Une gravure du peintre ostendais James Ensor a refait surface dans un magasin de seconde main anversois. Heureusement, elle a été reconnue immédiatement et offerte au Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers (KMSKA). L'œuvre y est exposée jusqu'à ce dimanche soir, à l’occasion des derniers jours de l’exposition "Ensor, Rêves fantasques. Au-delà de l'Impressionnisme".
Une gravure de James Ensor retrouvée dans un magasin de seconde main, offerte au Musée des Beaux-Arts d’Anvers
Des tasses à café, des casseroles, des armoires ou des vieux cadres : les magasins de seconde main, appelés kringwinkels en Flandre, reçoivent des montagnes d'objets, dont une partie trouve souvent un nouvel acquéreur. Récemment, un objet très particulier a été découvert dans le centre de tri des magasins de seconde main à Anvers. Lorsque l'employée Charlotte Van der Herten a posé les yeux sur un cadre disgracieux avec une gravure, elle y a vu la main de James Ensor.
"Nous avons une équipe en ligne de huit personnes qui évalue la qualité de toutes les œuvres d'art que nous recevons", explique Lander Janssens, directeur commercial des kringwinkels d'Anvers.
Suite à cette découverte, cette équipe a demandé conseil à la maison de vente aux enchères Bernaerts. Il s'agissait en fait d'une gravure d'Ensor. Herwig Todts du KMSKA, l'expert d'Ensor, était lui aussi formel : "Non seulement Ensor a utilisé un type de papier reconnaissable, mais il avait aussi l'habitude de signer et de dater ses gravures au crayon".
"Il n'y a aucun doute sur son authenticité". La valeur de cette gravure est estimée entre 2 000 et 3 000 euros.
Pas de vente, mais un don pour l'intérêt général
A noter, et c’est assez remarquable, ce kringwinkel a décidé de ne pas vendre cette gravure d’ Ensor, mais d'en faire don au KMSKA. "Pour que le public puisse en profiter à jamais", explique Lander Janssens. "Nous sommes une association sans but lucratif qui essaie de donner une seconde chance aux objets et aux personnes. Nous voulons donner à chacun le droit d'être heureux".
Lorsque la gravure sera exposée au musée, tout le monde en profitera. "Bien plus que si elle avait atterri chez quelqu'un d’assez riche s et qu'elle soit ensuite accrochée dans sa cuisine, au-dessus de l'évier".
C'est une très belle histoire !
Carmen Willems, directrice du KMSKA.
Le KMSKA se réjouit de cette donation. La directrice Carmen Willems parle d'une "très belle histoire!" Cette gravure d'Ensor sera immédiatement accrochée dans l'exposition "Ensor, Rêves fantasques. Au-delà de l'Impressionnisme", qui entre dans sa dernière semaine. "Il s'agit bien sûr d'une œuvre délicate que nous ne pouvons pas exposer en permanence", précise-t-elle. Le KMSKA avait été informé de la trouvaille dans le magasin de seconde main juste avant les vacances de Noël. "Juste à temps pour les derniers jours de l'année Ensor".
"Le meuble hanté"
La petite gravure de James Ensor s'intitule "Le meuble hanté". On y voit, à droite au premier plan, un jeune homme qui regarde une armoire ancienne, derrière laquelle apparaît un squelette. On remarque également quelques masques typiques d'Ensor.
Cela représente une scène fantomatique. Mais elle est bien ancrée dans la réalité. Ensor était très ami avec le couple Ernest Rousseau et Mariëtte Hannon de Bruxelles, qui le soutenaient également. Dans leur salon se trouvaient des armoires anciennes, comme celles figurant dans l'estampe d'Ensor. Et ils possédaient un squelette, nommé Aglaë. "Ils l’utilisaient pour faire des blagues macabres", explique Carmen Willems, directrice du KMSKA. "Et c’est ce qu’Ensor a représenté : un squelette qui surgit derrière une armoire richement décorée."
"Le meuble hanté" date de 1888, une période où Ensor se consacrait pleinement à la gravure. La découverte dans le magasin de seconde main est remarquable, mais l’estampe elle-même n'est pas unique. D'autres exemplaires se trouvent dans les collections d'autres musées tels que Mu.ZEE, MSK et KBR. Et maintenant, elle est également présente au KMSKA à Anvers.
