Aller au contenu principal

Le ministre Theo Francken hausse le ton avec la France au sujet de l’achat de véhicules blindés

Le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), n'a pas caché ses critiques, mercredi, sur la façon dont s'est déroulé jusqu'à présent le partenariat militaire Capacité Motorisée (CaMo) conclu avec la France. Il a averti qu'il ne signerait pas un nouveau bon de commande tant qu'un un nouvel équilibre n'est pas trouvé.

Eric Steffens Belga
Publié:

Les coûts de ce partenariat n'ont pas été correctement estimés et sont bien plus élevés que prévu, selon un projet de rapport de la Cour des comptes. Il est question de 14,4 milliards d'euros sur 25 ans alors que l'estimation initiale était d'1,5 milliard d'euros, plus 1,6 milliard pour le budget d'exploitation. Côté belge, les frustrations sont grandes également en matière de retour industriel. Le Premier ministre, Bart De Wever, a évoqué mardi ce problème avec le Président français, Emmanuel Macron, et un rééquilibrage est annoncé.

Dès sa première rencontre avec son homologue français, Sébastien Lecornu, Theo Francken, a aussi abordé ce dossier. "Le sujet est sur le radar de Paris", a-t-il affirmé devant la commission Défense de la Chambre. "Un bon partenariat avec la France reste, dans tous les scénarios, particulièrement important dans un contexte géopolitique anxiogène mais il faut aussi que chacun veille à ses intérêts", a-t-il poursuivi. 

Ce partenariat conclu en 2017 sous l'égide de Steven Vandeput (N-VA), vise à rendre les unités de combat terrestres françaises et belges totalement interopérables dans le cadre d'un "partenariat stratégique" bilatéral autour de véhicules communs mais aussi de structures et de doctrine identiques.

Theo Francken attend un rééquilibrage avant de signer un nouveau bon de commande

La Belgique a déjà commandé près de 400 "Griffon" et "Jaguar". De nouveaux véhicules sont attendus, en particulier le "Serval", véhicule blindé multirôle-léger conçu par les sociétés Nexter et Texelis . Le bon de commande de quelque 700 millions d'euros se trouve sur le bureau du ministre mais ce dernier s'est montré ferme: "Je ne l'ai pas encore signé car j'attends un rééquilibrage. Je le ferai s'il y a un accord", a-t-il averti.

Le ministre N-VA ne remet pas en cause le partenariat -la Belgique n'a pas les moyens pour changer brusquement de politique, et la France dispose d'une armée de terre "forte" et d'une "incroyable" industrie de défense- mais des changements s'imposent: "On continuera si on peut trouver un équilibre", a-t-il ajouté.

A l'avenir, de tels projets devront être accompagnés d'estimations réalistes des coûts sur l'ensemble de leur durée et contribuer à une plus-value industrielle structurelle en Belgique, plaide M. Francken. Le royaume appliquera d'ailleurs plus systématiquement l'article 346 du Traité de l'Union européenne: celui-ci permet à un Etat membre de faire exception aux règles de marché public en matière militaire pour protéger ses intérêts essentiels de sécurité.

"Ces coûts sont intégrés dans les programmes pluriannuels"

"Il n'y a pas de cadavres dans le placard", a encore assuré le ministre. Les coûts de CaMo sont intégrés jusqu'à présent dans les programmes pluriannuels de la Défense et il n'est pas anormal que les coûts évoluent au fil du temps puisque le projet de long terme porte sur le développement de nouveaux engins.

L'opposition a réclamé de disposer du rapport de la Cour des comptes. La version définitive devrait être disponible en juin.

En attendant le PS, parti de la prédécesseure de M. Francken, Ludivine Dedonder, et la N-VA ont donné l'impression de débattre à fleurets mouchetés.

Ludivine Dedonder (PS) : "Se focaliser sur la France est un mauvais signal"

Les socialistes ont mis en avant les surcoûts de la Vision stratégique de Steven Vandeput (N-VA) dont ils ont hérité en 2020, qu'il s'agisse de la commande des F-35, des nouvelles frégates ou aujourd'hui du partenariat CaMo. Plus fondamentalement, ils redoutent le tropisme atlantiste de M. Francken. "Je ne voudrais pas que l'on se serve de ces arguments contre une Europe de la Défense," a averti Christophe Lacroix.

S'exprimant en marge de la réunion, Mme Dedonder a adressé la même mise en garde. "Il faut affirmer notre vision européenne mais si vous n'y croyez pas, comment voulez-vous que ça marche?" a-t-elle demandé.

Lorsqu'elle a repris le département en 2020, la socialiste a dû renouer les contacts avec la France, échaudée par le choix belge du F-35. Elle rappelle les retours industriels qu'elle a obtenus, notamment la construction d'une chaîne de production chez l'industriel MOL en Flandre occidentale dans le cadre de CaMo, le contrat de livraison d'armes légères décroché par la FN pour l'armée française ou encore le rachat d'Arquus en France par John Cockerill. La Belgique a également reçu le statut d'observateur dans le projet franco-allemand d'avion du futur SCAF, dont M. Francken n'est toutefois pas un chaud partisan.

"Se focaliser sur la France est un mauvais signal", avertit l’ex-ministre. "Les Français nous lisent et nous suivent. Un problème de confiance risque de se poser à nouveau".  

En savoir plus

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5