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Pour Ivan De Vadder, la campagne électorale 2024 aura un "goût douteux"

Une confrontation houleuse, dimanche durant l'émission "De zevende dag" (VRT), à propos d'une campagne sur les réseaux sociaux en réponse au débat sur l'avortement, le coup de théâtre de Charles Michel qui ne sera finalement pas tête de liste du MR pour les élections européennes, et le Vlaams Belang qui se présente comme le "libérateur" de la Flandre: tels sont les sujets que le journaliste politique Ivan De Vadder (VRT) a retenus de la semaine écoulée.

Eric Steffens Ivan De Vadder
Publié:

1. Charles Michel, "choqué" face aux critiques, restera président du Conseil européen

Charles Michel a provoqué un coup de théâtre vendredi, en renonçant finalement à se présenter comme tête de liste du MR aux prochaines élections européennes. Il restera président du Conseil européen jusqu’à la fin de son mandat.

Dans un communiqué publié vendredi, il déclare qu'il avait "sous-estimé l'ampleur et le caractère radical de certaines réactions négatives à la perspective de sa participation à la campagne européenne".

Cela met également fin au jeu de chaises musicales pour les "top jobs", mais cela pourrait également signifier la fin des tentatives de Charles Michel d'occuper un poste international de haut niveau. "Charles Michel est las des critiques, et Bruxelles est las de Charles Michel", titre le site néerlandais "Volkskrant" ce week-end.

En d'autres termes, Charles Michel n'inspire plus confiance. Et ce n'est pas un journaliste qui le dit, pour une fois, mais Peter Wauters, le président de Beweging.net, un ensemble d'organisations sociales du monde chrétien flamand, lors de sa réception de Nouvel An.

Pour lui, il est honteux que les politiciens se moquent de la perte de confiance des citoyens envers la politique. "Que ce soit la démission de l'homme du "pipigate" (Vincent Van Quickenborne), celle opportuniste du ministre Somers pour redevenir bourgmestre de Malines, et enfin candidature au siège d’eurodéputé du président du Conseil européen, Charles Michel".

Peter Wauters avait à peine fait cette déclaration que 50 sachets de cocaïne étaient découverts au cabinet de la ministre socialiste francophone Caroline Désir, et que Charles Michel annonçait qu'il renonçait à son projet d’être tête de liste européenne du MR. "Il est plus facile d'entamer la confiance de quelqu'un que de la gagner", ajoute Ivan De Vadder.

2. La question de l'avortement provoque des tensions au sein de la coalition Vivaldi

Pendant ce temps, les présidents des partis flamands qui font partie de la coalition au gouvernement fédéral se disputent sur la question de l'avortement. Celle-ci a été relancée la semaine dernière par la députée flamande Freya Van den Bossche qui, en annonçant qu'elle emmènerait la liste Vooruit à la Chambre en Flandre orientale, a indiqué qu'elle souhaitait se profiler sur les questions éthiques.

Et c'est ce qui s'est passé : Freya Van den Bossche a demandé à la majorité fédérale d'approuver le projet de loi visant à faire passer de 12 à 18 semaines le délai à partir duquel l'avortement est possible, en Belgique. Au grand dam du CD&V, qui n'était pas d'accord. Lors de l'émission "De zevende dag", le président du CD&V Sammy Mahdi a déclaré sans ambages : "Il n'est pas très cool de se profiler sur ce sujet juste avant la campagne électorale".

Le débat dans "De zevende dag" aurait été vif, à la limite de la colère. Tant l'Open VLD que Vooruit souhaitent en effet qu'une décision soit prise avant la fin de cette législature et estiment que le CD&V bloque une décision de son propre chef et prend la majorité en otage.

Dans une campagne sur les réseaux sociaux Vooruit qualifie le président du CD&V Sammy Mahdi de conservateur "qui veut revenir au Moyen-Âge, en réduisant ou en abolissant les droits des femmes". Sammy Mahdi qualifie cette campagne de "totalement déplaisante, manquant de respect". Selon lui, Vooruit copie le Vlaams Belang et cela conduira à "une campagne de mauvais goût d'ici juin, dont je peux déjà prédire qui gagnera : ce ne sera pas Vooruit, ni le CD&V, mais bien les extrêmes".

Selon Ivan De Vadder, cette campagne de Vooruit ressemble à la tristement célèbre campagne de l’agence Saatchi & Saatchi du VLD en 1995, dans laquelle les libéraux flamands utilisaient des images dures pour cibler les politiques de Dehaene et Tobback : "4 délits sur 5 restent impunis" (voir ci-dessous).

Vooruit se voit renvoyer l'ascenseur sur Facebook. Mahdi parle "de l'hypocrisie de certains partis qui accusent les autres d'être contre les droits des femmes, mais qui estiment que les femmes au foyer n'ont pas le droit de simplement s'occuper de leurs enfants à la maison.

"Qui pensent que les mères devraient obligatoirement envoyer leurs enfants dans des crèches. Ou qui ont un ancien président qui fait des remarques sexistes auprès de policiers". Le ton de la campagne est clairement donné, "d’un goût douteux" en d'autres termes, même si la question de l'avortement mériterait vraiment un débat plus serein.

3. "Progressistes décomplexés" et "extrême-droite sans complexe"

Pour l'instant, Vooruit ne se distancie pas de la campagne, bien que toutes sortes de parodies de la campagne circulent sur les réseaux sociaux et ne sont pas toujours flatteuses pour les socialistes flamands.

Vooruit est également critiqué par les écologistes flamands de Groen qui organisaient leur réception du Nouvel An ce week-end : "Alors que tous les autres partis glissent de plus en plus vers la droite, nous maintenons notre cap à gauche. Les Verts sont les seuls progressistes décomplexés. Et nous en sommes très fiers".

Bien qu'ils soient "décomplexés", les Verts ont d'abord dû corriger leur position sur l'avortement. Car si la ministre Tinne Van der Straeten (Groen) ne voyait pas de raison de voter prochainement sur l'avortement, les deux coprésidents souhaitent désormais que des "mesures soient prises" sur ce dossier avant les élections. La seule question est de savoir si un consensus entre le CD&V d'une part, et les autres partis Vivaldi, d'autre part, est possible sur ce dossier de l'avortement.

Un sondage réalisé auprès des jeunes électeurs à la demande de TV Limburg et du cours de journalisme de la Hogeschool PXL montre que le Vlaams Belang peut séduire un jeune sur quatre âgé de 18 à 22 ans.

Dans cette tranche d'âge, les Verts flamands sont le deuxième parti avec plus de 17 %, devant la N-VA (15,8 %) et le PVDA (13,2 %). Plus frappant encore : le CD&V (10,0 %), le Vooruit (9,8 %) et l'Open VLD (7,6 %) trouvent moins de liens avec les jeunes de 18 à 22 ans.

Cette enquête montre également que 57 % d'entre eux trouvent la politique intéressante, voire très intéressante, ce qui est encourageant. Mais 71 % de ces jeunes ont peu (62 %) ou pas du tout (9 %) confiance dans la politique. En cela, les jeunes ne sont donc pas différents des électeurs plus âgés.

Sur Instagram, le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, s’est évidemment réjoui de ce résultat, ajoutant : "Tenez bon. Nous arrivons. Vous pouvez compter sur nous." Comme si Tom Van Grieken était devenu le messie de la Flandre et que son parti allait libérer la Flandre. Qui dira encore, après ça, que ce Vlaams Belang décomplexé n'est pas sûr de sa victoire ? 

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