Le gouvernement fédéral a décidé de suspendre la deuxième phase - c’est-à-dire la composante courant continu (DC) - du projet originel de l'île énergétique Princesse Elisabeth, installée en mer du Nord. C’est ce qu’a annoncé ce vendredi le ministre de l'Énergie Mathieu Bihet à l'issue d'un conseil des ministres restreint. Cette décision permettra une économie de 3 milliards d'euros au minimum, estimé le ministre libéral. Le coût estimé du projet a augmenté bien davantage que prévu, ce qui force le gouvernement à chercher des moyens de réduire les coûts.
Le gouvernement suspend la composante courant continu sur l'île énergétique en mer du Nord : "Une économie de 3 milliards d'euros"
Le projet de cette île artificielle au large du littoral belge est conçu pour raccorder les futurs parcs offshore en mer du Nord et interconnecter la Belgique au Royaume-Uni. Son coût initial était estimé à 2,2 milliards d’euros, mais il est depuis lors passé à près de 8 milliards d'euros, ce qui aurait eu un impact direct sur la facture des consommateurs, indique le ministre fédéral de l‘Energie. L’importante inflation et les effets du marché expliquent cette augmentation, selon Elia, le gestionnaire du réseau haute tension. La demande d'infrastructure de courant continu étant élevée, le marché surchauffe.
Début février, Elia avait dès lors décidé de reporter la signature de cette partie, la plus couteuse, du contrat. Ces derniers mois, Mathieu Bihet a réuni la Commission de régulation de l'électricité et du gaz (Creg), la DG Énergie et le gestionnaire du réseau à haute tension, pour réévaluer le projet de manière rigoureuse. Ce travail a permis d'identifier des alternatives "techniquement viables, économiquement avantageuses et juridiquement solides".
Concrètement, il a donc été décidé de suspendre la 2e phase, c'est-à-dire la composante courant continu (DC), du projet originel. Une telle infrastructure est en effet très onéreuse. Les procédures de passation de marchés en cours la concernant sont désormais stoppées. La construction de l'île artificielle en elle-même, tout comme les infrastructures en courant alternatif (AC) nécessaires au raccordement des futurs parcs éoliens offshore, avaient été attribuées sous l'ancienne législature et se poursuivront, assure le ministre de l'Energie.
Objectif : "maximiser les bénéfices, limiter les risques"
La mise en place d'une deuxième interconnexion de courant continu avec le Royaume-Uni continue, elle, d'être étudiée avec les partenaires du gouvernement. "L'énergie éolienne offshore est et restera un élément essentiel de notre mix énergétique. Cependant, il a fallu constater que certaines décisions du passé ont engendré une augmentation substantielle des coûts portant, en définitive, sur les ménages et les entreprises", commente le libéral Mathieu Bihet.
"Plutôt que de persévérer dans une voie ruineuse, nous faisons le choix de reconsidérer un projet dont les effets auraient directement impacté le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Notre objectif est clair: maximiser les bénéfices, limiter les risques", souligne-t-il.
"Un cadre soutenable, économiquement équilibré et techniquement réaliste : ces décisions marquent un choix clair en faveur d'une gestion rigoureuse des deniers publics, dans une logique de bonne gouvernance et de responsabilité collective", conclut le ministre de l'Energie, selon qui la décision de suspension vise aussi à garantir la sécurité d'approvisionnement énergétique du pays.

