Vers 18h08 jeudi soir, la fumée blanche tant attendue est montée du toit de la Chapelle Sixtine au Vatican, où étaient rassemblés en conclave depuis environ 24h quelque 133 cardinaux, dont les Belges Jozef De Kesel et Dominique Mathieu. Le successeur du pape François venait donc d’être élu. Il s’agit de l’Américain Robert Prevost, originaire de Chicago où il est né il y a 69 ans, membre de l’ordre de Saint Augustin dont il fut le prieur général et missionnaire avant tout au Pérou (dont il possède entretemps la nationalité). Créé cardinal fin 2023 par le pape François, il a été ces deux dernières années préfet du dicastère des évêques au sein de la Curie romaine. Les évêques tout comme une majorité des représentants de l’Eglise catholique de Belgique se sont montrés enthousiastes dès la nomination de Léon XIV. Le prêtre flamand Rik Devillé, porte-parole de nombreuses victimes belges d’abus sexuels au sein de l’Eglise, regrette par contre amèrement cette nomination, affirmant que Prevost n’a pas suffisamment pris par le passé la défense des victimes.
Les réactions en Belgique à l'élection du pape Léon XIV sont avant tout positives
Dans un bref message posté jeudi soir en anglais et en latin sur les réseaux sociaux, le Premier ministre Bart De Wever a souhaité au pape Léon XIV "beaucoup de sagesse et de force". "Bonum fac et habebis laudem ex illa" ("Fais le bien, et l'autorité t'approuvera"), a conclu le chef du gouvernement fédéral avec un verset de la Bible, extrait de la lettre aux Romains (13:3). Le 26 avril, Bart De Wever avait assisté aux funérailles du Pape François à Rome.
Mgr Luc Terlinden, archevêque de Malines-Bruxelles et président de la Conférence épiscopale de Belgique, a tenu à féliciter "chaleureusement" au nom de l'Eglise catholique belge le pape Léon XIV, à l'occasion de son élection comme 267e pape. "Le nouveau pape dispose d'une expérience très riche et diversifiée". Robert Prevost a en effet été supérieur de l'ordre des Augustins, évêque en Amérique du Sud et préfet du puissant dicastère des évêques.
"Dans la continuité du pape François"
Mgr Terlinden s'attend à ce que Léon XIV soit un pape "dans la lignée de François". "Il œuvrera certainement pour la paix dans le monde. Il a parlé de paix à plusieurs reprises lors de son premier discours. Et aussi un pape des pauvres", poursuivait le primat de Belgique. "Il saura certainement créer des ponts entre les peuples."
Avec Robert Francis Prevost, c'est un pape relativement jeune qui a été choisi. "Je trouve cela bien", ajoutait Luc Terlinden. "Il est de notre temps." "J'étais heureux" en entendant son nom. Il est l'homme de la situation". Le primat de Belgique a également indiqué avoir déjà rencontré le nouveau pape à plusieurs reprises. Celui-ci accompagnait en effet le défunt pape François lors de sa visite en Belgique en septembre dernier. "C'est un homme humble, amical, avec qui il est facile de s'entendre" selon Luc Terlinden.
Le porte-parole des évêques de Belgique, Tommy Scholtes, a noté de son côté avoir "l'impression qu'on a choisi ici le parfait centre, qui reprend la succession de François. Il a tenu des paroles fortes par rapport à la paix, par rapport à la culture", a déclaré le père Scholtes. "Ce qu'il a dit en cinq minutes, c'est la fidélité à ce qui a précédé."
Le porte-parole des évêques de Belgique a encore souligné que l'élection de Léon XIV était une surprise, qui "vient de sa position". "C'est un homme parfaitement discret, je pense qu'il n'est pas si connu que ça au sein de la population".
