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La Salle Elisabeth dans son état actuel (à g.) et son projet de rénovation

La salle de concert Elisabeth dans les Marolles, classée mais désaffectée, devrait retrouver son éclat d'antan

Installée depuis 1911 entre la Rue Haute et la Rue Blaes au cœur du quartier populaire des Marolles à Bruxelles, l’ancienne salle de cinéma et de concert Elisabeth (photo, à g.) n’a plus été utilisée depuis 60 ans pour des spectacles. Son aménagement unique lui a cependant valu d’être classée par le gouvernement de Bruxelles Capitale. Après avoir hébergé pendant 50 ans un grand magasin de meubles, le complexe est désaffecté depuis plus de 7 ans. Ses propriétaires actuels ont cependant décidé de tout restaurer pour rendre au complexe son éclat d’antan, mais aussi de moderniser la salle de spectacle pour qu’elle puisse à nouveau accueillir des concerts, et d’installer sur le toit du bâtiment une petite ferme urbaine.

BRUZZ Anne François
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Peu de Bruxellois savent encore que derrière les façades des numéros 81 à 85 de la Rue Haute et des numéros 34-38 de la Rue Blaes, au beau milieu des Marolles, se cache une authentique salle de fête et de spectacle qui a plus de 100 ans. Dans la cour intérieure de ce pâté de maisons, où trônait encore une distillerie au 19e siècle, la salle Elisabeth vit le jour en 1911 d’après les plans de l’architecte Jean van Hall. La salle de spectacle "pour cinéma et concert" possède un plafond très haut au riche décor mouluré en staff/stuc d’inspiration Louis XV.

Le café-brasserie Elisabeth ouvrait ses portes en 1912 sous la gestion des frères et sœurs Debremaeker. Dans les années 1920 et 1930, l’endroit était surtout connu comme salle de danse. L’établissement affichait alors le nom de Dancing Rodéo (photo), bien que la salle soit toujours dénommée officiellement Salle Elisabeth dans les Almanachs, jusqu’en 1969.

Dans les années 1960, tant la salle que le café-brasserie tombèrent en désuétude. Les bâtiments et la salle étaient ensuite réaffectés en établissement commercial dans les années 1970. Raymond Halconruy y installa son célèbre magasin de meubles Meublia, qui occupa les lieux pendant près de 50 ans. Pour disposer de suffisamment de place, il construisit un faux plafond dans la grande salle de spectacle. La partie inférieure servait d’espace d’exposition des meubles, la partie supérieure d’espace d’entreposage.

"Cela arrivait souvent à cette époque-là", indiquait Michel Deschuytere, président de l’association des commerçants Bruegel Marolles, dont l’atelier de menuiserie est situé tout près de la Salle Elisabeth, dans la Rue Haute. "La valeur patrimoniale d’un bâtiment devait parfois être sacrifiée au profit de mètres carrés d’espace commercial".

Dans les années 1920-1930, la salle portait le nom Dancing Rodéo

Des géants des Marolles y dorment encore

Il y a sept ans, le magasin Meublia faisait faillite. Depuis lors, l’énorme espace commercial à la Rue Haute est vide et pratiquement abandonné. Quelques commerçants du quartier en utilisent encore une partie comme espace de stockage, et dans un coin sommeillent une dizaine de "géants des Marolles", ces grands personnages de cinq mètres de haut qui font une sortie publique notamment pendant la fête du quartier Bruegel.

C’est Raymond Halconruy, le propriétaire de Meublia, qui les avait façonnées de ses propres mains dans son atelier à l’arrière du magasin. Après la faillite, les géants auraient dû quitter les lieux, mais pour une partie d’entre eux on n’a pas encore trouvé de nouvel abris.

A gauche: l'ancien magasin Meublia en 2023 (Google Maps). A droite: la Rue Haute 81-85 comme elle devrait être après rénovation (plan du bureau d'architectes cm architectes - Boco Studio)

Reprise dans l’Inventaire des salles de cinémas en Région de Bruxelles-Capitale par La Rétine de Plateau (1993), la Salle Elisabeth est un exemple subsistant dans les Marolles, avec le cinéma Rialto, de ces lieux de spectacle du début du 20ième siècle qui avaient alors fleuri dans les quartiers populaires.

Outre son plafond au riche décor mouluré en staff/stuc de style Louis XV, la salle de spectacle possède une charpente métallique de qualité et encore en relatif bon état de conservation. L’association de ces deux ouvrages (structure métallique et plafond en staff/stuc qui y est suspendu) se distingue comme un ensemble remarquable.

La salle conserve d’autres éléments structurels et dispositifs anciens, comme la trace de la grande verrière au centre du plafond, des colonnes métalliques d’origine servant de support aux anciens balcons. Au premier étage, le hall d’entrée de la salle présente encore sa fenêtre d’origine donnant vers l’extérieur, ainsi qu’une fausse fenêtre décorée afin d’obtenir un effet de symétrie.

Salle de concerts et ferme urbaine

Entretemps, la société Elisabeth - qui regroupe les familles belges De Spoelberch (AB InBev) et d’Otreppe, propriétaires du complexe - a forgé de nouveaux plans : rénover entièrement les maisons de la Rue Haute et la Rue Blaes et la Salle Elisabeth qu’elles abritent. Une autre société immobilière de ces familles a déjà rénové l’ancien bâtiment du tailleur Michiels, situé plus loin dans la Rue Haute.

"La salle doit retrouver son ancienne fonction", indiquait Louis d’Otreppe à nos collègues de Bruzz. "Nous voulons donc la faire entièrement restaurer. Elle deviendra une salle de concert moderne pouvant accueillir entre 400 et 600 personnes, avant tout pour des concerts de musique classique, de jazz et de musiques du monde. Ce ne sera donc pas une deuxième Ancienne Belgique".

Sur le toit de la Salle Elisabeth, une petite ferme urbaine sera créée. Une sorte de serre éducative qui accueillera les écoles et les jeunes du quartier, mais qui pourra aussi servir à des sessions de teambuilding (développement d’équipes) pour des entreprises. "Notre but est de sensibiliser et de montrer que l’agriculture a sa place dans la ville", précise Louis d’Otreppe. On fera aussi pousser dans cette petite ferme les herbes et légumes qui alimenteront le restaurant qui devrait s’installer dans l’aile du complexe donnant sur la Rue Haute.

Deux appartements pour des artistes devraient également y être créés, tout comme deux logements. Et un jardin intérieur sera aménagé. La société Elisabeth espère obtenir un permis d’urbanisme pour son projet. Ce ne sera pas évident car la Salle Elisabeth est entretemps classée et protégée. L’enquête publique court jusqu’au 1er février. La commission de concertation est prévue pour le 21 février.

Google Earth/cm architectes-Boco studio: en haut l'aspect actuel de la Salle Elisabeth située au coin de la Rue Haute et la Rue Blaes. En bas, une simulation de la rénovation avec l'installation d'une micro ferme urbaine sur le toit de la Salle Elisabeth.

Michel Deschuytere, le président de l’association des commerçants Bruegel Marolles, est en tous cas enchanté. "C’est un beau projet, qui rendra le complexe bien plus beau qu’il ne l’est à l’heure actuelle. Et grâce à la micro ferme qui est prévue sur le toit, c’est un projet qui correspond tout à fait à l’air du temps".

Commission royale des Monuments et Sites/cm architects- Boco Studio: à gauche la Salle Elisabeth dans son état actuel. A droite: une simulation du résultat de sa restauration.

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