Le thème du "meuble hanté" apparaît fréquemment dans l'œuvre de James Ensor, selon l'expert du KMSKA Herwig Todts. "Il y a eu aussi une peinture sur ce thème qui a été détruite pendant la Première Guerre mondiale et un dessin qui est actuellement exposé dans l'exposition "Ensor, Rêves fantasques" au KMSKA." Et puis il y a la série d'estampes, dont celle trouvée dans le magasin de seconde main.
Un cadre minuscule mais heureusement, pas d'insectes
Une fois la donation conclue, la gravure d'Ensor s'est retrouvée au dépôt du KMSKA, entre les mains de Veerle Vercammen, restauratrice de papier. "L'œuvre se trouvait dans un tout petit cadre dont le passe-partout était brun et moucheté. Nous l'avons d'abord désencadrée pour voir s'il n'y avait pas d'insectes. Heureusement, il n'y en avait pas. Ensuite, nous avons pris des photos".
"La gravure était en bon état", ajoute Veerle Vercammen. "L'encre est très bien conservée. On peut voir quelques taches floues, mais c'était la façon de travailler d'Ensor." Le principal problème est que la gravure est collée sur un carton, qui n'est pas exempt d'acide. Nous en occuperons plus tard".
La petite gravure a été placée dans un nouveau cadre plus grand pour être montrée au public pendant quelques jours encore. "Le meuble hanté" sera accroché parmi les chefs-d'œuvre de l'artiste ostendais et de ses célèbres contemporains tels que Monet, Munch et Renoir.
Ensuite, elle disparaîtra dans une armoire. Une telle gravure ne doit pas être exposée à une lumière tamisée pendant plus de six mois et au maximum pendant plus de cinq ans.
Qui était le propriétaire ?
Du kringwinkel au musée, c'est une belle histoire. Mais le mystère reste entier quant à l'endroit où la gravure a été accrochée au mur pour la dernière fois. "L'identité de la personne qui a déposé cette gravure au magasin de seconde main n'est pas connue", déclare Lander Janssens, du kringwinkel d'Anvers. "Les objets y sont apportés de manière anonyme".
Mais supposons que quelqu'un reconnaisse cette gravure ? Parce qu'elle était accrochée, par exemple, dans le salon de la grand-mère de quelqu'un ? Peut-on encore la revendiquer ? "Non, ce qui est donné est donné", affirme encore Lander Janssens. "À partir du moment où vous donnez des objets à un magasin de seconde main, celui-ci en devient propriétaire. Nous avons donné la gravure au KMSKA, qui est donc le nouveau propriétaire. Ce n'est qu'avec un certificat de propriété en main que quelqu'un pourrait revendiquer l'œuvre".
Derniers jours de l'exposition : "Ensor, Rêves fantasques. Au-delà de l'Impressionnisme"
Nous sommes dans la dernière semaine de l'année Ensor et de l'exposition "Ensor, Rêves fantasques. Au-delà de l'impressionisme" au KMSKA. Plus de 250 000 personnes sont déjà venues la visiter. Pour la directrice Carmen Willems, il s'agit d'une "affluence inattendue. Un élan incroyable aussi, car lorsque Anvers a repris le flambeau de Bruxelles et d'Ostende, certains craignaient une lassitude de la part d'Ensor. Nous sommes en train de vivre le contraire".
Non seulement les œuvres d'Ensor et celles d'importants contemporains ont fait mouche, mais aussi la conception de l'exposition. "L'expérience ensorienne constitue un choix audacieux", déclare Carmen Willems avec le recul. Certains ont trouvé la scénographie trop chargée. "Nous voulions toucher un large public, pas seulement les connaisseurs", se défend Carmen Willems.
Jugez-en par vous-même : il vous reste encore deux jours pour découvrir l’exposition "Ensor, Rêves fantasques. Au-delà de l'impressionisme" de vos propres yeux. Elle se poursuit jusqu'à demain dimanche 19 janvier ; ce samedi, il y aura une nocturne, le KMSKA est ouvert de 8 heures à minuit.
Vous pouvez également visiter le musée Plantin-Moretus à Anvers jusqu'à dimanche. L'exposition "États d'imagination d' Ensor" vous explique comment Ensor réalisait ses gravures ? Quelles techniques il utilisait ? Et de quels anciens maîtres il s’est inspiré ?
Et si vous n'en avez vraiment pas encore assez : l'exposition "Masquerade, make-up & Ensor" au MoMu, le musée de la mode d'Anvers, présente également quelques peintures d'Ensor. Cette exposition se poursuit encore pendant deux semaines, jusqu'au 2 février.



