Herman De Bode, le président du conseil d'administration du musée d’art contemporain d’Anvers, a remis sa démission. L’information rapportée par le journal De Standaard a été confirmée à la rédaction de VRT NWS par De Bode. Il réagit ainsi à la décision du gouvernement flamand de ne pas mener à bien la construction d’un nouveau bâtiment pour le M HKA et de transférer la majeure partie des collections du musée anversois vers le S.M.A.K. à Gand. Le M HKA deviendra un centre d’art au rayonnement international. "Je trouve cela criminel. Je n'y a pas d'autres mots. C’est une insulte pour toutes les personnes impliquées", estime Herman De Bode.
Le président du M HKA démissionne après la "décapitation" du musée anversois par le gouvernement flamand
Ancien patron du bureau de consultance Mc Kinsey pour le Benelux, Herman De Bode, qui occupait le poste de président du conseil d’administration du M HKA depuis huit ans, est déçu par la décision du gouvernement flamand de mettre fin au projet de construction à hauteur de 130 millions d'euros en faveur du M HKA et de transférer la majeure partie de la collection et des activités du musée anversois au SMAK à Gand. "Nous n'avons jamais été impliqués dans la réflexion ni dans la confection des plans actuels", écrit De Bode dans sa lettre de démission.
"Ces plans signifient la mort de toutes les compétences acquises ces dernières années au M HKA dans une perspective d'avenir". De Bode parle de "décapitation" du musée anversois et de projets du gouvernement flamand "complètement fous". La ministre flamande de la Culture, Caroline Gennez, a donné des raisons pour sa décision : contrer l'éparpillement et la concurrence interne dans le secteur artistique, en misant sur la collaboration entre les différentes structures dépendant de la Communauté flamande. Une phase de transition est prévue, entre le début de 2026 et 2028.
"Dans les années 1980, le M HKA était un vivier d'artistes contemporains. Nous souhaitons que le musée retrouve ce rôle et, surtout qu’il offre des opportunités aux jeunes artistes d'aujourd'hui", a précisé la ministre. De Bode, ancien chef de cabinet du ministre Jan Jambon, est impitoyable dans ses critiques. Selon lui, cette décision "est dénuée de toute compréhension du fonctionnement d'un musée d'art contemporain".
Une collection indéplaçable ?
Le président démissionnaire affirme que la collection du M HKA est tout simplement indéplaçable. "Notre collection n'a pas de propriétaire unique, mais juridiquement parlant, elle en a plusieurs", explique De Bode. "Et le caractère unique du M HKA d'Anvers est, bien sûr, lié à notre histoire et à notre réputation. On peut déplacer quelques œuvres, mais elles ne déplacent rien. On ne peut pas exporter l'avant-garde à Gand. C'est celle d'Anvers."
"Le musée existe depuis une quarantaine d'années. Je ne pense pas qu'il existe un exemple en Europe où un musée soit soudainement réduit à une 'galerie d'art'”, dit-il. "Je ne travaille pas avec des imbéciles et des incompétents. Je trouve cela une véritable insulte à tous ceux qui ont collaboré avec le M HKA ces 40 dernières années. Je ne comprends pas comment le gouvernement flamand a pu approuver cela."
Pétition contre le projet de Caroline Gennez
L'ACOD, pendant flamand de la CGSP, s'est aussi vertement opposée à la décision de la ministre flamande de la Culture. Ce choix est perçu comme "une sanction pour toute une équipe qui a travaillé avec dévouement et professionnalisme pendant des années", affirmait ce mercredi le syndicat socialiste. Les travailleurs ont, en parallèle, lancé une pétition contre le projet.
L'ACOD déplore que, dans un contexte de désaccord sur la direction du musée, la ministre Gennez "subordonne totalement le bien-être du personnel et son expertise accumulée à des intérêts politiques". Le syndicat émet également des doutes sur la capacité du SMAK à conserver correctement les œuvres et exige des éclaircissements concernant l'emploi.
Par ailleurs, la pétition lancée par le personnel du M HKA avait déjà récolté un millier de signatures ce mercredi midi. Dans une lettre ouverte destinée à Caroline Gennez et à son cabinet jointe à la pétition, les travailleurs dénoncent que ce projet a apparemment été "élaboré de longue date en catimini" au SMAK, tandis que le M HKA restait dans l'ignorance de ce qui se préparait. Ils soulignent enfin qu'Anvers dispose d'une galerie d'art et de résidences d'artistes, et que se priver d'un musée d'art contemporain serait "totalement absurde" pour la ville. Les salariés réclament une discussion "entre le politique, le secteur et le personnel" pour parvenir à des "solutions durables" qui "rendent justice au patrimoine, au public et aux salariés".


