La Conférence de l’Onu sur le climat orchestrée par l’Azerbaïdjan a accouché dimanche à l’aube (heure de Bakou) aux forceps d'un nouvel objectif de financement climatique pour les pays en développement. "Un accord mitigé", notamment sur les volets portant sur l'atténuation du changement climatique, le genre et les droits humains, estime la ministre fédérale du climat Zakia Khattabi (Ecolo, photo). Pour la ministre flamande du Climat Melissa Depraetere, cet accord signifie que "les pays les plus polluants et actuellement en plein boom, comme la Chine et l'Inde, devront prendre leur part." Greenpeace Belgique estime pour sa part que le nouvel objectif de financement est "douloureusement insuffisant".
A Bakou, la COP29 s'est clôturée sur un "accord mitigé", estime la ministre fédérale du Climat
"Dans un contexte géopolitique tendu où les engagements en matière de climat sont mis à rude épreuve, alors que les effets de la crise climatique se font toujours plus dévastateurs, il fallait un accord. L'enjeu central de cette COP29 portait sur l'augmentation du financement climatique pour les pays en développement. Un engagement de 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 a ainsi été pris", déclarait la ministre fédérale Zakia Khattabi, qui a emmené la délégation belge à Bakou.
"Nous voulions plus sur la mitigation. Les négociations ont été particulièrement difficiles, mais l'Union européenne a réussi à sauvegarder le consensus de Dubaï. Il est regrettable de devoir perdre une année supplémentaire, il faudra mettre les bouchées doubles l'an prochain au Brésil où chacun devra arriver avec des contributions déterminées au niveau national (plans d'action nationaux visant à réduire les émissions pour préserver la limite des 1.5°C)", souligne Zakia Khattabi.
La ministre a tenu également à remercier et à saluer l'engagement de la délégation belge. "J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir compter sur une telle équipe ces dernières années. Leur efficacité et leur expertise ont été déterminantes dans ces négociations complexes", concluait Zakia Khattabi.
Depraetere: la plupart des pays pollueurs doivent contribuer
Les pays développés se sont engagés à lever 300 milliards de dollars d'ici 2035 pour aider les pays en développement à s'adapter aux impacts du changement climatique et à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. S'il s'agit d'une infime partie des 1.300 milliards d'euros demandés par les pays en développement, la ministre flamande du Climat Melissa Depraetere (photo archives) estime que cela signifie que les pays les plus polluants et en plein boom devront prendre leur part.
"Et ce n'est que justice. En faisant contribuer davantage de pays maintenant, nous veillons à ce que chacun fasse sa part. Nous répartissons les efforts plus équitablement." La Flandre continuera aussi à apporter sa contribution, assure Depraetere, tout comme l'industrie. "Je suis fière du rôle pionnier de nos entreprises belges. L'année dernière, nous avons mobilisé un montant record de capitaux privés pour le financement climatique. Il appartient désormais à d'autres entreprises étrangères de suivre ce bon exemple."
"Douloureusement insuffisant" pour Greenpeace Belgique
"C'est à peine plus que le montant acquis en 2009 indexé. C'est beaucoup trop peu, beaucoup trop tard", fustigeait Nadia Cornejo, représentante de Greenpeace Belgique à la COP. "Les pays riches sont arrivés à la COP sans intention de mettre la main au portefeuille et ont imposé leur volonté aux pays en développement", déplorait-elle. "Cet objectif n'est assorti d'aucune garantie sur le type de financement, ce qui ouvre la porte aux prêts et aux financements privés, alors que c'est de financements publics dont nous avons absolument besoin".
"En outre, ce nouvel accord de financement n'instaure rien pour faire payer l'industrie des énergies fossiles, qui est pourtant responsable de cette crise, et continue à faire des profits colossaux", soulignait la militante. L'ONG pointait dans une réaction après l'accord que "le sommet a également entériné les mécanismes de marchés du carbone, offrant une inacceptable échappatoire aux pollueurs".
Greenpeace retient quand même une note positive du sommet à Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan dont l'économie repose en grande partie sur l'exploitation du pétrole et du gaz: "Malgré la présence massive de lobbyistes de l'industrie des énergies fossiles lors du sommet, et des négociations qui laissaient présager le pire, l'abandon des énergies fossiles, validée l'an dernier à Dubaï, n'a pas été remise en cause". L'ONG note cependant que ce qui fait l'objet d'un accord sur les marchés du carbone n'est rien d'autre qu'"une bouée de sauvetage offerte à l'industrie des énergies fossiles". "Les pollueurs devraient être contraints à diminuer leurs émissions et à payer pour les dommages qu'ils ont causés, au lieu de cela ils obtiennent un passe-droit pour continuer à émettre des gaz à effets de serre", critique Cornejo.
Selon la branche belge de l'ONG environnementale, notre pays doit présenter d'urgence un nouveau plan climat alors qu'il "n'a pas brillé" à la conférence à Bakou. L'organisation pointe que les régions flamande et wallonne " n'ont rien fait" pour que la Belgique soutienne une position européenne ambitieuse en matière de financement climat. Surtout, Greenpeace met à l'index le gouvernement wallon qui a par ailleurs "annoncé cyniquement pendant cette COP une réduction de près de 75% de son budget alloué à la biodiversité".
"Les Régions flamande et wallonne prennent des directions totalement irresponsables en matière d'environnement et de climat", conclut Nadia Cornejo. Elle enjoint aux gouvernements des divers échelons de "prendre leurs responsabilités, de cesser les cadeaux fiscaux aux industries les plus polluantes de notre pays et de prendre des mesures climatiques à même d'assurer à chaque citoyen belge un avenir".

