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Anvers inaugure ce week-end quatre expositions sur James Ensor, à l’occasion des 75 ans de sa mort

Après Ostende et Bruxelles, Anvers poursuit l'année dédiée aux 75 ans de la mort du peintre James Ensor avec quatre expositions qui ouvraient leurs portes ce week-end. La Métropole, qui détient la plus grande collection des œuvres de cet artiste aux multiples facettes, a lancé les festivités samedi. Le Musée des Beaux-Arts d'Anvers (KMSKA ), celui de la Photo (FOMU ), le Musée Plantin-Moretus et le MoMu , qui s'intéresse à la mode sous toutes ses coutures, décortiqueront l'œuvre du maestro et son influence sur l'art contemporain.

Eric Steffens Joris Vergeyle Belga
Publié:

De décembre 2023 à août 2024, la ville natale de James Ensor (1860-1949) a restitué l'univers du peintre à travers expositions, festival, balades thématiques, musique, film et autres projets culturels. Mais c'est à Anvers que les curieux découvriront l'exposition la plus ambitieuse de cette année Ensor.

"Ensor, rêves fantastiques. Au-delà de l'impressionnisme" retrace les influences de l'artiste et le chemin qu'il s'est lui-même tracé en s'inspirant d'autres grands maîtres, comme Monet ou Renoir "dont il copie les effets de lumière, même s'il en trouve le contenu trop fadasse". L'Ostendais abandonnera d'ailleurs rapidement le courant impressionniste au profit d'un mode expérimental propre et de l'expressionnisme. Le KMSKA, présente plus de 130 œuvres d'art de James Ensor et de ses contemporains européens, tels que Monet et Manet.  

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2024 : une année Ensor ?

Ensor vaut-il vraiment qu’on y consacre une année entière ? La qualité de son travail est-elle suffisante ? "La réponse est donnée ici dans un contexte européen", affirme Herwig Todts, conservateur au KMSKA, spécialiste d'Ensor et commissaire de l'exposition.

"Bien sûr, c'est un Ostendais. Oui, c'est un Flamand. Oui, c'est un Belge. Mais Ensor est avant tout un artiste européen important, qui a changé la donne. À la fin du XIXe siècle, c'est lui qui a quasi inventé l'expressionnisme. On pourrait dire que c'est dans l'œuvre d'Ensor qu'Emil Nolde découvre l'expressionnisme".

Le musée anversois qui a bénéficié de prêts internationaux remarquables prouve que James Ensor peut rivaliser avec ses contemporains européens. Ainsi, trois œuvres d'Édouard Manet sont accrochées à côté du "Mangeur d'huîtres" d'Ensor. D'autres combinaisons incluent des œuvres de Pierre-Auguste Renoir, Edvard Munch et Claude Monet.

Selon Herwig Todts, Monet a inspiré la palette de couleurs d'Ensor : "Nous pouvons le documenter et nous le montrons dans cette exposition dans un certain nombre de confrontations entre les œuvres de Claude Monet, qu'Ensor a d'ailleurs vues à Bruxelles, et les œuvres qu'il a réalisées sous l'influence de Monet".

Cette"Vue de Bordighera" de Claude Monet jouxtera au cours des prochains mois des oeuvres de James Ensor.

Ensor du Japon aux Etats-Unis

Sur les 97 œuvres de James Ensor exposées à Anvers, seules 10 proviennent de la collection du KMSKA, bien que le musée possède la plus grande collection d'Ensor à travers le monde. Une partie de sa collection sera exposée dans d'autres musées dans les mois à venir, dont le Musée de la Mode d'Anvers.

La grande majorité des œuvres de l’exposition proviennent de l'étranger. Les faire parvenir à Anvers a parfois nécessité une bonne dose de persuasion. "Nous avons travaillé dur sur notre réseau pendant 10 ans, durant la fermeture du musée pour rénovation, et nous avons montré Ensor dans le monde entier à cette époque", explique encore le conservateur.

"Cela a créé beaucoup de bonne volonté et c'est un fait que le gouvernement flamand voulait que cette année Ensor soit un grand succès et a donc fourni les fonds nécessaires. L'exposition a finalement coûté environ 2 millions d'euros. Le projet de recherche Ensor partage également les résultats récents sur des œuvres James Ensor".

Les recherches sur les oeuvres d'Ensor

À l'aide d'écrans vidéo, les couches sous-jacentes de 4 tableaux d'Ensor sont révélées. Il s'avère ainsi qu'il a recouvert deux cerises dans une nature morte, tandis qu'un portrait reste encore caché sous la peinture au plomb.

L'authenticité d'une autre œuvre d'Ensor est également remise en question. La chercheuse Annelies Ríos-Casier, du Ensor Research Project, explique : "Il est important de montrer comment Ensor a réalisé ses peintures, comment il les a construites. Quels sont les matériaux et les techniques qu'il a utilisés ? C'est certainement une partie importante de l'exposition".

"Il reste encore beaucoup à explorer. Nous avons examiné un certain nombre de tableaux, mais comme vous pourrez le voir dans cette exposition, ils présentent de nombreux aspects surprenants".

"La tentation de Saint-Antoine" qui provient de l'Art Institute of Chicago.

"Les rêves les plus fous"

Le conservateur Herwig Todts se réjouit tout particulièrement de deux prêts des États-Unis : "Masques raillant la mort" du MoMa de New York et "La tentation de Saint-Antoine" de l'Art Institute of Chicago. En anglais, l'exposition s'intitule "Wildest dreams" (Les rêves les plus fous), mais il s'agit aussi des rêves les plus fous d'un conservateur qui se réalisent. Ce sera une occasion unique de vivre une telle expérience. C'est certain".

L'œuvre fragile prêtée par Chicago, en particulier, ne reviendra peut-être jamais en Belgique. Elle est composée de 50 feuilles de papier que l'artiste a collées ensemble. "Nous ne nous en rendons peut-être pas assez compte, mais Ensor est vraiment un nom international. Les propriétaires de ses œuvres sont de plus en plus exigeants à l'égard de celles-ci", conclut Todts.

L'époque où l'on se disait "nous allons simplement prêter l'œuvre, car cela ne peut que profiter à la renommée de l'artiste" est révolue, et il est donc de plus en plus difficile de réaliser ce type d'exposition.  

L'exposition "Ensor, rêves fantastiques. Au-delà de l'impressionnisme", au KMSKA ouvrait ses portes ce week-end et durera jusqu'au 19 janvier 2025.

"Les Péchés capitaux dominés par la mort", James Ensor.

Le Musée Plantin-Moretus, le FOMU et le Musée de la Mode

De son côté, le Musée Plantin-Moretus s'intéressera aux jeunes années de l'artiste et à ses expérimentations et notamment ses gravures avec l'exposition : .États d'imagination d'Ensor. Le FOMU dédiera ses allées à Cindy Sherman pour transposer dans un contexte contemporain les thèmes abordés par Ensor. La photographe américaine est, elle aussi, réputée pour ses "mascarades", qui invitent à poser un regard critique sur les conventions sociales.

Enfin, œuvres capillaires et maquillage actuel des "peintres de la mode" tireront un parallèle avec la production de l'intrigant artiste belge au Musée de la Mode (MoMu).  

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