Comment se porte la société flamande de transports en commun après la mise en œuvre de ce qui avait été présenté comme la plus grande réforme jamais entreprise par De Lijn ? Pas moins de 3.247 arrêts de bus ont disparu, des administrations locales se plaignent du manque de desserte de leur commune, et les usagers sont sceptiques vis-à-vis des bus Flex dont ils doivent réserver le passage. Les bus et trams semblent moins accessibles et le système trop compliqué. L'Autorité des transports indique dans un rapport que la réforme des transports publics n'a pas été suffisamment préparée et que les régions de transport ne sont pas suffisamment impliquées dans l'élaboration et le contrôle des budgets. Au lieu des investissements supplémentaires promis, De Lijn doit réaliser des coupes de 35,5 millions d'euros, ce qui constitue un "manquement à ses engagements" de la part du gouvernement flamand, estime Peter Meukens de l’organisation TreinTramBus.
Les réformes à la société De Lijn portent-elles leurs fruits ? Un rapport de l'Autorité des transports se montre critique
Il y a un peu plus de deux ans, De Lijn a lancé la deuxième phase de son plan d'accessibilité de base. L'entreprise de transport a alors adapté ses services à la demande des usagers de bus et de trams. Si une ligne était plus fréquentée, De Lijn a augmenté le nombre de ses trajets. À l'inverse, une faible fréquentation a entraîné une réduction du nombre de trajets. Ce plan a été présenté comme la plus grande réforme jamais menée à bien par la compagnie flamande de transports.
Les bus devaient continuer à circuler plus fréquemment sur les axes principaux, ce qui était censé fluidifier le trafic. Des bus Flex ont été mis en service sur les lignes moins fréquentées et ne circulent que sur réservation.
50% de plaintes supplémentaires
Résultat : les plaintes ont afflué et De Lijn a procédé à quelques ajustements, mais la compagnie attendait avant tout une évaluation approfondie. Celle-ci est désormais disponible sous la forme d'un rapport complet de l'Autorité des transports, couvrant l'année 2024, alors que l'accessibilité de base n'était pas encore pleinement mise en œuvre.
L'Autorité des transports joue un rôle central dans l'aménagement et la coordination des transports publics en Flandre et travaille pour le compte du gouvernement, le ministère de la Mobilité et des Travaux publics. "Ce rapport est parfaitement juste", estime Peter Meukens de l'association de voyageurs TreinTramBus. "Il démontre que l'accessibilité de base n'avait pas été correctement développée en amont."
Pourtant, 77 % des clients de la société De Lijn seraient satisfaits, notamment en ce qui concerne la sécurité, le style de conduite et la convivialité du conducteur, les informations aux voyageurs et le comportement des autres passagers. Cependant, des améliorations sont encore jugées possibles en matière de ponctualité, de propreté, de temps de correspondance et de trajets manqués. Le Médiateur flamand a également enregistré une augmentation de 50 % des plaintes en 2024.
Une boite vide?
Selon les nouvelles règles, la Flandre a été divisée en 15 régions de transport. Ces régions doivent informer De Lijn des modifications apportées au réseau principal, mais décident elles-mêmes - en concertation avec la société flamande de transport – des modifications à apporter au réseau complémentaire.
Plusieurs régions de transport signalent cependant que leur compétence n'est pas respectée, indique l'Autorité des transports. Celle-ci demande à De Lijn de se conformer aux dispositions du décret. "Les régions de transport manquent actuellement de visibilité sur les budgets disponibles et sur la manière dont ils sont réellement utilisés par De Lijn", indique le rapport. En principe, les régions de transport sont libres de décider, mais il est difficile de savoir si elles sont en mesure d'allouer les ressources financières nécessaires.
L'Autorité des transports identifie un second problème : "Le nouveau réseau a été mis en place par étapes. Or, entretemps, ce réseau de base a été réduit en raison de restrictions budgétaires, de problèmes opérationnels et de ressources limitées chez De Lijn." Autrement dit : à quoi servent les projets en tant que région de transport si votre partenaire est constamment contraint de se serrer la ceinture ?
