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L'oratoire privé minuscule a été consolidé, mais ses peintures murales doivent encore être restaurées

Resté à l'abri des regards pendant six siècles, le petit oratoire privé du domaine Adornes à Bruges a été restauré et ouvert au public

Le domaine médiéval brugeois de la famille Adornes, avec sa prestigieuse chapelle de Jérusalem, vient d’ouvrir au public un joyau patrimonial exceptionnel récemment restauré. Un minuscule oratoire privé aux couleurs vives, ainsi que la galerie qui y mène depuis la maison privée, peuvent désormais être admirés - en partie derrière une vitre - pour la première fois depuis six siècles. Avec en prime, une pièce maîtresse récemment acquise : une statue du 15e siècle de Sainte Catherine, patronne de la famille Adornes.

Anne François Kristien Bonneure
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Derrière un vitrail gothique de la chapelle de Jérusalem, on aperçoit un plumeau coloré. "C’est pour enlever ces toiles d'araignée séculaires", plaisante la comtesse Véronique de Limburg Stirum. Son époux, Maximilien, est un descendant d'Anselme Adornes, de la 17e génération précisément. La chapelle médiévale de Jérusalem et l'ensemble de son domaine à Bruges appartiennent toujours à la même famille.

Anselm Adornes était lui-même le descendant le plus illustre d’une importante famille originaire de Gênes, en Italie. Marchand, important magnat du textile, confident de la cour bourguignonne et diplomate, il avait des contacts dans les plus hauts cercles du pouvoir et a effectué des voyages à Jérusalem et au Moyen-Orient. Il est né à Bruges le 8 décembre 1424, mais 600 ans plus tard il est loin d'être oublié. Une exposition intitulée "Gloire et infortunes d’un voyageur du 15e siècle" lui était d’ailleurs consacrée l’an dernier au domaine Adornes.

Le site est restauré petit à petit depuis quelques temps et ouvert au public. La restauration du mausolée d'Anselme Adornes et de son épouse, il y a quelques années, a constitué un véritable exploit. Actuellement des travaux sont en cours dans les maisons de charité, où, dès l'année prochaine, les trésors artistiques de la famille seront exposés dans des conditions muséales optimales. Et depuis une semaine, pour la première fois depuis le 15e siècle, le public peut admirer une partie de la chapelle de Jérusalem restée jusqu'alors inaccessible : l’oratoire privé de la famille Adornes.

Caché dans un coin de la chapelle supérieure, c’est l'un des espaces les plus intimes et les plus rarement vus du domaine. Cette petite chapelle, composée d'un couloir entièrement peint et d'une petite salle de prière octogonale, était utilisée par la famille pour suivre discrètement les offices dans la chapelle de Jérusalem.

Une petite fenêtre permettant de voir l'autel dans la chapelle Jérusalem

Depuis le rez-de-chaussée de l'église de Jérusalem - avec ses mausolées, une scène sculptée du Golgotha et une réplique du tombeau du Christ -, quatorze marches mènent au premier étage. Quelques marches plus loin, en tournant à droite, on arrive dans une galerie qui communique avec le corps de logis principal. Dans cette galerie, un couloir encore plus étroit conduit à l’oratoire privé.

Il y a juste assez de place pour une chaise

Véronique de Limburg Stirum, propriétaire du domaine Adornes

C’est un espace minuscule. "Un octogone", explique Véronique de Limburg Stirum. "C'est vraiment pour une seule personne. Il y a juste assez de place pour une chaise." Quelques petites fenêtres offrent une vue sur l'église en contrebas. Et si l'on ouvre une minuscule porte, le regard se pose en diagonale, à travers une fente, directement sur l'autel.

L'oratoire privé des Adornes

Les murs de la chapelle privée miniature sont richement décorés de motifs rouges, jaunes et bleus. Un Christ crucifié se détache sur un fond de Jérusalem. On y trouve de nombreuses références à la famille Adornes : des nuages et des roues, symbolisant Sainte Catherine, leur sainte patronne.

