Le gouvernement fédéral, réuni en comité restreint, a trouvé dans la nuit de lundi à mardi un accord sur la position de la Belgique à l'égard du conflit israélo-palestinien et la situation dans la Bande de Gaza, a annoncé le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot. Il porte sur des sanctions à l'égard d'Israël et le processus de reconnaissance d'un Etat palestinien. Un peu plus tard dans la nuit, le gouvernement flamand, réuni lui aussi en comité ministériel restreint, s'est accordé à son tour sur des sanctions visant Israël et le Hamas, ainsi que sur une reconnaissance très conditionnelle de la Palestine.
Accord au sein des gouvernements fédéral et flamand sur une position concernant Gaza
Les gouvernements flamand et fédéral sont donc parvenus dans la nuit à un accord quasi simultané sur leurs positions respectives concernant la guerre à Gaza - ce qui n'est pas un hasard puisqu’ils se sont bien sûr concertés. Une véritable crise gouvernementale se profilait, notamment au niveau flamand, les socialistes de Vooruit et les démocrates-chrétiens du CD&V disposant d'une majorité fluctuante si une position plus ferme n'était pas adoptée face aux violences à Gaza. Au niveau fédéral également, le climat était tendu ces dernières semaines.
D’après le ministre-président flamand Matthias Diependaele, la crise politique au niveau flamand est désormais évitée. "La période n'était pas favorable, et il n'était pas agréable d'avoir une dispute sur un sujet aussi sensible. Mais il est bon que nous soyons désormais d'accord et que nous sachions comment, en tant qu'équipe gouvernementale, nous allons nous positionner face au conflit".
Que stipulent les accords ?
Aide humanitaire
Une aide humanitaire supplémentaire sera fournie. "La Belgique intensifiera ses efforts pour fournir une aide humanitaire aux Palestiniens par tous les canaux possibles", a déclaré le gouvernement fédéral. Ainsi, la ministre de la Coopération au Développement ajoutera 12,5 millions d'euros supplémentaires aux 7 millions d'euros déjà promis cette année pour l'aide humanitaire à Gaza (dans le cadre des crédits actuels).
Le gouvernement flamand subventionnera le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (350.000 euros) afin de répondre aux besoins les plus urgents à Gaza.
Notre pays contribuera également activement à l'évacuation des enfants souffrant de maladies complexes qui ne peuvent être soignés dans la région.
La Belgique plaide également en faveur d'une force d'intervention des Nations Unies à Gaza afin de mieux gérer la distribution de l'aide alimentaire et de protéger la population.
Sanctions
Une proposition de sanctions contre les colons israéliens violents et les dirigeants du Hamas est en cours d'élaboration. Celle-ci comprend des restrictions financières, des gels d'avoirs, des interdictions d'entrée, notamment. Dans l'attente des sanctions, les colons violents et les terroristes du Hamas figurant sur la liste européenne seront désormais déclarés persona non grata sur le sol belge.
Les ministres israéliens extrémistes Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, ainsi que les dirigeants politiques et militaires du Hamas, seront également déclarés persona non grata sur le sol belge. Ils ne seront donc plus autorisés à entrer dans notre pays.
Le bureau flamand de Flanders Investment & Trade (FIT) à Tel-Aviv ne fermera pas ses portes. Cependant, ses activités seront limitées. Il ne sera plus autorisé à travailler sur des questions de défense, ne favorisera plus le commerce et ne collaborera pas avec les entreprises opérant dans les territoires occupés. Le FIT jouera également un rôle dans la reconstruction des territoires palestiniens.
La Belgique plaidera auprès de l’Europe en faveur d’un embargo sur les armes à destination d'Israël et une suspension partielle de l'accord d'association avec Israël. Les exportations d'armes belges vers Israël seront également liées à des conditions plus strictes, et les avions militaires israéliens ne seront plus autorisés à survoler notre pays tant que le conflit perdurera.
À l'instar de l'Irlande et de la Slovénie, la Belgique élabore une interdiction nationale d'importation de biens produits, extraits ou transformés par les occupants israéliens dans les territoires occupés par Israël.
Pour les Belges vivant dans des colonies situées dans des zones colonisées, la Belgique restreint l'accès aux services consulaires. En pratique, la Belgique est alors légalement tenue de fournir uniquement une aide d'urgence.
Une reconnaissance d’un Etat palestinien ?
La Belgique s'est engagée à reconnaître l'État palestinien à long terme, mais a posé des conditions importantes. En pratique, cela ne se fera que par arrêté royal, une fois le dernier otage israélien libéré et les groupes terroristes comme le Hamas chassés du gouvernement palestinien.
C'est dans cet esprit que la Belgique annonce son intention de rejoindre les signataires de la Déclaration de New York, qui prône une solution à deux États. Elle rejoint également les pays qui annonceront prochainement leur reconnaissance de l'État palestinien aux Nations Unies.