En fait, le gouvernement flamand ne tient pas sa parole.
Peter Meukens (TreinTramBus)
Pourtant, il était prévu d'investir annuellement 50 millions d'euros supplémentaires dès 2026. C'était du moins ce qui était prévu dans l'accord de coalition du gouvernement flamand, mais il est apparu en début d'année que De Lijn ne recevrait non seulement rien de plus, mais devrait en plus réaliser 35,5 millions d'euros d'économies supplémentaires. Selon la ministre de la Mobilité, Annick De Ridder, le service devrait de toute façon être réduit, économies ou pas.
"Le gouvernement flamand ne tient pas sa parole", estime Peter Meukens (TrainTramBus). "Au lieu des 50 millions d'euros supplémentaires, il impose des coupes budgétaires accrues à De Lijn. La ministre affirme qu'il y aura 50 millions d'euros supplémentaires l'année prochaine, mais elle pourrait tout aussi bien revenir sur sa décision lors du prochain exercice budgétaire."
"Les régions de transport doivent recevoir les informations nécessaires en temps voulu et de manière structurée afin de pouvoir étayer pleinement leurs recommandations et leurs décisions", déclare l'Autorité des transports. Actuellement, il semble cependant que les régions de transport soient souvent mises à l'écart. Cela ressort clairement des nombreuses plaintes des régions de transport et des collectivités locales concernant les réductions de service de De Lijn. "On nous demande où faire des économies, alors que ce dont nous avons réellement besoin, c'est d'un meilleur service", s’exclamait le bourgmestre de Bruges, Dirk De Fauw, l'année dernière.
Pourquoi faire des économies?
L’obligation pour De Lijn de réduire ses coûts est liée à l'ambition du gouvernement flamand d'améliorer l'efficacité productive et la rentabilité de l'entreprise de transport. Mais que révèle le rapport de l'Autorité des transports ? Entre 2019 et 2024, le taux de couverture des coûts a diminué de façon constante, passant de 38,5 % en 2019 à 30,5 % en 2024. Ce taux indique la part des recettes propres de De Lijn utilisée pour couvrir le coût total de ses services.
Selon le rapport, cette situation est due à une forte hausse des coûts. "Ces derniers sont imputables à l'inflation et à l'absence d'ajustements tarifaires", précise-t-il. En 2023, la ministre de la Mobilité de l'époque, Lydia Peeters (Anders), avait effectivement décidé que De Lijn devait renoncer à deux indexations des prix des billets.
À peine 1,5 passager par bus Flex
Le transport dit flexible était censé pallier les suppressions de lignes et/ou d'arrêts des bus de la société flamande. En réalité, le résultat est décevant. "Sur l'ensemble des réseaux de transport, environ 147 bus Flex circulent aux heures de pointe", indique le rapport. En 2024, ils ont transporté 1.129.600 passagers, soit 0,3 % du nombre total de passagers de De Lijn.
Le taux d'occupation moyen de ces bus est également très faible : 1,58 passager par bus. "C'est à peine plus que le taux d'occupation moyen des voitures particulières aux heures de pointe", constate Peter Meukens.
Plus de passagers?
En 2024, De Lijn a transporté 373 millions de passagers, soit 4,5 % de plus qu'en 2023. "Cela prouve que la plus grande restructuration de notre réseau a porté ses fruits", affirme Ann Schoubs, directrice générale de la société flamande de transports en commun. "Plus de passagers réguliers, plus d'abonnements, des usagers plus flexibles", renchérit la ministre flamande de la Mobilité, Annick De Ridder, sur base de l'évaluation de l'Autorité des transports.
L'Autorité se montre, elle, plus sceptique. "En termes d'efficacité, nous constatons que l'objectif n'est atteint dans presque aucune région de transport", explique-t-elle. "En raison du changement de méthode de comptage et de la crise du coronavirus, il est difficile de démontrer l'impact de l'introduction de l'accessibilité de base sur la croissance du nombre de passagers."