Cette loge privée dans une église était facilement accessible depuis les appartements du seigneur ou de la dame de la maison. La chapelle était peut-être destinée à Anselm Adornes lui-même, ou à son fils Jan, qui était chanoine. "Il n’existe qu’un seul autre exemple de ce type de construction à Bruges, à savoir la chapelle privée Gruuthuse dans l’église Notre-Dame", précise la comtesse. Elle date de la même époque qu’Adornes.

La restauration a été très délicate, mais nous y sommes parvenus

Véronique de Limburg Stirum, propriétaire du domaine Adornes
Le plafond de la minuscule chapelle privée

"Vous voyez cette grande fissure au plafond ? C’était là le problème", explique Véronique de Limburg Stirum. La fissure reste visible, mais la chapelle a été consolidée. "La toiture a été soulevée, puis fixée à l’aide d’une dalle de béton et d’un système d’ancrage. C’était très délicat, parce qu’il fallait ne rien casser ni abîmer, mais nous y sommes parvenus. Nous sommes très satisfaits." Un coup de chapeau aux artisans qui ont mené à bien ce projet !

La restauration des peintures murales et des vitraux est encore au programme. Les visiteurs peuvent déjà admirer l’intérieur de l’oratoire à travers une paroi de verre. Un QR code permet d’accéder à des images détaillées. Et dans la chapelle de Jérusalem elle-même, les murs colorés du petit oratoire s’illuminent à travers les vitraux, comme une lanterne magique.

Un détail de l'oratoire privé de la famille Adornes

Sainte Catherine en albâtre

Dans la galerie restaurée, trône la statue de Sainte Catherine, récemment acquise. Anglaise, datant du 15e siècle, en albâtre. La sainte revêt une signification particulière pour la famille Adornes. Lors de leur pèlerinage à Jérusalem, Anselme et son fils Jan firent halte au monastère Sainte-Catherine, dans le désert du Sinaï. Une inscription murale commémore encore leur visite d’il y a près de 600 ans !

Sainte Catherine d’Alexandrie, 15e siècle, en albâtre. À ses pieds gît l’empereur qui l’a forcée à se marier et à se convertir. Elle a été torturée sur la roue, mais les rayons ont cédé. Elle a ensuite été décapitée.

Parallèlement, des travaux sont en cours ailleurs sur le domaine Adornes. "La pièce maîtresse est la chapelle de Jérusalem, mais il y a bien plus : la résidence, les hospices, le musée, la salle Saint-Pierre, les anciens relais de poste où nous exposons de l'art contemporain. Il est important de présenter le domaine dans son ensemble, tel qu'Adornes l'avait conçu, avec toutes ses fonctions", souligne la comtesse.

Qu'est-ce qui motive la famille De Limburg Stirum à entreprendre et financer tous ces travaux, avec le soutien de subventions flamandes ? "C'est un endroit exceptionnel. Il a immédiatement été évident pour moi que nous devions le faire découvrir et le partager avec le public. Dans une certaine mesure, car il est et restera une propriété privée." C'est pourquoi le domaine des Adornes à Bruges n'est pas ouvert le dimanche.

La chapelle Jérusalem sur le domaine Adornes

L'insolite tour de la chapelle de Jérusalem, avec sa sphère de cuivre, son soleil et sa lune dorés, est visible de loin. Pourtant, les groupes de touristes ne s'y arrêtent pas. Le domaine des Adornes demeure un trésor caché au cœur de la Venise du Nord.

"Ici, on est à l'écart des sentiers battus, et c'est un atout. C'est un quartier authentique et paisible de Bruges. Les visiteurs s’en rendent compte. C'est un vrai avantage pour nous. Ici, tout est à taille humaine", conclut la comtesse Véronique de Limburg Stirum.

Informations pratiques : Le domaine des Adornes à Bruges, avec sa minuscule chapelle privée et sa galerie restaurées, est ouvert du lundi au samedi.

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