Le gouvernement flamand et les organisations d'agriculteurs Boerenbond, Algemeen Boerensyndicaat (ABS) et Groene Kring sont parvenus jeudi soir à un accord (photo) sur un paquet de mesures qui devraient répondre aux inquiétudes des agriculteurs, après un marathon de négociations ces derniers jours et plusieurs semaines de manifestations et blocages organisés par le secteur. Vers 23h20, le ministre-président Jan Jambon annonçait sur le réseau social X qu’un accord est atteint, après cette troisième concertation entre agriculteurs et gouvernement flamand. Il aura été précédé par un long désaccord, tant au sein des partis de la majorité qu’entre gouvernement et agriculteurs, sur le rachat de terres agricoles proches de réserves naturelles. Ce dernier sera finalement temporairement suspendu.
Après un marathon de négociations, le gouvernement flamand annonce un accord avec les agriculteurs
"Le gouvernement flamand et les organisations agricoles se sont mis d'accord sur un paquet de mesures qui répond aux préoccupations légitimes des agriculteurs flamands", a annoncé jeudi soir sur X (ex Twitter) Jan Jambon, qui parle d'un accord "ambitieux et tourné vers l'avenir, dans le respect de la nature". A cette occasion, le ministre-président (photo) a instamment demandé l'arrêt des "actions qui perturbent notre économie". Quelques barrages et blocages par des tracteurs subsistaient en effet encore en soirée, notamment au port de Gand (Flandre orientale).
L'un des principaux points d'achoppement concernait la protection des terres agricoles. Il a été convenu que le gouvernement n'en achèterait plus jusqu'au 1er octobre. Quelques exceptions subsisteront, comme pour les zones inondables, mais aussi pour les terrains situés dans des zones protégées. Un groupe de travail se penchera également sur l'utilisation des terres en Flandre, avec un premier rapport prévu pour le 1er juillet.
Des accords ont également été conclus sur le nouveau plan d'action sur le fumier et le dossier de l'azote. Une consultation stratégique sera encore organisée pour le secteur, tandis que le gouvernement a aussi promis une réduction de la charge administrative.
Le président du Boerenbond, Lode Ceyssens (photo), s'est dit prêt à défendre l'accord auprès de ses membres, prévenant toutefois que l'organisation allait "surveiller de près" l'accord: "Ce qui s'est déréglé au cours des quatre années de conflit ne peut être corrigé en quelques jours".
"Pour certains, ce sera suffisant. Pour d'autres, pas", a commenté le président de l'ABS, Hendrik Vandamme. Selon lui, il est important que l'accord montre "plus de respect pour l'agriculture et l'horticulture". Entre autres, la pause temporaire dans l'achat de terres agricoles est une question importante pour l'ABS. "Il s'agit maintenant de réaliser rapidement ce qui est sur le papier".
L'accord ne fait pas l'unanimité
Les associations de protection de l'environnement Natuurpunt et Bond Beter Leefmilieu sont quant à elles toujours aussi inquiètes. Elles pointent des éléments maintenus dans le texte, qui selon elles sont problématiques pour la nature et pour la santé des citoyens. Notamment l'abandon du principe de "zéro fertilisation" dans les zones naturelles du "Vlaams Ecologisch Netwerk" (réseau écologique flamand), et les dispositions autour des bassins et du captage d'eau.
Natuurpunt dénonçait ce vendredi matin sur Radio 1 (VRT), un "hold up" du gouvernement régional et le "triomphe de la loi de la rue". "Le gouvernement a récompensé la loi de la rue parce que l'agriculture, avec ses tracteurs, peut paralyser l'économie", résumait Jos Ramaekers, responsable de Natuurpunt.
Jeremie Vaneeckhout (photo), le coprésident de Groen, dénonce quant à lui "une politique flamande 'old school' qui sacrifie la nature et trompe les agriculteurs en ne s'attaquant pas à leurs vrais problèmes". Selon le responsable des écologistes flamands, le gouvernement régional ne fait que poursuivre sur la voie qui a conduit à la crise de l'agriculture et de la nature. "Personne n'y gagne. Peu importe ce que disent les ministres ou les groupes d'intérêt", assène-t-il.
Dans un communiqué, les Verts du nord du pays évoquent carrément un accord "catastrophique pour les agriculteurs et la nature". "Le gouvernement flamand aurait pu profiter des préoccupations légitimes des agriculteurs pour travailler enfin sur un fonds de transition qui permettrait de passer à une agriculture durable bénéfique également pour la nature et le climat. Mais à la place, la nature et l'environnement sont mis de côté et les agriculteurs sont enfoncés dans une misère encore plus profonde", renchérissait la cheffe de groupe au parlement flamand, Mieke Schauvliege.
La députée Els Ampe, qui a quitté l'Open VLD avant de lancer le mouvement Voor U, déplore elle aussi un accord "ne prévoyant aucune modification du décret azote". Ce dernier ne figurait en effet pas sur la table des négociations entre le gouvernement Jambon et les agriculteurs. "L'épée de Damoclès reste suspendue au-dessus de la tête de milliers d'agriculteurs. L'incertitude demeure quant à leur capacité à poursuivre leur activité agricole après 2025", regrettait-elle en appelant à un plan de relance du secteur "avec une vision à long terme".

