Le navire de recherche océanographique ultramoderne le Belgica II pourra reprendre la mer en mars, si les travaux de maintenance en cale sèche à Anvers se déroulent comme prévu. Il s’agit d’un tournant pour ce laboratoire flottant très coûteux, resté à quai pendant près de deux ans à la suite d’un litige entre l’armateur et l’État belge.
Resté à quai pendant près de deux ans, le navire de recherche Belgica II devrait reprendre la mer au printemps
Qui aurait cru qu’un navire portant le nom de la première mission scientifique historique belge en Antarctique resterait, immobilisé à quai ? C’est pourtant le destin qu’a connu le Belgica II.
Cette situation touche toutefois bientôt à sa fin. Le prestigieux navire a été placé en cale sèche au chantier naval EDR à Anvers, où il bénéficiera d’un entretien d’environ deux semaines. C’est ce qu’a indiqué lundi la ministre fédérale de la Politique scientifique, Vanessa Matz (Les Engagés). Par la suite, il pourra de nouveau être utilisé à sa véritable mission : la recherche scientifique en mer.
"Grâce à son équipement de pointe, le Belgica II a déjà fourni une mine de connaissances et d’informations, notamment sur le changement climatique, les stocks de poissons et la pollution", déclare Mme Matz. "Il est crucial que ce travail puisse bientôt se poursuivre, et pour cela le navire sera remis entièrement en état".
Un laboratoire flottant laissé à l’abandon
Le Belgica II a été baptisé en 2022 et a été conçu pour passer environ 300 jours par an en mer. Le navire dispose d’environ 400 mètres carrés de laboratoires et possède tout un éventail d’équipements scientifiques high-tech embarqué. Le navire a coûté 54 millions d’euros et doit pouvoir fonctionner pendant 30 ans.
Mais en 2025, le Belgica II n’aura pas passé une seule minute en mer. Et en 2024, il n’a navigué que 29 jours, en raison d’un conflit entre l’État belge et Genavir, l’armateur français qui exploitait le navire.
Cette situation a suscité de vives critiques. "Un laboratoire flottant de très haut niveau qui rouille à quai à Zeebruges : c’est une honte inacceptable", avait déclaré le député flamand Jasper Pillen (Open VLD) en mai dernier.
Cette situation bloquée est désormais terminée. Genavir et l’État belge ont trouvé un accord en novembre. L’armateur français continuera d’exploiter le navire jusqu’à la fin du contrat, fin 2027, notamment en assurant l’équipage technique.
Peu de dommages présumés
Pour l’instant, rien n’indique que le navire ait subi des dommages supplémentaires significatifs pendant ces presque deux années à quai, affirme Kelle Moreau, du Musée royal des Sciences naturelles de Belgique. L’entretien actuel correspond à une routine quinquennale.
"Même si laisser un navire à l’arrêt n’est jamais idéal", poursuit Kelle Moreau, "la pire situation serait celle d’un “navire mort”, où l’électricité et l’eau ne circulent plus dans les systèmes et les conduites. Heureusement, ce n’est pas le cas pour le Belgica II."
Il reste toutefois possible que des dommages imprévus soient découverts lors de la mise en cale sèche. "C’est aussi pour cette raison que le navire a été remorqué jusqu’à Anvers. S’il avait navigué par ses propres moyens, des problèmes inconnus auraient peut-être été aggravés. C’était donc une mesure de précaution. Et, détail non négligeable, il n’y avait pas d’équipage à bord !"
Recherche sur les parcs éoliens, les récifs d’huîtres et la pollution
Si tout se passe bien, le Belgica II prendra le large le 16 mars prochain. Lors de cette première sortie en presque deux ans, les instruments seront recalibrés, notamment les échosondeurs qui cartographient le fond marin. La nouvelle équipe sera également formée.
Ensuite, le 21 mars, le navire scientifique pourra enfin reprendre pleinement son activité. Il partira pour une mission de dix jours consacrée à toute une série de recherches. Celles-ci porteront notamment sur l’impact des parcs éoliens sur l’écosystème marin, des panneaux solaires placés à la surface de l’eau respectueux de l’environnement, des projets de restauration des récifs d’huîtres en mer du Nord, ainsi que sur des bactéries capables de dégrader la pollution.
"Bref de nombreuses disciplines en un seul programme", commente Kelle Moreau. "Tout le monde est impatient de reprendre le travail."


