Les ministres européens des Affaires économiques et financières se retrouvent ce vendredi à Gand (Flandre orientale) pour un Conseil "Ecofin" informel. Parmi les débats placés à l'agenda par la présidence belge du Conseil de l'Union européenne: "la participation des petits investisseurs aux marchés financiers", ou l'approfondissement de l'union des marchés des capitaux. Le sommet débutait jeudi soir par une cérémonie à l’hôtel de ville de Gand et une visite au retable de l’Agneau Mystique (1432) des frères Hubert et Jan van Eyck conservé depuis 1986 dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand.
Un sommet européen à Gand à la recherche de moyens d'activer l'épargne
"Cet après-midi, avec les gouverneurs des banques centrales, nous allons discuter des façons de mobiliser, d’activer l'épargne des ménages. Je pense que la littératie financière est un élément très important à cet égard", indiquait ce vendredi le ministre belge des Finances Vincent Van Peteghem à son arrivée au stade de La Gantoise, le lieu choisi pour cette réunion informelle de quelque 300 personnes. "Nous allons discuter des moyens de l'accroître, car cette épargne des ménages est importante pour financer nos réponses aux défis actuels."
Son homologue français Bruno Le Maire a déjà avancé une idée, proposant à son arrivée de lancer dès cette année "un produit d'épargne européen" avec les États de l'UE qui sont volontaires, et qui s'accorderaient sur les caractéristiques du produit et son rendement. De quoi avancer vers un embryon de réelle union des marchés des capitaux, et profiter d'effets d'échelle qui échappent pour le moment à une Union morcelée. Le Français évalue à quelque 35.000 milliards d'euros l'épargne des Européens, dont "plus de 10.000 milliards dorment sur des comptes bancaires".
Le ministre allemand Christian Lindner ne partage pas l'enthousiasme de Bruno Le Maire pour un projet qui se limiterait dans un premier temps à une poignée d'États volontaires: "Je plaide pour une union non pas à plusieurs vitesses, mais à pleine vitesse, c'est-à-dire qui avance rapidement avec les 27". Avancer sur l'union des marchés de capitaux est "un 'must'", a résumé par la suite le commissaire européen à l'Économie Paolo Gentiloni, évoquant les besoins d'investissements "immenses" de l'Europe pour la transition verte et numérique, ainsi que pour le réarmement de l'Europe face à la Russie.
Des centaines de milliards d’euros nécessaires
"On ne pourra franchir cette montagne d'investissements qu'en mobilisant des capitaux privés" et "les marchés nationaux ne seront pas suffisants s'ils restent fragmentés", a déclaré Paolo Gentiloni.
La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde (photo) appuie: "A partir de 2031, l'Europe aura besoin chaque année de 800 milliards d'euros pour parvenir à l'objectif de baisse de 90% des émissions de gaz à effet de serre pour 2040. En outre, 75 milliards par an seront nécessaires si tous les États de l'UE respectent l'engagement Otan de 2% du PIB allant à la Défense. Parallèlement, 250 milliards d'euros, environ 1,8% du PIB européen, de flux financiers quittent l'Europe pour le reste du monde, principalement les États-Unis".
Pourquoi à Gand ?
Les ministres des Finances se retrouvent pour la première fois depuis l'accord entre représentants des 27 pays membres de l’UE et du Parlement européen sur de nouvelles règles budgétaires pour l'UE, un accord "historique" selon le ministre belge des Finances Vincent Van Peteghem et qui sera certainement évoqué. "'L'accord doit avoir un nom... on l'appellera les 'Ghent guidelines'", a proposé le Belge, qui préside le sommet informel dans le cadre de la présidence de notre pays du Conseil de l’UE.
C’est d’ailleurs parce que Vincent Van Peteghem est originaire de De Pinte, une commune proche de Gand, que le sommet des Affaires économiques et financières est organisé dans cette ville, dont le ministre est actuellement bourgmestre titulaire. D’autres villes flamandes et wallonnes accueillent d’ailleurs des sommets de ce type pendant la présidence belge.
A la suite de la réception de bienvenue aux ministres européens, jeudi soir à l’hôtel de ville de Gand, une visite du polyptyque de L’Adoration de l’Agneau Mystique peint en 1432 par les frères Hubert et Jan van Eyck était d’ailleurs proposée aux excellences européennes. "Nous sommes habitués aux visites de chefs d’Etat, d’ambassadeurs et de rois, mais il est exceptionnel que 300 VIPs soient rassemblés dans la cathédrale pour admirer l’Agneau Mystique", confiait à VRT NWS le recteur de Saint-Bavon, Ludo Collin.

