. Ils ont reçu de plus en plus de contrats, sans limites" de quantités.

L’an dernier, la superficie des cultures de pommes de terre en Belgique atteignait 107.000 hectares, soit un record absolu. "Auparavant, elle était d’environ 95.000 hectares."

Situation exceptionnelle

Mais l'âge d'or de la pomme de terre n'a pas duré. La demande a baissé d'environ 5 à 10 %, ce qui suffit pour perturber le marché. En raison des prix bas, les agriculteurs peinent à écouler leurs stocks qui ne font pas l’objet d’un contrat. "Les agriculteurs sont doublement en difficulté", explique Hilde Mertens, journaliste de la VRT et spécialiste agricole. "D'une part, les industriels ont acheté moins que prévu, et sans compensation."

Les entreprises de transformation de pommes de terre comme Clarebout ou Agristo doivent faire face aux droits de douane américains, qui ont majoré les prix des frites surgelées belges, et à l'arrivée de nouveaux géants du secteur comme la Chine et l'Inde.

En effet, la filière pomme de terre se mondialise et la production est en hausse. L'an dernier, la récolte mondiale a augmenté de 8 % par rapport à 2015. Clarebout, fleuron de l’industrie des pommes de terre belges, a été racheté l'an dernier par un grand groupe américain. Cela a des répercussions.

"De plus, le prix sur le marché libre belge s'est lui aussi effondré", précise Hilde Mertens. Le prix d'achat payé par les acheteurs pour les pommes de terre fraîchement récoltées est passé de 18 euros à 12,50 euros les 100 kilogrammes, soit le niveau de 2023. "C'est une situation plutôt exceptionnelle, avec des prix de pomme de terre aussi bas", conclut Mertens.

Il existe peu d'alternatives

Les entrepôts se remplissent donc de pommes de terre belges invendables. Et une nouvelle récolte est déjà prévue pour juillet. "La situation est critique", reconnait Guy Depraetere. Début février, il appelait donc les agriculteurs à réduire leur production de pommes de terre de 20 % afin de stabiliser les prix. Mais que cultiver à la place ? "C'est la grande question", admet Depraetere.

"Les légumes peuvent être intéressants, mais les fabricants de légumes surgelés n'ont besoin que de petites quantités. Et dans bien des cas, on peut facilement remplacer les pommes de terre par du maïs, qui n'est pas une option rentable non plus." En Belgique, le maïs finit presque toujours en alimentation animale.

"Les agriculteurs céréaliers sont dans une situation très difficile", constate la journaliste Hilde Mertens. "Ils n'ont pas beaucoup d'alternatives. D’autre part, l’entreprise qui fabrique le sucre de Tirlemont avait aussi déjà demandé de réduire la production de betteraves sucrières de 20 %, maintenant que l’accord Mercosur inonde notre marché de sucre de canne brésilien."

Alimentation animale, biogaz, ou retour aux champs ?

Pendant ce temps, une montagne de pommes de terre invendables s'entasse dans les granges belges. Que faire ? Produire davantage de frites n'est pas une solution. Les entreprises de transformation de pommes de terre signent des contrats basés sur leur capacité de traitement. Transformer des pommes de terre supplémentaires coûte cher, parce qu’il faut aussi réfrigérer toutes ces frites surgelées supplémentaires.

Dans le meilleur des cas, les patates excédentaires sont transformées en aliments pour animaux ou fermentées en biogaz. L'agriculteur n'y gagne rien cependant : parfois, il n'est remboursé que des frais de transport.

Dans le pire des cas, les pommes de terre sont dispersées dans les champs et enfouies dans la terre. Mais elles risquent alors de devenir un foyer de moisissures nuisibles aux cultures saines.

Tout simplement continuer

Certains agriculteurs, comme Guy Depraetere lui-même, tentent d'écouler un maximum de pommes de terre par leurs propres moyens. "Nous allons organiser pour la troisième fois une opération "une patate achetée, une offerte" à notre ferme. Nous n'y gagnerons rien, mais au moins nous n'y perdrons pas."

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Mais selon Guy Depraetere, les producteurs de pommes de terre parlent peu entre eux de l'important stock de pommes de terre et des pertes qui en découlent. "Le surplus finira dans les champs, et dans trois ou quatre mois, on n'en parlera plus."

"Les agriculteurs sont des êtres fiers. Ils préfèrent chercher leur propre voie, encaisser les pertes, oublier et continuer dans la même voie."

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