Une douzaine d'organisations environnementales ont introduit lundi soir leur quatrième recours contre le craqueur d'éthane que construit l'entreprise chimique britannique Ineos dans le port d'Anvers. L’information est rapportée par le Bond Beter Leefmilieu (BBL). La troisième procédure d'appel, devant le conseil flamand du contentieux des permis (Raad voor Vergunningsbetwistingen), est toujours en cours. Mi-janvier la province d’Anvers délivrait un nouveau permis pour le craqueur d’éthane d’Ineos. Et tout récemment les provinces néerlandaises de Zélande et du Brabant-Septentrional annonçaient qu’elles mettent fin à leurs recours juridiques contre les permis délivrés pour le craqueur d'éthane que l'entreprise chimique est en train de construire au port anversois.
Des ONG font à nouveau appel contre le craqueur d'éthane d'Ineos du port d'Anvers
Le bras de fer entre Ineos et les organisations climatiques dure depuis plusieurs années. "Cette fois-ci, l'approche est différente", explique pourtant le BBL. "Auparavant, certains aspects du craqueur n'avaient jamais été évalués car l'accent était mis sur les émissions locales. Nous examinons désormais l'impact climatique sur l'ensemble de la chaîne de valeur des matières plastiques."
En d'autres termes, au lieu de se préoccuper des dépôts d'azote au Benelux, les mouvements climatiques déplacent leur attention vers la pollution de l'industrie elle-même. "Cela permet au juge d'avoir une vue d'ensemble", poursuit le Bond Beter Leefmilieu. "Les émissions locales importent peu, le grand coupable est la chaîne complète des plastiques."
L’ancienne ministre de l'Environnement Zuhal Demir avait accordé un permis conditionnel en janvier 2024, suivi d'un permis définitif fin juillet 2024 après l'accord sur l'azote. En octobre dernier, Ineos a sollicité un nouveau permis environnemental, l'entreprise justifiant cette demande par sa volonté "d'anticiper une législation dynamique" et "de rester en phase avec les derniers modèles". Fin 2024, la province d'Anvers a de nouveau approuvé le projet.
Une douzaine de mouvements écologistes se sont déjà opposés plusieurs fois à ces permis et les provinces néerlandaises de Zélande et du Brabant-Septentrional ont saisi la justice à de multiples reprises. Une délégation politique de Belgique s'était rendue l'année dernière aux Pays-Bas pour assurer une médiation, avec succès.
Les organisations climatiques doutent que le craqueur d'éthane fonctionne un jour entièrement à l'hydrogène au lieu du gaz. Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale, a récemment déclaré que le plan européen pour l'hydrogène était "trop optimiste et un peu naïf". Les perspectives de la demande mondiale en plastique font également débat : Ineos prévoit une augmentation, tandis que les mouvements climatiques jugent cela improbable en raison d'un marché saturé par de nombreux craqueurs chinois.
Autre fait marquant, les agences de notation internationales (Fitch et Moody's) ont récemment abaissé les perspectives du groupe Ineos à "négatives". Selon le journal britannique The Guardian, le patron, Sir Jim Ratcliffe, s'inquiète de plus en plus de la santé financière de son empire chimique, dont la dette devrait atteindre près de 12 milliards d'euros cette année.

