Pour la troisième nuit consécutive, une fusillade a eu lieu dans la commune bruxelloise d’Anderlecht, ce vendredi à l’aube. Cette fois elle s’est produite non pas dans les environs de la station de métro Clémenceau mais dans le quartier du Peterbos. L'information a été confirmée par la zone de police Midi (Anderlecht/Saint-Gilles/Forest). Cette fois, les nombreux coups de feu tirés au Peterbos (bloc 14) ont entrainé la mort d’une personne. Il s'agit d'un homme actif dans le milieu de la drogue. Au cours d'une conférence de presse ce vendredi après-midi, le procureur du Roi de Bruxelles Julien Moinil a confirmé que les 3 fusillades d'Anderlecht sont liées entre elles. Il a rappelé l'urgence de renforcer les autorités judiciaires et les capacités humaines des différentes forces de police. Les nouveaux ministres de l’Intérieur et de la Justice, Bernard Quintin et Annelies Verlinden, annoncent quant à eux une présence policière accrue dans les rues de la capitale.
Une nouvelle fusillade nocturne à Anderlecht, dans le quartier du Peterbos, fait un mort
"Des coups de feu ont à nouveau été tirés la nuit dernière dans la commune, cette fois dans le quartier du Peterbos vers 4h00 du matin", a confirmé la porte-parole de la zone de police Sarah Frederickx. "Il y a une personne décédée, un homme qui doit encore être identifié. Une enquête est en cours pour éclaircir les circonstances. Le juge d'instruction et le laboratoire scientifique se sont rendus sur place".
C’est une patrouille de police qui se trouvait dans les environs qui aurait découvert le corps de la victime. La présence de bandes de trafiquants de drogues est connue dans le quartier du Peterbos. Le bourgmestre Fabrice Cumps estime donc qu’il pourrait s’agir d’un incident grave lié au milieu de la drogue. "Il ne faut pas être un génie pour conclure que les différentes fusillades sont liées les unes aux autres. Il s’agit probablement de représailles pour les coups de feu tirés à la station de métro Clémenceau. C’est la guerre entre les bandes maffieuses, qui tentent de contrôler le territoire", indiquait le bourgmestre d’Anderlecht.
Quatre fusillades en 3 jours
C'est en effet la quatrième fois en trois nuits que des tirs retentissent en Région bruxelloise, la troisième sur le territoire d'Anderlecht. Aucun suspect n'a encore officiellement été interpellé dans le cadre de ces différents incidents. Vers 1h25 dans la nuit de mardi à mercredi, deux personnes ont été blessées par balle rue de la Prairie dans la commune de Saint-Josse. Quelques heures plus tard, aux environs de 6h15 mercredi, ce sont les alentours de la station de métro Clémenceau à Anderlecht qui ont été le théâtre de coups de feu. Selon les images de caméras de surveillance et d'autres sur les réseaux sociaux, ce sont deux, voire cinq individus qui ont ouvert le feu à l'arme automatique sur d'autres personnes présentes sur les lieux. Une partie des suspects au moins se sont enfuis via le réseau de tunnels du métro, entraînant une importante opération de recherche menée par les membres des unités spéciales d'intervention de la police fédérale. La circulation des métros et trams a été de ce fait perturbée pendant plusieurs heures mercredi.
Jeudi vers 3h35 du matin, de nouveaux tirs ont retenti toujours à proximité de la station Clémenceau. Ils ont cette fois fait un blessé. Selon la chaîne BX1, il s'agirait d'un ouvrier, victime d'une balle perdue. D'après le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, ces incidents répétés s'inscrivent dans la lutte que se livrent plusieurs bandes de trafiquants de drogue pour la maîtrise d'un territoire.
Plusieurs médias ont évoqué le conflit opposant le gang actif autour et dans le parc du Peterbos à celui présent dans le quartier d'Aumale, à propos du vol de 200 kg de stupéfiants. Plusieurs perquisitions ont eu lieu mercredi et jeudi dans le cadre de l'enquête sur la fusillade de mercredi matin à proximité de Clémenceau. Des armes et des vêtements auraient été saisis.
