Dix ans après les attentats du 22 mars 2016, la Belgique va commémorer, ce week-end, les attaques terroristes les plus meurtrières de son histoire. Les cérémonies se dérouleront en présence du couple royal, du Premier ministre Bart De Wever et de plusieurs personnalités européennes. Des hommages essentiels pour rappeler et partager le souvenir des événements.
Dix ans après, des commémorations en trois temps sur les lieux des attentats de Bruxelles et de Zaventem
"Les cérémonies d’hommage seront plus importantes que les années précédentes, avec une volonté de marquer le coup", dix ans après, explique Christelle Giovannetti, membre de l'association de victimes Life for Brussels.
Samedi
La veille des cérémonies officielles, une "chaîne humaine de l'espoir" sera organisée ce samedi, de 10h00 à 11h30, autour de la station de métro Maelbeek. Elle rassemblera des membres des services de secours, des victimes et leurs proches ainsi que des collaborateurs de la Stib. La chaîne débutera côté Joseph II, traversera la station avant de ressortir côté Loi. L'événement sera filmé par drone afin d'être diffusé le lendemain.
La Ville de Bruxelles organisera samedi soir, dès 19h00, à l'Hôtel de Ville un concert ouvert à tous en hommage aux victimes, animé par le chœur d'enfants de la Flagey Academy.
Dimanche
Dimanche, les commémorations débuteront à Brussels Airport, où deux bombes avaient explosé dans le terminal des départs, faisant 16 morts. Le programme prévoit, dès 06h40, une chaîne humaine entre l'hôtel Sheraton et le terminal, réunissant pompiers, agents de sécurité et employés de l'aéroport.
La cérémonie se poursuivra dans le terminal, en présence du Roi et de la Reine, de responsables politiques et du personnel de Brussels Airport. Après le discours du CEO de l'aéroport, Arnaud Feist, une plaque portant les noms des personnes décédées sera inaugurée. Deux représentantes des victimes prendront ensuite la parole.
Les noms des victimes seront ensuite lus, avant qu'une minute de silence ne soit observée à 07h58, à l'heure exacte des explosions. Une chorale composée de membres de la police aéroportuaire et de victimes interprétera également un chant.
La suite des commémorations se déroulera à la station de métro Maelbeek, où une bombe avait explosé dans une rame à 09h11, faisant également 16 morts. Une minute de silence y sera observée à 09h11, en hommage aux victimes.
Les cérémonies se poursuivront de 11h45 à 13h00 au monument en hommage aux victimes d'actes de terrorisme, érigé rue de la Loi, à quelques pas du Cinquantenaire. Au programme: minute de silence, dépôt de gerbes, discours, témoignages et prestation musicale.
Plusieurs moments de rencontre entre les officiels et les victimes sont également prévus, au Residence Palace.
L'association de victimes Life for Brussels a également mis en place un projet de photothérapie, financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les portraits de victimes, actuellement exposés au Parlement fédéral, seront installés sur le trottoir du rond-point Schuman. L'idée est que les victimes qui empruntent le chemin entre le monument et le Résidence Palace puissent voir ces portraits de deux mètres sur deux.
"Ces cérémonies sont importantes pour garder une trace, une mémoire de l'événement", conclut Christelle Giovannetti. "Elles permettent aux victimes de se revoir, de se retrouver au moins une fois dans l'année."
Une vidéo réalisée ces derniers mois par la Chancellerie du Premier ministre mettra également en lumière le travail des premiers intervenants ainsi que le parcours des victimes.
Il y a 10 ans la Belgique était meurtrie par un double attentat
Le mardi 22 mars 2016, trois hommes - Ibrahim El Bakraoui, Najim Laachraoui et Mohamed Abrini - quittent la rue Max Roos à Schaerbeek en taxi pour gagner l'aéroport de Zaventem. À 07h58, les deux premiers déclenchent les explosifs contenus dans leurs sacs de voyage dans le hall des départs, tandis que le troisième abandonne son charriot et prend la fuite. Les avions sont immédiatement cloués au sol.
Une bonne heure plus tard, à 09h11, c'est dans une rame de métro qui quitte la station Maelbeek vers le centre-ville que Khalid El Bakraoui déclenche sa charge explosive. Son périple meurtrier avait commencé dans un appartement de l'avenue des Casernes à Etterbeek, qu'il avait quitté équipé d'un sac à dos prêt à semer la mort, tout comme Osama Krayem. Ce dernier fera marche arrière et déversera le contenu explosif de son sac dans les toilettes de l'appartement, qui sera qualifié de "conspiratif" par les enquêteurs.
Après cette deuxième attaque, l'ensemble du réseau de la Stib est mis à l'arrêt. L'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) relève le niveau d'alerte à 4, son maximum, pour l'ensemble de la Belgique. Les autorités demandent à la population bruxelloise d'arrêter de circuler et à tous d'utiliser les réseaux sociaux pour communiquer plus que le réseau de téléphonie mobile, afin d'éviter que celui-ci ne soit saturé.
Les attaques sont revendiquées en fin d'après-midi par le groupe terroriste État islamique (EI).
Le gouvernement décrète trois jours de deuil national. L'émotion est forte en Belgique mais aussi à l'étranger, où les marques de soutien se multiplient.
Vers 18h15, un appel à témoins est lancé pour retrouver "l'homme au chapeau", soit l'individu qui n'a pas fait exploser sa charge à l'aéroport et qui a pris la fuite. Des soupçons se porteront à tort sur un homme, il faudra plusieurs jours pour identifier le troisième membre du commando de Brussels Airport comme étant Mohamed Abrini, recherché depuis les attentats de Paris.
Grâce au témoignage du chauffeur de taxi qui a emmené ce groupe à l'aéroport, les enquêteurs localisent l'une des planques des djihadistes, rue Max Roos à Schaerbeek. L'adresse est perquisitionnée le soir-même et les policiers y retrouvent notamment des produits chimiques servant à la fabrication d'explosifs ainsi qu'un drapeau de l'EI. Un ordinateur qui a été récupéré le matin des attentats par les services de Bruxelles Propreté à proximité de l'appartement livrera ensuite quantité d'informations pour nourrir l'enquête.
Une enquête qui révèlera que les terroristes avaient au départ élaboré un scénario similaire à celui des attaques de Paris, avec des fusillades dans la foule, mais aussi que les attaques ont été perpétrées dans la précipitation, les auteurs sentant l'étau se resserrer.
Osama Krayem, qui aurait également dû se faire exploser dans le métro, et Mohamed Abrini sont arrêtés le 8 avril à Anderlecht.
L'aéroport de Zaventem rouvre très partiellement ses portes 12 jours après les attaques, le 3 avril 2016. La station de métro Maelbeek est quant à elle remise en service cinq semaines après les attentats.
35 morts et 340 blessés mais au total 691 victimes reconnues
Trente-deux personnes ont perdu la vie et 340 ont été blessées lors des attentats du 22 mars 2016. Dans les mois et les années qui ont suivi, trois autres personnes sont décédées des suites de leurs blessures physiques ou psychologiques, portant le nombre officiel de morts à 35.
La Cour d'assises a reconnu au total 691 victimes des attentats du 22 mars 2016.






