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La manifestation nationale de Bruxelles dégénère en actes de vandalisme : qui sont les émeutiers ?

Les émeutiers qui ont commis des dégradations et affronté la police lors de la manifestation nationale à Bruxelles étaient bien organisés et provenaient principalement de milieux d’extrême gauche. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par la rédaction de vérification des faits (checkredactie) de VRT NWS. Leurs opérations ont été soigneusement planifiées via les réseaux sociaux, où les mouvements de la police étaient partagés en temps réel.  "Il s’agit de plusieurs groupuscules ayant des ramifications internationales", déclare de son côté la chercheuse Annelies Pauwels. Réagissant aux violences de mardi, le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) a suggèré l'utilisation d'armes "à létalité réduite" contre les casseurs.

Eric Steffens Belga
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Alors que des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue mardi pour exprimer leurs revendications de manière pacifique auprès du gouvernement, quelques dizaines de casseurs ont profité de l’occasion pour semer le chaos dans la capitale. La police est également intervenue de manière musclée, et certains manifestants pacifiques qui se trouvaient au mauvais endroit ont été pris pour cible ou blessés lors des opérations de maintien de l’ordre.

Il n’était pourtant pas difficile de repérer les émeutiers pendant la manifestation.

"Il s’agissait de jeunes — âgés d’environ 18 à 20 ans — entièrement vêtus de noir", explique notre collègue, Marjan Temmerman, qui a couvert la manifestation tout au long de la journée pour VRT NWS.

Les jeunes portaient des foulards ou des masques pour dissimuler leur visage. Marjan Temmerman a pu s’entretenir avec certains d’entre eux.

"Ils affirment être contre le fascisme et se battre pour le climat et pour les “gens ordinaires”. 

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Notre collègue Marjan Temmerman a couvert la manifestation nationale pour VRT NWS

Qui étaient ces émeutiers ?

Les syndicats qui organisaient la manifestation soulignent qu’ils n’ont aucun lien avec le groupe à l’origine des émeutes. La police le confirme également. Une enquête devra déterminer précisément qui étaient les émeutiers, mais les tracts qu’ils distribuaient et les graffitis qu’ils ont laissés laissent penser qu’ils provenaient principalement de milieux d’extrême gauche.

Selon une enquête de notre rédaction de vérification des faits, d’importants groupes d’émeutiers auraient été dirigés par des groupuscules d’extrême gauche plutôt francophones. Il semble qu’il n’y ait pas qu’un seul organisateur derrière ces violences, mais que plusieurs groupes aient coordonné leurs actions via les réseaux sociaux.

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La police a fait usage du canon à eau face aux émeutiers

Un "manuel" pour émeutiers et une "hotline" d’assistance juridique

Ces derniers jours, des manuels contenant des "conseils pratiques" pour faire face à la police ont circulé, tout comme le numéro d’une hotline offrant une aide juridique en cas de problèmes, largement partagée sur les réseaux.

La rédaction de VRT NWS a également découvert que plusieurs groupes avaient organisé, ces derniers jours, des séances d’entraînement. Ils y simulaient des situations concrètes afin de déterminer la meilleure manière d’échapper à la police.

Pendant la manifestation aussi, les émeutiers ont fait un usage habile des outils de communication modernes. Grâce aux réseaux sociaux, ils se tenaient constamment informés des mouvements de la police.

Bien informés et bien organisés

Les groupes semblaient également étonnamment bien renseignés sur le nombre d’arrestations et d’hospitalisations survenues pendant les émeutes. "Pour l’instant, nous comptons deux arrestations judiciaires. Dix-neuf personnes sont soit en détention administrative, soit encore à l’hôpital, ou dont nous ne sommes pas au courant de leur libération", pouvait-on lire dans un groupe Telegram.

Que des fauteurs de troubles infiltrent une manifestation pour provoquer des affrontements et commettre des actes de vandalisme n’a rien de nouveau. Mais ces événements montrent surtout que les groupes qui cherchent à détourner les manifestations pour semer le chaos sont de mieux en mieux organisés.  

Durant la manifestation, on a également observé des drapeaux d’action Antifasciste (Antifa). Il s’agit d’un terme générique désignant des personnes ou groupes souvent radicalement ancrés à gauche qui s’opposent au fascisme et aux idéologies d’extrême droite.

Qu’est-ce qui motive ces émeutiers d’extrême gauche ?

Selon Annelies Pauwels, chercheuse sur la radicalisation au Vlaams Vredesinstituut, plusieurs petits groupes aux connexions internationales étaient probablement présents lors de la manifestation de mardi à Bruxelles. "On voit souvent des personnes venues d’autres pays participer à ce genre de rassemblements", explique-t‑elle dans De Ochtend sur Radio 1.

"La tactique du ‘black bloc’ qu’ils mettent en œuvre est en réalité un jeu du chat et de la souris avec la police. Le but est clairement de provoquer la violence. Certaines personnes viennent à ce type de manifestation pour commettre des actes violents. Elles sont préparées et apportent des outils comme des marteaux ou des projectiles. Elles s’organisent via les réseaux sociaux pour échapper aux interventions policières et causer le plus de dégâts possible."

Sur le fond, leurs motivations sont très diverses, explique Annelies Pauwels. "Ils cherchent à se rattacher à différents thèmes qui peuvent élargir leur base de soutien. Cela peut concerner le militantisme climatique, mais aussi les droits des femmes, les droits des animaux, le conflit à Gaza, et ainsi de suite."

"Ce qu’ils essaient de faire, c’est intégrer un thème spécifique dans leur vision plus large du monde, par exemple leur vision anticapitaliste. L’objectif est bien sûr de rallier le plus de personnes possible."

Faut-il craindre que ces violences passent du vandalisme à des attentats ? "Pour l’instant, nous n’observons pas ce niveau de criminalité", précise Pauwels. "La violence qui est commise reste évidemment intense, mais elle reste d’un autre ordre que les attentats organisés des années 70 et 80."

Francken suggère l'utilisation d'armes "à létalité réduite" contre les casseurs

Le ministre de la Défense, le N-VA Theo Francken (N-VA), a estimé mercredi que la police devait pouvoir intervenir de manière beaucoup plus violente contre certains casseurs, visant les "antifa d'extrême-gauche", selon ses mots, au lendemain de la journée d'action nationale.

Le ministre a suggéré dans un tweet que les policiers devraient s'inspirer des forces de l'ordre de Los Angeles, aux Etats-Unis, et utiliser l'arme FN 303 contre les personnes se rendant coupables de dégradations ou de violences dans le cadre de manifestations.

Son message est accompagné des images d'un groupe vêtu de noir, qui a attaqué l'entrée du bâtiment abritant l'Office des étrangers, sur le boulevard Pacheco.

Le FN 303, de fabrication belge, est un "lanceur à létalité réduite", une arme à air comprimé. Elle permet de tirer des projectiles considérés comme "moins létaux", mais susceptibles malgré tout de provoquer des blessures graves, lésions permanentes, alors que des décès sont également liés à son utilisation. En France, l'utilisation de telles armes "à létalité réduite" pour "encadrer" des actions des Gilets jaunes avait entrainé de vifs débats.

Le FN 303 ne tire pas de balles en caoutchouc, mais des projectiles au bismuth qui se désagrègent à l'impact, aspergeant la cible de peinture ou d'un liquide irritant.

En Belgique, certaines zones de police locales en disposent, mais elles ne sont utilisées pour tirer que de manière exceptionnelle.

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