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Suppression du vote obligatoire en Flandre : les communes font peu pour inciter les électeurs à participer au scrutin local

Une enquête menée par l’Université de Gand (UGent) révèle que peu d’administrations communales multiplient les initiatives pour inciter leurs citoyens à aller voter dimanche 13 octobre, alors que la participation électorale obligatoire a été abolie en Flandre pour les scrutins locaux. Selon l’UGent, les autorités communales auraient tendance à craindre que des mesures incitant à participer au scrutin mettent leur neutralité en danger. "Quelle est la différence entre un appel neutre à aller voter et une campagne politique ? C’est un équilibre difficile à trouver pour les administrations communales", explique Bram Wauters, professeur en Sciences politiques.

Anne François Cisse Michiels
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Les élections communales et provinciales du 13 octobre prochain seront historiques puisque pour la première fois depuis l'introduction du suffrage universel plural en 1892, le vote ne sera plus obligatoire en Flandre. De nombreux électeurs resteront vraisemblablement chez eux ce jour-là, plutôt que de répondre à l’invitation à aller voter que les communes devront leur avoir envoyée au plus tard le samedi 28 septembre.

Les experts craignent un affaiblissement de la démocratie locale à la suite de l’adoption du décret du 16 juillet 2021 supprimant l’obligation de vote. Une enquête a en effet révélé que ce seraient avant tout les jeunes, les personnes peu scolarisées et les citoyens aux revenus moins élevés qui ne se rendront plus aux urnes. Les experts plaident donc en faveur de ‘mesures facilitant la participation’ pour motiver les électeurs à prendre part aux scrutins communal et provincial.

Peu de grandes initiatives

Les administrations communales font cependant preuve de peu d’enthousiasme pour mettre en place pareilles mesures, si l’on en croit l’enquête menée par l’Université de Gand auprès des communes flamandes. "Elles veulent dépenser peu d’argent pour ces initiatives et prennent peu de mesures qui demandent beaucoup d’efforts", constate le professeur en Sciences politiques Bram Wauters.

La moitié des communes seulement ont, par exemple, placé des affiches ou des panneaux publicitaires neutres rappelant que le scrutin du 13 octobre approche, ou proposent aux personnes âgées et à mobilité réduite un transport gratuit jusqu’aux bureaux de vote.

"Dans de nombreuses communes, des initiatives sont prises, mais il s’agit souvent d’initiatives qui existaient déjà auparavant pour faciliter la participation au vote", explique le professeur Wauters. Il s’agit, notamment, de l’installation de panneaux indiquant le chemin à suivre vers les bureaux de vote ou d’informations sur les élections placées sur le site internet des communes. Des mesures de plus grande envergure s’avèrent rares. Environ 70% des administrations communales consacrent un budget inférieur à 2.000 euros pour attirer l’attention sur les élections communales et provinciales.

Un équilibre difficile à trouver

"J’ai avant tout l’impression que personne ne se sent obligé de prendre cette tâche en charge. Les autorités, la société civile et les politiciens se renvoient un peu la balle", constate Bram Wauters.

Si l’appel à aller voter provient de la commune, cela donne souvent l’impression que ce sont le bourgmestre ou les partis au pouvoir qui lancent cet appel

Jan de Keyser (CD&V), bourgmestre d’Oostkamp

"Beaucoup de collègues déclarent qu’ils ne savent pas comment inciter leurs citoyens à aller voter", indiquait Jan De Keyser, bourgmestre d’Oostkamp (Flandre occidentale) à VRT NWS. "Quelle est la limite entre un appel neutre et une campagne politique ? C’est un équilibre difficile à trouver pour une administration communale. Si l’appel à aller voter provient de la commune, cela donne souvent l’impression que ce sont le bourgmestre ou les partis au pouvoir qui lancent cet appel".

Jan De Keyser prendra néanmoins l’initiative d’un tel appel aux citoyens de sa commune. "Nous allons envoyer ces prochaines semaines une lettre qui est signée par les têtes de listes de tous les partis. Tant les partis qui forment actuellement la majorité que les partis d’opposition qui ne siègent pas au conseil communal".

Le bourgmestre estime qu’un rappel personnel devrait porter ses fruits. "La plupart des habitants ouvrent une lettre qui provient de leur administration communale. Dans cette missive, nous expliquerons que les règles électorales ont changé. Nous appellerons les électeurs à faire usage de leur droit de vote, en leur rappelant qu’une voix pour une administration locale a beaucoup plus d’impact". Oostkamp ouvrira aussi deux bureaux de vote supplémentaires dans des maisons de repos et de soins. La commune espère ainsi faciliter la participation au scrutin.

Société civile et politiciens

De nombreuses communes semblent attendre que le gouvernement flamand ou les organisations de la société civile prennent l’initiative d’encourager les citoyens à participer au scrutin local malgré la suppression du vote obligatoire. "Elles estiment que ce n’est pas la responsabilité de l’administration locale, alors que moi j’estime qu’elles sont justement bien placées pour le faire parce qu’elles connaissent bien le contexte local de leur entité", souligne Bram Wauters.

Le gouvernement flamand a lancé le 10 septembre une grande campagne via la télévision, les réseaux sociaux et les panneaux d’affichage dans les communes pour inciter les électeurs à se déplacer vers l’isoloir dimanche 13 octobre. Cette campagne sera encore intensifiée jusqu’aux élections.

Le gouvernement flamand soutient également des initiatives telles que 'De Stemmerstest' . Il ne s’agit pas d’un test classique à l’attention des électeurs qui veulent décider pour qui voter, mais plutôt d’une version en ligne qui permet aux citoyens de savoir quel type d’électeur ils sont. Sur base de ce test, ils reçoivent des informations sur les scrutins. Les communes ont la possibilité de proposer ce test sur leur propre site internet. Plus de 15.000 Flamands l’ont déjà effectué.

Une initiative de la commune de Zoersel

La société civile considère aussi qu’il est de son devoir de motiver les citoyens à aller voter en Flandre. Avec le slogan 'Ieders Stem Telt' (‘La voix de chacun compte’ en français), les organisations SAAMO, Welzijnszorg, Sam vzw, Uit de marge et Beweging.net unissent leurs forces et organisent des activités dans toute la Flandre.

"Si le gouvernement choisit de ne plus obliger tous les citoyens en âge de voter à se rendre aux urnes, nous devons reprendre cet engagement. Nombre de nos groupes-cibles de citoyens ne sont déjà souvent pas entendus", estime Jessica Rombaut de SAAMO, une organisation qui se bat contre l’exclusion sociale.

'Ieders Stem Telt': La voix de chacun compte, rappellent plusieurs organisations de la société civile

Mais les personnalités politiques ne doivent-elles pas aussi contribuer à encourager les citoyens à aller voter ? C’est ce qu’estimait Bart Somers (photo), ministre flamand des Affaires intérieures en juillet 2021, au moment de l’adoption du décret supprimant l’obligation de vote en Flandre. "Chaque parti devra défendre la démocratie en elle-même et expliquer pourquoi le vote est important. Les électeurs n'iront pas voter parce qu'ils y sont obligés, mais parce qu'ils en ont envie", argumentait Somers à l’époque.

Le professeur Bram Wauters de l’UGent doute cependant que les personnalités politiques soient les mieux placées pour encourager les électeurs à aller voter. "Les citoyens qui hésitent à se rendre aux urnes se méfient des politiques et ne se laisseront donc justement pas facilement convaincre par ces derniers de participer au scrutin malgré la suppression du vote obligatoire."

Bart Somers, ancien ministre flamand des Affaires intérieures et bourgmestre de Malines

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