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Sagar Mehta examine un diamant brut

70 nationalités dans seulement 3 rues : une plongée inédite dans les coulisses du quartier diamantaire anversois

Qui travaille dans le secteur diamantaire anversois, un univers relativement fermé, aujourd'hui en difficulté à l’échelle mondiale ? VRT NWS a pu pénétrer dans les coulisses du quartier du diamant, à proximité immédiate de la gare centrale d’Anvers, où 70 nationalités se côtoient dans seulement trois rues.  

Els Brandt Eric Steffens
Publié:

Une nouvelle campagne de l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC) vise à informer les consommateurs sur la différence entre les diamants naturels et les diamants synthétiques. Ces derniers ont gagné en popularité ces dernières années et constituent l’une des principales menaces pour le secteur du diamant naturel.

Le quartier diamantaire d’Anvers ne s’étend que sur trois rues — la Rijfstraat, la Hoveniersstraat et la Schupstraat — mais concentre pas moins de 1.470 entreprises, petites et grandes multinationales, allant des négociants aux tailleurs en passant par les sociétés de ventes aux enchères. Plus de 3.300 personnes y travaillent, issues de plus de 70 nationalités. 

Le quartier diamantaire est sécurisé par des barrières et on y trouve de nombreuses caméras de surveillance.

70 nationalités différentes

"Le secteur du diamant s’est développé autour d’une importante communauté juive", explique Ine Tassignon, de l’AWDC. "Mais dans les années 1960, de nombreuses entreprises indiennes se sont installées à Anvers, et elles représentent aujourd’hui la plus grande part du commerce de diamants. Cela dit, au total, plus de 70 nationalités sont actives ici. Anvers joue toujours un rôle crucial comme l’un des principaux centres mondiaux du commerce du diamant".  

De la mine au client : quel est le parcours des diamants ?

Les diamants bruts extraits de mines en Afrique, au Canada et au Brésil sont acheminés par avion jusqu’à Zaventem. Ils sont ensuite transportés sous haute sécurité jusqu’à Anvers, où ils sont d’abord nettoyés à l’acide, une technique appelée le "boiling". Ils sont ensuite envoyés à l’entreprise Bonas, qui commence par les trier et les répartir en lots commercialisables. Ces lots sont vendus aux enchères ("tenders") au plus offrant. Les diamants bruts rejoignent ensuite les ateliers de taille, à Anvers ou ailleurs dans le monde, notamment en Inde. Une fois taillés, ils sont vendus à des bijoutiers, qui les sertissent dans des bijoux.

En se promenant dans le quartier diamantaire, les mesures de sécurité strictes attirent immédiatement l’attention : de nombreuses caméras sont installées, des barrières filtrent les accès et la présence policière est bien visible. Même lors de notre visite chez Bonas, un acteur historique et majeur dans le courtage et les appels d'offres de diamants bruts, rien n’est laissé au hasard : détecteur de métaux et portique d’accès avec reconnaissance faciale sont au programme.

Bonas organise des ventes aux enchères de diamants.

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    Albina trie les diamants bruts selon leur couleur.

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    Des centaines de pots contenant des diamants bruts sont disposés sur des étagères.

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    Chaque pierre est minutieusement pesée avant et après l’examen par le client.

Le cœur névralgique de Bonas est la salle de contrôle. Des dizaines de pots opaques y sont rangés sur des étagères, contenant les diamants bruts les plus exclusifs. Ils ont déjà été triés selon leur taille, leur couleur et leur qualité. Des étudiants jobistes les acheminent vers des salles où les acheteurs potentiels peuvent examiner et analyser les diamants avant, éventuellement, de soumettre une offre lors de la vente aux enchères.

À leur retour, toutes les pierres sont soigneusement pesées afin de vérifier qu’aucune ne manque ou n'est restée dans une salle.

Charlotte, responsable de la salle de contrôle chez Bonas.

Charlotte (26 ans) a commencé à travailler comme étudiante jobiste chez Bonas et elle est aujourd’hui responsable de la salle de contrôle. "Je surveille tout : à la fois les clients présents dans les salles, via les écrans, et les étudiants qui circulent pour apporter les diamants. À leur retour, toutes les pierres sont soigneusement pesées afin de vérifier qu’aucune ne manque ou ne reste dans une salle".

Charlotte, responsable de la salle de contrôle chez Bonas.

Dans l’une de ces salles, Sagar Mehta (37 ans), d’origine indienne mais né et ayant grandi à Anvers, vient d’inspecter des dizaines de lots de diamants. "Sur les 100 lots que nous avons examinés, nous allons faire une offre sur une quarantaine. Certaines pierres sont mises aux enchères à 500.000 dollars pour 20 carats (1 carat équivaut à 0,2 gramme, ndlr), tandis que d’autres valent 50.000 dollars pour le même nombre de carats. Cela dépend de la couleur et de la pureté."

Pour me perfectionner dans le diamant, je suis parti deux ans en Inde afin d’apprendre le métier en usine .

Sagar Metha, diamantaire

Sagar Mehta (photo en tête de cet article) est entré dans le monde du diamant par l’intermédiaire de son père. "Honnêtement, au départ, ce n’était pas mon intention de travailler ici, mais c’est finalement arrivé. J’ai étudié ici et, pour me perfectionner dans le diamant, je suis parti deux ans en Inde afin d’apprendre le métier en usine : un an à Mumbai et un an à Surat. Je suis ensuite revenu ici."

Camille, qui préfère rester anonyme, détermine la meilleure manière de tailler les diamants.

Le secteur du diamant n’est plus depuis longtemps un univers exclusivement masculin. C’est aussi ce que nous constatons chez Diamcad, une entreprise spécialisée dans la taille de diamants de grande taille et donc de grande valeur. L’entreprise compte 35 employés. Camille (33 ans) y travaille comme planificatrice. À l’aide de logiciels informatiques, elle détermine la meilleure manière de tailler les diamants afin de limiter au maximum les pertes.

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Les diamants bruts sont d’abord taillés à l’aide d’un laser.

Concentration et persévérance

Camille est entrée dans le monde du diamant presque par hasard, après des études en biologie. "On demandait presque exclusivement du travail pratique. C’est aussi out-of-the-box (très original) comme travail , complètement différent, et j’adore ce que je fais, cela fait déjà huit ans. Cela demande surtout une grande concentration et beaucoup de persévérance pour aller jusqu’au bout et atteindre la perfection."

Céline, qui préfère également rester anonyme, travaille depuis trois ans comme tailleuse de diamant.

Céline (27 ans) est tailleuse de diamants chez Diamcad. "J’étais entrée dans l’enseignement en tant que professionnelle en reconversion, mais je souhaitais exercer un travail plus créatif. Puis j’ai vu l’offre, sans aucune expérience requise. Je voulais apprendre un métier artisanal, et je suis aussi quelqu’un qui aime travailler de manière autonome, complètement concentrée sur son travail."

Elle tient à déconstruire un cliché tenace. "Quand je dis le métier que j'exerce, on me demande toujours : "Tu travailles pour un Juif ou pour un Indien ?" Je réponds toujours : 'Je travaille pour des Belges : un Campinois, un Flamand occidental et un Brabançon'."

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