Quant à l’évêque d’Anvers Johan Bonny, il déclarait à VRT NWS être heureux du choix. "Robert Prevost était un de mes candidats. Si nos deux cardinaux belges ont voté pour lui, je leur suis reconnaissant". Bonny (photo) connait Prevost comme un homme calme et à l’écoute. "Ce n’est pas une grande figure charismatique, qui lance toute une série d’idées, mais quelqu’un qui écoute attentivement, qui relativise tout en prenant les choses au sérieux".
"Capable de relier différents pays et Eglises"
Le canoniste et professeur Rik Torfs déclarait pour sa part, sur VTM Nieuws, que Robert Prevost est " un homme capable de relier l'Orient et l'Occident, ou différents pays et différentes Eglises, grâce à son travail missionnaire, à son expérience au Pérou, mais aussi à son expérience à la Curie". Il a également de ce fait de nombreux contacts. Il est toutefois "remarquable", selon le professeur de droit canon, qu'un Américain ait été élu pape, alors que ce pays prend "un certain nombre de décisions politiques étranges" sous la présidence de Donald Trump. "Il est vrai que cet homme est le moins américain des Américains", notait Torfs, soulignant que le nouveau pape a majoritairement travaillé en dehors des États-Unis.
Le choix du nom de Léon XIV semble indiquer un profil social, suivant les traces du pape Léon XIII, qui a développé la doctrine sociale de l'Eglise avec son encyclique Rerum Novarum. "En ce sens, on peut dire qu'il est un contrepoids à la politique capitaliste de Trump", souligne Rik Torfs. En tant qu'Américain, Robert F. Prevost est également anglophone. "Jusqu'à présent, cela n'a pas été très fréquent", poursuit Rik Torfs. "Cette connaissance n'est pas non plus mauvaise pour la politique mondiale."
"Fumée blanche, nouvel espoir"
L'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) a accueilli "avec respect et espoir" l'élection du nouveau pape. "Dans un monde marqué par les conflits, les divisions et la souffrance humaine, nous voyons en ce nouveau pape un possible artisan de paix et un bâtisseur de ponts", ajoutait l'EMB. "Nous espérons et prions que le Pape Léon XIV contribuera à mettre fin à la souffrance du peuple palestinien à Gaza, arrêter la guerre en Ukraine, apaiser les tensions entre le Pakistan et l'Inde et promouvoir le dialogue interreligieux, le respect mutuel et la solidarité mondiale".
L'EMB dit croire, "en tant que musulmans, en la force de la paix, de la justice et de la coopération entre les religions. Nous souhaitons au Pape Léon XIV sagesse, force et un cœur rempli de compassion dans sa nouvelle mission. La fumée blanche s'est élevée - qu'elle soit le signe d'une paix descendante", concluait l'instance religieuse.
Le prêtre Rik Devillé profondément déçu
Des voix critiques se sont néanmoins aussi élevées en Belgique à l’annonce de la nomination du pape américain-péruvien. Selon le prêtre flamand retraité Rik Devillé (photo), porte-parole de la souffrance des victimes belges d’abus sexuels au sein de l’Eglise, cette désignation "fait mal" et constitue "une occasion manquée".
L'homme à la tête de l'ASBL Droits de l'Homme dans l'Église se montre sceptique face au choix porté par le conclave. Il s'appuie sur une lettre de l'organisation américaine des victimes au sein de l'Église Snap (Survivors Network of those Abused by Priests). Cette dernière a fait part de sa profonde inquiétude à l'annonce de l'élection. Selon le réseau Snap, l'Américain a couvert par le passé des cas d'abus.
L'association avait d'ailleurs écrit une lettre à ce sujet au pape François et avait également informé le secrétaire du souverain pontife. "Parmi ces 133 cardinaux, ne pouvaient-ils vraiment pas choisir quelqu'un qui ne soit pas lié à un dossier de négligence coupable?", s'interroge Rik Devillé. "Surtout quand on sait que le pape François avait une tolérance zéro sur ce point. Ils ont été prévenus." "Je ne peux que répéter ce que j'ai déjà dit. Il n'y a pas de justice dans l'Église. On ne peut pas se défendre".

