Ils sont deux Belges à avoir été admis à la première épreuve du Concours musical international Reine Elisabeth consacré cette année au piano. Valère Burnon, originaire de Marche-en-Famenne dans les Ardennes, présentait mardi soir son programme, au centre culturel Flagey à Bruxelles. Ce jeudi soir, ce sera au tour de Roeland Vermeulen, également âgé de 26 ans et originaire de Louvain en Brabant flamand, de jouer devant le prestigieux jury et le public enthousiaste. Roeland est le fils du pianiste Jan Vermeulen, qui lui donne cours depuis de longues années. VRT NWS a fait la connaissance du jeune musicien dans sa propre salle de répétition et chez ses parents.
Le pianiste Roeland Vermeulen entame ce jeudi son Concours Reine Elisabeth : "Je veux avant tout devenir un meilleur musicien"
"Le talent transparaissait déjà à cet âge-là", plaisantait Jan Vermeulen en tombant sur une des premières photos de Roeland - encore bébé - assis au piano. La musique, c’est une affaire de gènes chez les Vermeulen. Jan donne cours à son fils depuis de longues années. Entretemps, Roeland a terminé ses études à la LUCA School of Arts - mieux connue comme le Lemmensinstituut de Louvain - et il est à présent l’un des 60 candidats qui présentent la première épreuve du Reine Elisabeth de piano, cette semaine à Bruxelles. Son frère Claus, avec lequel il joue en duo par moments, est aussi pianiste.
Cela fait environ un an que Roeland a décidé de s’inscrire au Concours belge, réputé l’un des plus exigeants au monde. Cela impliquait la préparation d’un grand nombre d’œuvres, pour chacune des étapes de cette compétition - depuis la première épreuve jusqu’à la finale, que chaque candidat espère atteindre. Roeland avait déjà joué nombre de ces œuvres avant de les inclure à son programme. "Mais j’y ai rajouté de nouveaux morceaux, pour me faire plaisir". Il a ainsi décidé de jouer le Premier concerto pour piano de Johannes Brahms, s’il arrive en finale.
Pour parvenir à préparer toutes les œuvres à temps, il faut être organisé et planifier. "J’ai une série de documents dans mon ordinateur qui contiennent des schémas et des plans", expliquait Roeland Vermeulen, tout en ajoutant qu’il n’est pas très organisé de nature.
Roeland claquait souvent la porte de colère parce que je lui disais d’étudier davantage
Jan Vermeulen, son papa
Chaque pianiste est différent: l’un va travailler son instrument 10 heures par jour, pour l’autre la durée n’aura pas d’importance. "Je ne suis pas quelqu’un de discipliné. Mais j’ai toujours estimé que c’était un grand désavantage, et que je devais répéter un certain nombre d’heures tous les jours. Mais depuis que j’ai terminé mes études, je me suis un peu détaché de ce point de vue. J’accepte mieux maintenant que c’est ma manière de travailler. Si cela fonctionne, il n’y a rien de mal à cela".
Mais cette attitude a parfois rendu son père un peu fou. "Il est souvent arrivé que Roeland claque la porte de colère, parce que je lui disais d’étudier davantage ! Il n’est pas évident de donner cours à son enfant !". Mais aujourd’hui, Jan Vermeulen n’a que des éloges pour son fils : "Roeland apprend très vite, il est très musical et possède beaucoup de facilités techniques. Evidemment, il est l’un de mes meilleurs élèves”, ajoute le père avec un petit sourire entendu.
Info pratique: Roeland Vermeulen sera le 3e candidat de la soirée de ce jeudi 8 mai, qui débute à 20h. Vous pouvez l’écouter en direct via le livestream du site internet du Concours
Parfois un café en ville et de la kiné pour les poignets
Alors qu’il étudie une étude de Sergei Rachmaninov - "ce compositeur avait des mains énormes !" -, Roeland raconte que cette période de préparation du concours est assez solitaire. Il essaye cependant de prendre le temps d’un café en ville avec des amis ou de faire une promenade. "Heureusement, le temps est très beau!”.
Pour le corps aussi, cette préparation est une performance. "Il faut rester assis tout le temps. Et jouer du piano est plus fatiguant physiquement qu’on ne pourrait le penser, pour les mains, les doigts, les poignets, mais aussi le dos, les épaules et le cou. Par le passé, j’ai eu des douleurs aux poignets. Je fais de temps en temps des exercices de kinésithérapie, pour éviter les blessures".
J’attends la demi-finale presque avec plus d’impatience que la finale
Roeland Vermeulen
Quelles sont les ambitions de Roeland Vermeulen au Reine Elisabeth ? "Ce serait formidable d’arriver en finale et de pouvoir jouer avec un excellent orchestre. Mais je préfère quand même jouer en solo, parce qu’alors on contrôle tout à 100%. J’attends la demi-finale avec presque plus d’impatience que la finale".