"Les 3 fusillades d'Anderlecht sont liées entre elles"
Les fusillades survenues ces derniers jours sont "toutes liées au trafic de stupéfiants", a confirmé le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, lors d'une conférence de presse organisée vendredi après-midi à Bruxelles. Les trois fusillades à Anderlecht sont liées entre elles et semblent s'être produites dans le cadre d'une guerre de représailles entre gangs de narcotrafiquants. Le récent incident de tirs à Saint-Josse, bien qu'également lié au trafic de drogues, n'est toutefois pas relié aux trois autres incidents.
Dans l'intérêt des enquêtes menées, le procureur du Roi n'a donné aucune information quant à de potentiels suspects interpellés. "Plus une enquête est secrète, plus elle est efficace", a-t-il insisté. Qualifiant ces fusillades d'injustes et inacceptables, le procureur de Roi a assuré que le parquet de Bruxelles "ne laissera rien passer et appliquera une tolérance zéro" vis-à-vis des auteurs. "Tous les faits donneront lieu à des poursuites", a-t-il garanti. "Ces agissements sont injustes. Envers les citoyens qui travaillent le matin et voient les transports en commun bloqués par mesure de sécurité, mais également pour les témoins des tirs - victimes indirectes traumatisées".
Injuste aussi, selon le procureur du Roi, pour les riverains dont l'espace public "confisqué par les trafiquants de drogue", ou encore pour les commerçants des quartiers concernés, qui voient leur attractivité baisser. "Nous serons implacables", a-t-il poursuivi. Mais pour cela, Julien Moinil a rappelé l'urgence de renforcer les autorités judiciaires et les capacités humaines des différentes forces de police.
Quintin : "L’unification de la zone de police doit aller vite"
Le nouveau ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, se montre clair à propos de l’unification prévue des zones de police à Bruxelles pour augmenter leur efficacité. "C’est inscrit dans l’accord de gouvernement et nous allons le mener à bien. Il faut aller vite. Nous allons réunir tout le monde autour de la table. La criminalité évolue, nous devons aussi évoluer”.
“Nous avons un but primordial : assurer la sécurité de nos citoyens. Nous le ferons ensemble. La zone unifiée de police à Bruxelles n’est pas un gadget. Le but est de libérer les moyens pour la mettre en place. Il n’est pas question de confisquer des compétences, mais d’accroitre l’efficacité. C’est la seule façon de répondre à la demande de sécurité", concluait Quintin.
Les zones de police en mode d'unité de commandement
Les zones de police de la capitale sont d’ailleurs passées en mode d'unité de commandement pour assurer la sécurité à la suite des coups de feu répétés à Anderlecht et Saint-Josse-Ten-Node. Cela se traduit, dès ce vendredi, par la présence de patrouilles de la zone de police de Bruxelles-Capitale-Ixelles à Anderlecht et dans le sud de Bruxelles en solidarité avec les communes de la zone Midi (Anderlecht, Saint-Gilles et Forest), ont indiqué les bourgmestres bruxellois, réunis brièvement en conférence jeudi en début de soirée.
Les maïeurs s'étaient fixé rendez-vous dans la salle du conseil communal de la Ville de Bruxelles. Ils ont activé en mode quasi automatique le processus d'unité de commandement existant à Bruxelles depuis 2018 pour la sécurisation d'événements par les polices locales dans leur domaine de compétence. Il l'a encore été, comme à l'accoutumée, pour la sécurité sur l'espace public lors du dernier passage à l'An neuf.
Cette procédure est plus largement activée lors d'événements dépassant le territoire d'une commune, tels que la récente visite du pape. C'est à présent le cas dans le contexte des violences récentes liées au narcotrafic. L'unité de commandement est assurée sous la direction du bourgmestre d'Anderlecht, Fabrice Cumps (PS), et du chef de corps de la zone de police de Bruxelles Midi.
Selon Fabrice Cumps et le bourgmestre de Bruxelles-Ville Philippe Close, cette activation rapide démontre, une nouvelle fois, que les zones de police de la capitale n'ont nullement besoin d'une fusion telle que projetée par le nouveau gouvernement fédéral pour se mettre au diapason lorsque cela s'impose.




