Deux médecins flamands, Johan Goiris et Tessa De Weerdt se disent choqués par les propos du pape François qui a qualifié les médecins qui pratiquent des avortements de "tueurs à gages". Toutefois cela ne va pas les décourager. "Nous connaissons les opinions du pape, mais ces propos extrémistes ne devraient pas être imposés aux personnes qui subissent des grossesses non désirées", a déclaré Tessa De Weerdt. "Notre travail est nécessaire et je continuerai à le faire la tête haute".
Qualifiés de "tueurs à gage" par le pape François des médecins flamands qui pratiquent des avortements réagissent
"L'avortement est un meurtre. Un être humain est tué." C'est ce qu'a déclaré le pape François dimanche dans l'avion, alors qu'il retournait à Rome après sa visite en Belgique. "Les médecins qui le pratiquent sont – permettez-moi d'utiliser ce mot – des tueurs à gages." Selon le pape, "il n'y a pas de discussion possible à ce sujet."
L'avortement ou interruption volontaire de grossesse (IVG) est pourtant légal dans notre pays jusqu'à 12 semaines de grossesse. Après cela, il ne peut être pratiqué que si la grossesse représente un danger pour la santé de la mère ou si l'enfant à naître souffre d'une maladie incurable.
"Je n'ai pas été surpris par la position du pape," déclare Johan Goiris, gynécologue. Il travaille depuis 20 ans en tant que médecin pratiquant l'avortement dans les centres LUNA d'Anvers et de Hasselt, et a fait partie de la commission d'experts sur l'avortement. "Une déclaration de ce genre était attendue de la part d'un vieux catholique. Ce qui m'a surpris, c'est le langage qu'il a utilisé. Cela ne nous fait vraiment pas avancer."
"Cela m'a mise très en colère"
Tessa De Weerdt, médecin pratiquant l'avortement depuis 3 ans dans le centre LUNA de Gand et à la VUB-Dilemma, réagit également avec étonnement aux propos du pape. "J'ai lu ses déclarations pour la première fois dans un groupe WhatsApp avec d'autres médecins pratiquant l'avortement," raconte-t-elle. "Cela m'a mise très en colère."
"Je comprends que certaines personnes aient du mal à accepter l'avortement," explique-t-elle. "Il y aura toujours des opposants, et il faudra apprendre à vivre avec. Nous connaissons depuis longtemps l'opinion du pape, mais ce genre de langage extrémiste ne doit pas être imposé aux personnes qui subissent une grossesse non-désirée."
Quelles seront les conséquences de cette déclaration ?
Les médecins espèrent que les gens accorderont peu d'importance aux propos du pape. "Il est évidemment important de comprendre que ces paroles ne viennent pas de tous les croyants. Il y a, par exemple, des avortements qui se pratiquent également dans des hôpitaux catholiques de notre pays," précise encore Tessa De Weerdt.
"Des déclarations comme celles-ci ne font qu'approfondir le fossé entre les partisans et les opposants de l'avortement," ajoute Johan Goiris. "En politique, ces mots pourraient également être utilisés pour empêcher de nouvelles assouplissements de la législation sur l'avortement."
Quant à leurs patientes, les deux médecins ne s'attendent pas à ce que les paroles du pape aient un impact visible. "Tout le monde vient nous voir," ajoute Johan Goiris. "Des personnes de moins de 20 ans jusqu'à celles qui ont plus de 50 ans, de toutes nationalités et croyances. Cela ne joue aucun rôle dans la décision d’avorter."
"Nous pratiquons un métier nécessaire"
"Nous ne sommes absolument pas des tueurs à gages, bien sûr, mais des aidants", précise Johan Goiris. "Nous ne faisons rien pour le compte de quelqu'un d'autre, mais nous offrons une réponse aux demandes de nos patients. Ce que nous faisons est nécessaire".
De son côté, Tessa De Weerdt explique, elle aussi, que les médecins pratiquant l'avortement sont indispensables. "Tant qu'il n'y aura pas de contraception dont l'efficacité est garantie à tout moment et pour toutes les patientes, l'avortement restera un élément essentiel des soins de santé", dit-elle.
"En outre, il est extrêmement important que les personnes qui choisissent d'avorter puissent le faire dans de bonnes conditions, dans un environnement sûr", ajoute Tessa De Weerdt. "De cette manière, nous pouvons également prévenir la mortalité maternelle. Ce n'est certainement pas le cas dans tous les pays".
Les médecins se sentent-ils en danger maintenant qu'ils ont été qualifiés de tueurs par le pape François ? "Non", répond Johan Goiris. "Si je faisais ce travail dans un autre pays, je pourrais me sentir en danger, mais ici, en Belgique, ce n'est certainement pas le cas". Tessa De Weerdt ne se sent pas non plus menacée par les propos du pape. "Notre travail est nécessaire et je continuerai à travailler la tête haute".
LUNA, est l’association regroupant les centres néerlandophones de planning familial pratiquant l'avortement. Toute personne ayant une grossesse non désirée ou non planifiée, envisageant un avortement peut s'y rendre pour bénéficier d'un accompagnement psychologique et médical. Les différents centres sont joignables par téléphone et l'on peut également dialoguer avec eux via leur site internet.