Pendant cette demi-finale, les pianistes devront d’une part interpréter un concerto de Mozart, accompagnés par l'Orchestre Royal de Chambre de Wallonie que dirigera Vahan Mardirossian. Et d’autre part, ils présenteront leur récital, composé d'œuvres au choix et de l'œuvre inédite imposée, "Two Studies for Piano", écrite spécialement pour cette session par Ana Sokolovic, une compositrice serbe qui vit à Montréal.
Ce serait merveilleux de pouvoir étudier pendant une semaine en isolement
Roeland Vermeulen
S’il atteint la finale, Roeland Vermeulen devra passer une semaine à la Chapelle musicale Reine Elisabeth à Waterloo, pour y étudier sans aucune aide extérieure une œuvre inédite. C’est l’un des grands défis de ce Concours, assez unique en son genre. Cette fois, il s’agit d’une œuvre du pianiste de jazz et compositeur belge Kris Defoort, "Music for the Heart", composée pour l'occasion.
"C’est toujours intéressant d’apprendre de nouvelles œuvres, surtout contemporaines. En tant qu’accompagnateur au piano à l’Institut Lemmens de Louvain, je dois souvent apprendre des œuvres très rapidement", explique Roeland. La semaine de quarantaine à la Chapelle Reine Elisabeth ne lui fait donc pas peur ? "J’ai souvent entendu les musiciens dire que c’est effrayant, mais j’adorerais cela ! C’est exactement ce dont on a envie à ce moment-là. Si j’arrivais jusque-là, je me réjouirai énormément de cette opportunité".
Comment évalue-t-il ses propres chances ? "Bien entendu, je voudrais gagner le Concours. J’y participe pour gagner, comme tous les autres candidats. Mais j’ai avant tout des objectifs personnels. Je voudrais tout simplement m’améliorer en tant que pianiste et atteindre un autre niveau. Le concours est arrivé au bon moment. C’est aussi la dernière fois que je peux y participer". Roeland a 26 ans, alors que la limite d’âge du concours de piano est de 30 ans. Lors de la prochaine édition, dans 4 ans, il sera trop âgé. "En tous cas, j’ai déjà beaucoup appris".
Et qu’en est-il des efforts surhumains à fournir pour ce concours ? Ne l’a-t-il pas encore maudit? Vermeulen doit rire : "Si, bien entendu. Parfois je me demande pourquoi je me suis lancé là-dedans. Je pourrais être en train de me détendre. Mais ce ne sont que des brefs moments de doute, et c’est normal". Devoir apprendre toutes les œuvres par cœur doit être difficile ! "Je travaille énormément, pour que ma mémoire ne me fasse pas défaut".
Il y a beaucoup de musiciens qui ne veulent pas faire de concours. C’est en effet un peu bizarre de participer à une compétition dans le domaine artistique, admet Roeland Vermeulen. "Mais si on le considère simplement comme une opportunité pour devenir meilleur en tant que musicien, c’est une bonne chose. Je préfère toujours jouer en concert, l’atmosphère y est plus saine. C’est aussi dans cet état d’esprit qu’il faut jouer pendant le concours, comme pour un concert devant un public".
J’espère que beaucoup d’enfants auront envie d’apprendre un instrument
Roeland Vermeulen
Les musiciens qui participent au concours Reine Elisabeth l’ont souvent suivi depuis l’enfance, à la radio et la télévision. Ce fut le cas pour Roeland : "C’est quelque chose de magique à suivre comme enfant. Je ne pouvais pas comprendre à l’époque qu’on puisse jouer aussi bien du piano".
Ce Concours est aussi une merveilleuse publicité pour la musique classique en général. "C’est hors du commun. Même pour les gens qui en connaissent moins sur la musique classique, c’est l’occasion de voir ce que nous faisons. J’espère que le Concours donnera l’envie à beaucoup d’enfants d’apprendre un instrument de musique !".
Suivre le Reine Elisabeth de piano à la VRT ?
o La première épreuve est à suivre du 5 au 10 mai inclus via le livestream sur le site du Concours Reine Elisabeth
o La demi-finale peut être suivie du 12 au17 mai inclus via Radio Klara, la chaîne de télévision VRT Canvas (session de 15h), la chaîne de télévision Ketnet (session de 20h) et la plateforme VRT MAX. Ces émissions seront présentées par Nicole Van Opstal et Katelijne Boon
o La finale pourra être suivie du 26 au 31 mai inclus (à 20h) sur Radio Klara, la chaîne Ketnet (de lundi à vendredi) et VRT Canvas (samedi), tout comme la plateforme VRT MAX. La présentation sera assurée par Nicole Van Opstal, Katelijne Boon et Clara De Decker


