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Amaëlle était dans le métro : “Le terroriste m’a fixée puis est descendu, je ne comprends toujours pas pourquoi”

"A-t-il soudain pensé : je ne veux pas me faire exploser ici ?" Dix ans après les attentats à la station de métro Maelbeek et à Zaventem, Amaëlle livre son témoignage ce jeudi soir dans le documentaire '22/3, 10 jaar geleden' (22/3, il y a 10 ans), diffusé sur VRT 1 et VRT MAX. Ce jour-là, lorsqu’elle est montée dans la rame de métro, dans la voiture 3, le terroriste l’a longuement regardée. Quelques stations plus loin, il est descendu de la rame et s’est fait exploser dans la voiture 2.

Eric Steffens
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Dans le documentaire de la VRT, 11 victimes, des victimes collatérales, des proches, des secouristes et des enquêteurs reviennent sur cette journée du 22 mars 2016, qui allait devenir une journée noire de violence terroriste. Les caméras de surveillance montrent, minute après minute, comment les chemins des voyageurs, des navetteurs et des secouristes ont croisé ceux des terroristes.

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La bande annonce du reportage '22/3, 10 jaar geleden'

Peu de temps après les explosions à Zaventem, la nouvelle commence à se répandre dans le reste du pays. L’ampleur de la catastrophe n’apparaît que progressivement, mais il apparaît rapidement que la situation est sérieuse. Amaëlle apprend elle aussi ce qui s’est passé à l’aéroport ce matin-là. "Je me suis alors demandé : ‘Est-ce que je prends le métro ou pas ?’ Mais je me suis dit : ‘La vie continue, il faut aller travailler.'

Elle prend donc le métro sans se douter de rien. Ce qu’elle ignore, c’est qu’un terroriste est monté quelques stations plus tôt. Ce matin-là, il avait quitté son appartement avec un sac à dos rempli d’explosifs. Un complice, lui aussi porteur d’un sac d’explosifs, a finalement renoncé à la dernière minute. Mais son acolyte a lui bien acheté un ticket et est monté à la station de métro Pétillon à Etterbeek.

"Il m’a longuement fixée et est descendu de la rame"

Les images des caméras de surveillance de ce jour-là montrent une scène hallucinante au moment où Amaëlle monte dans la rame. "Tous les sièges étaient occupés", se souvient Amaëlle. "Ce jour-là, je suis restée debout."

À quelques mètres d’Amaëlle, un homme la fixe longuement. L’homme au sac à dos. Le terroriste. "C’est fou", se remémore-t-elle. "Je n’ai absolument aucune idée pourquoi. A-t-il soudain pensé : je ne veux pas me faire exploser ici, mais ailleurs ?"

A-t-il soudain pensé je ne veux pas me faire exploser ici, mais ailleurs ?

Amaëlle

Le terroriste sort de la rame dans laquelle il voyageait depuis dix minutes. Il marche sur le quai. Puis remonte dans la voiture 2. Sept secondes plus tard, à 9h11, les portes se referment. Le métro démarre, une explosion se produit. 16 personnes sont tuées. Des dizaines sont blessées.

"Je ne saurai jamais pourquoi il a changé de wagon", confie Amaëlle. Pour les enquêteurs également, cela reste un mystère : pourquoi a-t-il changé à la dernière minute ? Est-ce que ce contact humain prolongé a changé le cours des événements ?

Par cette décision cruelle, le terroriste a arbitrairement choisi la vie pour certains et la mort pour d’autres. Ce sont des images présentées dans le documentaire qui laissent sans voix.

Les secouristes se précipitent à la station de métro de Maelbeek

Que s’est-il passé exactement le 22 mars ?

Le 22 mars 2016, notre pays a été secoué par des attentats sanglants, les plus graves jamais perpétrés sur notre territoire. Des terroristes ont fait exploser des bombes à l’aéroport de Zaventem et à la station de métro de Maelbeek, faisant 35 morts. Des centaines d’autres personnes ont été blessées.

Le procès aux assises a duré pas moins de sept mois. Six auteurs ont été reconnus coupables sur l’ensemble des chefs d’accusation, et deux autres l'ont été partiellement.

Comment Amaëlle a-t-elle réussi à sortir du métro ?

"Après l’exploision tout était blanc, puis jaune, puis rouge, et enfin noir", se souvient Amaëlle de cet instant. L’odeur, elle, est restée gravée dans sa mémoire. "C’était une odeur de chair brûlée… je n’ai jamais retrouvé cette odeur depuis." Sa première pensée ? "Je ne suis pas morte, je suis vivante, il faut que je sorte."

Tout était si silencieux… ou alors nos oreilles ne fonctionnaient plus.

Amaëlle

Elle parvient finalement à sortir du métro, mais est complètement désorientée.  "Nous ne voyions plus rien, je ne connaissais pas cette station. Je me suis accrochée à la personne devant moi, je ne voulais pas la perdre. Nous avons pris à droite, parce qu’il y avait un peu plus de lumière. Tout était si silencieux… ou alors nos oreilles ne fonctionnaient plus."

Des séquelles à vie

Amaëlle porte encore les séquelles de cette journée. "Des années plus tard, quand je suis tombée enceinte, j’ai découvert que mes organes avaient été déplacés. Mon bébé n’a pas grandi pendant deux semaines parce que mes organes n’étaient pas à leur place et tout se contractait. Ça me faisait des douleurs atroces."

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Amaëlle témoigne des séquelles qu’elle a subies

L’effet du "blast" (souffle de l’explosion), cette énorme onde de choc qui comprime complètement l’air dans un corps, peut être dévastateur. Même sans blessures externes, une telle explosion peut causer des dégâts graves aux organes, aux vaisseaux sanguins, ou au tympan… "Ces images peuvent peut-être aider à expliquer à d’autres les conséquences que nous portons encore aujourd’hui", conclut Amaëlle. "Parfois, les images en disent plus que les mots. Je ne veux pas vivre pour ce qui a été, mais pour l’avenir et pour le présent, bien sûr."

Au total, l’attentat dans le métro aura coûté la vie à 17 personnes : My Atlegrim, Aline Bastin, Yves Cibuabua Ciyombo, Mélanie Defize, Olivier Delespesse, David Dixon, Sabrina Esmael Fazal, Raghavendran Ganeshan, Léopold Hecht, Loubna Lafquiri, Gilles Laurent, Marie Lecaille, Janina Panasewicz, Patricia Rizzo, Johan Van Steen, Lauriane Visart de Bocarmé et Xavier Legrand.

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