Le marché du diamant d’Anvers fait face à de nombreux défis, mais comment le diamant est-il arrivé il y a des siècles dans la métropole portuaire ? VRT NWS a eu l’occasion de visiter la ville et de découvrir son histoire avec le guide Maarten Gillis.
Comment Anvers est devenue la capitale du diamant : un voyage à travers 600 ans d’histoire du quartier des diamantaires
La visite commence par la salle de la Bourse pour le commerce diamantaire, que vous connaissez peut-être via la série télévisée “Rough Diamonds” avec Kevin Janssens dans le rôle principal. “Ce bâtiment date de la fin du 19e siècle et a été conçu par le même architecte que la gare centrale”, raconte Maarten Gillis.
La Bourse du diamant d'Anvers est la plus ancienne salle de bourse au monde.
"Autrefois, de grandes tables longues étaient disposées ici. D’un côté se tenaient les diamantaires et de l’autre les clients potentiels. Imaginez cela comme un grand réfectoire très animé d’une école pleine de vie, où chacun négociait individuellement le prix des diamants".
“Ce n’est pas un hasard si le bâtiment possède de grandes fenêtres orientées au nord. Cela servait à juger de la couleur du diamant à n’importe quel moment de la journée, sans lumière directe du soleil. Depuis, le commerce s’est déplacé vers des centaines de petits bureaux privés, au-dessus de cette grande salle.”
Pour le curtier en diamants Salomon 'Shuli' Lerner, cette salle de la bourse est comme une deuxième maison. “Ici, tout le monde se retrouve. On discute, on entend les nouvelles et ensuite tout le monde retourne à son bureau. Sauf ceux qui n’en ont pas, comme moi : nous restons ici jusqu’à la fin de la journée. Parfois, un client arrive, d’autres fois c’est un vendeur, chaque jour c’est le même scénario.”
En nous promenant dans le quartier des diamantaires, on remarque qu’il y a beaucoup d’Indiens et de nombreuses personnes juives. Le commerce du diamant à Anvers a-t-il commencé autrefois au sein de la communauté juive ?
“La communauté juive y a beaucoup participé, mais ce n’était pas exclusivement des Juifs à l’origine. Cela a commencé à la découverte de l’Amérique en 1492, quand les Juifs et les Musulmans en Espagne ont été forcés de se convertir au christianisme. De nombreux Juifs ont fui l’Espagne, mais aussi l’Italie et la France, pour venir dans nos contrées. Ils y faisaient du commerce de produits de luxe au 14e, 15e et 16e siècle, y compris dans le secteur du diamant.”
Entre-temps, nous sommes arrivés dans la Pelikaanstraat, sur le côté de la Gare Centrale. "La gare est la raison pour laquelle le quartier des diamantaires se trouve ici", raconte Gillis. "En 1835, la ligne de chemin de fer entre Bruxelles et Malines a été crée, et un an plus tard, cette ligne a été reliée à Anvers. Il était possible, dix ans plus tard, de se rendre à Amsterdam via Bruxelles, la capitale néerlandaise était à l’époque le centre mondial du commerce du diamant".
Le problème était qu’il y avait trop peu de tailleur de diamant qualifiés à Amsterdam. C’est pourquoi les négociants en diamants prenaient le train pour Anvers, où vivaient de nombreux ouvriers. Les négociants se retrouvaient dans des cafés, près de la gare, pour négocier le prix des diamants. Mais avec le temps, ils ont préféré se réunir dans un environnement plus sûr : ce furent alors les salles arrière des cafés. Plus tard, des bâtiments spécifiques ont été construits à cet effet.
Après la construction de la Gare Centrale, à la fin du 19ᵉ siècle, les premières petites entreprises de diamants ont commencé à s’installer dans le quartier. "À l’époque, c’était encore la campagne", explique Gillis. "Les noms des rues en témoignent encore : Rijfstraat (rue du Râteau), Hoveniersstraat (rue du Jardinier) et Schupstraat (rue de la Pelle). On y trouvaient surtout des petits jardins appartenant aux habitants de la ville. Ils ont ensuite été entièrement recouverts d'immeubles de bureaux au service du commerce des diamants."
Des bureaux de douane pour les diamants
Dans la Hoveniersstraat se trouve Diamond Office, un bureau de douane spécialement dédié aux diamants. "Il a été créé en septembre 1944, lorsque Anvers a été libérée de l’occupation allemande après la Seconde Guerre mondiale.
"De nombreux négociants juifs n’avaient pas survécu à l'occupation ou avaient fui partout dans le monde pendant les années de conflit : en Grande-Bretagne, à Cuba, aux États-Unis. Après la guerre, une sorte de bureau postal a été mis en place, spécialement pour l’envoi de diamants. On y vérifiait si le destinataire était toujours vivant, afin de s’assurer que les pierres se trouvaient entre de bonnes mains."
"Chaque diamant qui entre dans notre pays et en ressort passe par cette porte. C’est donc par là qu’aboutissent des diamants pour plusieurs milliards de dollars chaque année. On y vérifie notamment si le certificat est authentique, afin de s’assurer qu’il ne s’agit pas de diamants de zones de conflit, mais aussi si la valeur déclarée correspond bien à la valeur réelle. Tout cela est effectué par des ex‑tailleurs de diamants expérimentés."
Le quartier des diamantaires abrite une petite synagogue.
Dans le quartier se trouve également une petite synagogue, où une plaque commémorative rappelle l’attentat à la bombe d’octobre 1981. Trois personnes y ont perdu la vie et plus de 100 ont été blessées.
"Une voiture piégée a explosé à cet endroit, les auteurs de l'attentat n’ont jamais été retrouvés. On suppose que l’attaque était liée à des militants de la cause palestinienne, mais cela n’a jamais été élucidé. Depuis, la circulation automobile n’est plus autorisée ici, sauf si l’on obtient une autorisation de la police 24 heures à l’avance."
Le terme "carat" vient du grec ancien
Maarten Gillis souhaite terminer la visite par une anecdote. "L'unité de mesure du poids des diamants s’exprime en carats – 1 carat équivaut à 0,2 gramme – et le mot vient du grec ancien keration. Il désigne le petit noyau séché du fruit du caroubier."
"Ceux qui ont déjà voyagé en Crète, en Égypte ou en Jordanie connaissent sûrement ces fruits. On peut les comparer à une légumineuse brune et séchée contenant de petites graines. Dans l’Antiquité, ces graines servaient à peser les pierres précieuses. Elles n’avaient pas toutes exactement le même poids, mais il y a 100 ans, on a décidé que 0,2 gramme serait le poids fixe pour 1 carat."







