Une femme vivant à l'étranger, quatre sans-abri et même une femme décédée : toutes ces personnes ont reçu cette année une aide aux frais d’énergie de la part du CPAS (centre public d'action sociale) d'Anderlecht. C'est ce qui ressort des centaines de dossiers anonymes que la rédaction de Pano a pu consulter. Au total, plus de 5.000 personnes ont reçu une aide sans justification et sans enquête approfondie. "Une tentative d'utiliser les subsides excédentaires après la crise de l'énergie", témoignent 5 employés. Le CPAS lui-même a refusé de s’exprimer sur le sujet.
Nouvelles révélations au CPAS d’Anderlecht : "Même une femme décédée a reçu de l’argent"
Le magazine d’investigation de la VRT Pano a révélé il y a deux semaines (le 19/11) que le CPAS d'Anderlecht accordait des aides financières à des personnes qui n'y ont pas droit, ainsi deux membres de la rédaction ont reçu un revenu d'intégration, alors qu'ils n'habitent pas Anderlecht et n'ont pas de problèmes financiers.
Dans un nouveau reportage de Pano, cinq assistants sociaux du CPAS remettent cette fois en question l'octroi de l'aide aux frais d’énergie, une aide financière accordée aux ménages éprouvant des difficultés pour payer leurs factures de gaz et d'électricité. Le CPAS d’Anderlecht a "systématiquement" distribué cette aide, "sans vérifier si les personnes concernées y avaient bien droit" affirment ces assistants sociaux sous couvent d’anonymat.
Pour étayer leur propos, ils montrent une série de dossiers anonymes. Ceux-ci soulèvent un nombre particulièrement important de questions. Par exemple, le CPAS octroie de l'argent pour les factures d'énergie à quatre hommes sans domicile fixe. "Ce sont des sans-abri", répète le personnel. "Alors pourquoi ont-ils des factures d'énergie ?"
Une femme décédée et une autre vivant au Rwanda
Il en va de même pour une femme décédée au début du mois de décembre de l'année dernière. "Son décès avait pourtant été signalé au CPAS à la fin de l'année dernière et en janvier, son allocation de subsistance supprimée. Pourtant, en mars 2024, il a été décidé qu’elle recevrait une aide à l’énergie".
Une autre femme a reçu de l'argent pour sa facture énergétique en janvier 2024, alors qu’elle avait déménagé au Rwanda en novembre de l'année dernière. “Si ces dossiers avaient été examinés comme il se doit, on s'en serait rendu compte", dénoncent les assistants sociaux.
Des décisions antidatées
Ce ne sont là que quelques-uns des centaines de dossiers présentés par le personnel. Ils montrent qu'entre janvier et avril, le CPAS est intervenu sur les factures d'énergie de 1 621 allocataires. Entre juillet et novembre, il l'a fait pour 3 447 autres personnes. Les montants en jeu étaient faibles, allant de 70 euros pour des isolés à 160 euros pour des familles.
Ce qui est frappant, c'est que le contenu des dossiers est identique. Seuls le nom et le montant changent à chaque fois, de même que le fournisseur d'énergie à qui l'argent doit être versé. Il semble également qu'il n'y ait jamais eu de demande d'aide à l'énergie.
Et il y a une autre chose. Bien que la première série de dossiers ait été introduite au CPAS entre janvier et avril 2024, les décisions ont été antidatées au 7 décembre 2023. À cette date, la commission spéciale des élus locaux, qui statue sur les demandes d'aide, aurait déjà accordé l'aide.
Les décisions des derniers mois ont, quant à elles, toutes été anticipées au 11 juillet 2024. "Alors qu'en principe, il faut toujours commencer par introduire un dossier. La commission ne prend une décision que sur la base de ce dossier", expliquent les assistants sociaux.
Pas d'explication de la part du CPAS
Ces constatations soulèvent des questions. Les journalistes du magazine Pano ont envoyé certains dossiers au CPAS pour demander des explications : sur la base de quels critères l'aide a-t-elle été accordée ? Comment se fait-il que l'on n'ait pas cherché à savoir si ces personnes avaient droit à une aide ? Et pourquoi ces décisions ont-elles été antidatées.
Les journalistes de Pano ont posé ces questions au président du CPAS d’Anderlecht Lotfi Mostefa (PS) et à la cellule énergie du CPAS pendant une semaine, mais n’ont reçu aucune réponse. Le secrétaire général du CPAS n’a pas répondu non plus au téléphone.
Les assistants sociaux auxquels les journalistes se sont adressés donnent leur propre explication. « L'État fédéral s’est fait rouler », a déclaré l'un d'eux sans ambages. "Il s'agit de subsides qu'il faut obtenir à tout prix pour obtenir au moins le même montant l'année suivante. Le CPAS a tout simplement reçu trop de primes à l'énergie."
Le CPAS d'Anderlecht a reçu beaucoup de fonds supplémentaires ces dernières années. De 768 871 euros en 2020, il passe à 2 294 326 euros en 2024. À cela s'ajoutent les subventions énergétiques de la Commission communautaire de Bruxelles (CCB).


